I

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En l'an énième de mon âge,

Que j'eus picolé maints flacons,

Souvent maboul, pas du tout sage,

Nonobstant moult jours à la con

J'eus, lesquels, tels dit Aragon,

Furent affaire de décor.

Aussi ai-je volonté qu'on

Enterre à la minuit mon corps.

II

Vrai, ne pourrai vérifier

Puisqu'en néant prendrai mon aise;

Mais gardez de faire fi et

Tenir ce mien voeu pour fadaise,

Car, s'il n'est dieu à qui je plaise,

Ce peut bien qu'à vous il en soit,

Qui, en courroux que l'on me lèse,

Déchoie chacun qui le déçoit.

III

Ainsi peut-être existe-t-il

Selon les lois de loterie,

Selon règles de l'inutile,

Et qu'en les cieux bien il s'en rie,

Amusante déconnerie

Trompant l'ennui des transcendances.

Oui, Pascal, c'est Dieu qui parie

A une infernale cadence.

IV

Ici s'achève liminaire.

Nommons ci-après les heureux

et les heureuses qui m'aimèrent

-Pieuse mémère, prie pour eux! -

En les hauteurs comme en les creux.

Ces derniers, évidemment,

Furent de loin les plus nombreux,

Sans compter les emmerdements.

V

Premièrement je laisserai

Ma collection d'ombres portées

Par les coolies de mes secrets

A ton infinie liberté,

Ô Blanche Nuit des vieux étés

Qui s'obstinent, n'importe soient

Âges et saisons décrétés

De par calendriers et lois.

VI

Item, je confie à ma chienne,

En plus de mon tibia démis,

Longues balades qui reviennent

Mordre tout espace endormi.

Condition: qu'avec l'ennemi

Matou noir fasse maintes noces

Pour le changer en bon ami.

Sinon, n'aura seul que mon os.

VII

Item, pour le dit félidé,

Mon foie -par chance sans cirrhose.

Comme celui de Prométhée,

Il repousse comme les roses.

N'aura plus besoin d'autre chose

Pour vitaille aux franches repues;

Mais pour tel legs, que matou n'ose

Chasser les oiseaux défendus.

VIII

Bergeronnettes et fauvettes,

Moineaux, sansonnets, pies, mésanges...

Bref, tous ceux que les plumes vêtent

Lui seront interdits de mange,

Exceptée la clique des anges;

Qu'il en fasse s'il veut festin,

Car il est temps que l'on essange

de la flicaille nos destins.

IX

Puisque chez chats et volatiles,

Appelons prochain légataire:

Le chat-huant, cri de haut style,

rêve perçant, bec du mystère.

S'épargne orvet jusqu'à vipère,

Je lui lègue amours noctiluques

Pour aveugler ceux qui traitèrent

L'oiseau sacré de moyen-duc.

X

Item, à Vénus de Milo

J'offre guitare et partitions

Et bras et mains en même lot,

S'elle accomplit cette mission:

Qu'humbles humains, nous ne passions

Jamais plus de foudre à tiédeur,

Que si triste dégradation

Reste pour sages emmerdeurs.

(à suivre...)