Jean-Michel Robert

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jeudi 19 février 2009

Testament (7)

XXVI

Item, mon sac à dos rempli

De sentiers perdus en l'errance,

Sandwiches garnis de folie,

Ainsi que grolles d'espérance

Dont semelles partout la France

A rongé jusqu'à peau des pieds,

Lègue donc ainsi la souffrance

de plantes si loin chatouillées

XXVII

A l'Auvergnate croisant doigts

qui proposa d'être l'enjeu

De ce pari entre elle et moi

M'étant coup sûr avantageux

Car convenu que - gagnant -, je

Pourrais disposer de ses charmes,

- Perdant -, serais sont petit jeu.

Fut-il plus doux rendre les armes?

XXVIII

N'irai pas jusqu'à mille e tre

Couplets pour m'anciennes amies

Don Juan, ne voulus l'être et

Ne fus même pas à demi

(C'eût fait cinq cent une et demie)...

Maints noms pourtant perdus... Ah! je

Vais toutes appeler Jenny:

La maîtresse ès dépucelages.

(à suivre...)

lundi 16 février 2009

Testament (6)

XXII

Item, fou rire, à Comédienne

Que honte j'eus de n'avoir pas

Su l'hymne d'esclave aux murènes

Chanter à temps: -tombé bien bas,

Bien que n'étant plus sous le bât

de coucharde fidélité.

Que s'elle encore cons combat,

Bel autre soit que n'ai été.

XXIII

Item, je laisse instants de coeur

En tictacs miettés pour partage

Chaque seconde, bien plus qu'heures,

Bien plus que siècles, bien plus qu'âges...

Oserai dire: "doux saccage",

A Fougère, c' oxymorons

Edifiant la libre cage

Où enfouirons, d'où s'enfuirons.

XXIV

Item, Crevette - ne sais quoi

Pour que telle la surnommèrent.

Est-ce raison qu'elle ne soit

Rose qu'après sortie de mer,

Cuite bien, endroit et envers?...

Vapeur à huit, femme à dix-sept,

Chuchotée en prose et en vers.

Que crabe n'en fasse recette!

XXV

Lui réserve chemins qui mènent

Vers les baignades et chandelles,

Vers ces petites soeurs humaines,

Frêles de n'être jamais qu'elles,

Et pour même raison si belles

D' envoler le temps à la nage.

Leur lumière est un courant d'ailes,

Et leur avenir un carnage.

dimanche 15 février 2009

Testament (5)

XXI

Item, à bien trop Jouvencelle,

Une chambre en le quinzième

Mon clerc ayant réservé celle

Où les poètes grands y aiment

Et les filles menues si blêmes

S'y font de jadis oreiller

Et de petit jour un dilemme

De grand silence bégayé.

(à suivre...)

samedi 14 février 2009

Testament (4)

XVIII

Item, vexible dame Oiselle

Aura tonneau de Diogène

Puisque cynisme, d'après elle,

Serait en moi funeste gène

Ayant suivi guirlande ou chaîne,

De père et mère en gniarde et gniard,

Depuis ancêtres chiens et chiennes

Aboyant sans raison ni art.

XIX

Item, à Pleuvine, destine

Mienne trousse de soins d'urgence

S'encore presque l'assassine

Quelque mâle de malengeance.

Egalement laisse vengeance

Non usagée et prête s'il

Se peut abolir allégeance

S'encore il touche un de ses cils.

XX

Quant à Versaillelle, huit vingts

de coups de gueule, autant de coeur,

Equilibre quasi divin,

Juste milieu enfin vainqueur.

M'étonnerait qu'amour revînt

Brouiller belle sérénité

D'humeur rongeuse et de mots vains.

Bon voilà: missa est, ite.

(à suivre...)

Testament (3)

XIV

Je n'oublie pas le long cortège

Où l'on reconnaît Bessie Smith,

Nina Simone, Percy Sledge,

Et autres coeurs à choeur du mythe:

Serpent brillant noir sans limites,

Black snake de Victoria Spivey

John Lee à Detroit, soul of street,

Voix de quinze ans qui dérivait.

XV

Relèves d'ivres sentinelles,

Serait trop long vous nommer toutes

De Buddy Guy à Jill Mac Neil...

Sûr qu'en oublierais en route.

Ici futur mort n'a point doute:

N'est point d'entre vous qui jalouse;

D'absolution âmes se foutent.

Le blues, seul sacrement du blues.

XVI

Item, à Petite Fenêtre,

Le legs de ces roses babouches

Trouvées un jour au pied d'un hêtre,

Alors que rêvais de ta bouche.

Que nulle que toi n'y touche!

Serait torturée par fantôme

En tous les lieux, même en sa couche,

Fini repos, fini sweet home.

XVII

Item, don à Petit Fruit Rouge,

De Gabriel une rémige

Vite cueillie au moment où j'

Ai noyé ce surfer prodige.

Plume te soit douce voltige

D'une rêverie sans noyau

Que la légèreté soit, dis-je,

Et que belle paresse aille haut.

(à suivre...)

vendredi 13 février 2009

Testament (2).

XI

Quant à mon petit soleil noir

Me hâlant blanc quand me doulouse,

Je l'ai reclus en bassinoire

Puis enfoui sous un tas de bouses.

J'en confie garde aux grands du blues:

Leur voix y fera pousser fleurs

- Les fleurs des chants, loin des pelouses -

Pour le pollen de nos pâleurs.

XII

Oui à toi - de tous le plus big -,

Broonzy, cette mélancolie

Qui pince en picking la fatigue,

Les espérances démolies,

Et autres homardes folies,

Et autres vertiges ruinés,

Et tous les lointains abolis

Dès qu'atteignent le bout du nez.

XIII

Item, à Memphis Slim dont les

Phalanges l'horizon pianotent

-De suite douze fois j'allai

T'écouter voir riffauder notes,

Toujours avec deux mêmes potes.

Nous fûmes cerveaux incendiés,

Coeurs et tripailles en compote -,

Mes demains remis sine die.

(à suivre...)

jeudi 12 février 2009

Testament (1), (Déférence gardée envers maître François).

I

-

En l'an énième de mon âge,

Que j'eus picolé maints flacons,

Souvent maboul, pas du tout sage,

Nonobstant moult jours à la con

J'eus, lesquels, tels dit Aragon,

Furent affaire de décor.

Aussi ai-je volonté qu'on

Enterre à la minuit mon corps.

II

Vrai, ne pourrai vérifier

Puisqu'en néant prendrai mon aise;

Mais gardez de faire fi et

Tenir ce mien voeu pour fadaise,

Car, s'il n'est dieu à qui je plaise,

Ce peut bien qu'à vous il en soit,

Qui, en courroux que l'on me lèse,

Déchoie chacun qui le déçoit.

III

Ainsi peut-être existe-t-il

Selon les lois de loterie,

Selon règles de l'inutile,

Et qu'en les cieux bien il s'en rie,

Amusante déconnerie

Trompant l'ennui des transcendances.

Oui, Pascal, c'est Dieu qui parie

A une infernale cadence.

IV

Ici s'achève liminaire.

Nommons ci-après les heureux

et les heureuses qui m'aimèrent

-Pieuse mémère, prie pour eux! -

En les hauteurs comme en les creux.

Ces derniers, évidemment,

Furent de loin les plus nombreux,

Sans compter les emmerdements.

V

Premièrement je laisserai

Ma collection d'ombres portées

Par les coolies de mes secrets

A ton infinie liberté,

Ô Blanche Nuit des vieux étés

Qui s'obstinent, n'importe soient

Âges et saisons décrétés

De par calendriers et lois.

VI

Item, je confie à ma chienne,

En plus de mon tibia démis,

Longues balades qui reviennent

Mordre tout espace endormi.

Condition: qu'avec l'ennemi

Matou noir fasse maintes noces

Pour le changer en bon ami.

Sinon, n'aura seul que mon os.

VII

Item, pour le dit félidé,

Mon foie -par chance sans cirrhose.

Comme celui de Prométhée,

Il repousse comme les roses.

N'aura plus besoin d'autre chose

Pour vitaille aux franches repues;

Mais pour tel legs, que matou n'ose

Chasser les oiseaux défendus.

VIII

Bergeronnettes et fauvettes,

Moineaux, sansonnets, pies, mésanges...

Bref, tous ceux que les plumes vêtent

Lui seront interdits de mange,

Exceptée la clique des anges;

Qu'il en fasse s'il veut festin,

Car il est temps que l'on essange

de la flicaille nos destins.

IX

Puisque chez chats et volatiles,

Appelons prochain légataire:

Le chat-huant, cri de haut style,

rêve perçant, bec du mystère.

S'épargne orvet jusqu'à vipère,

Je lui lègue amours noctiluques

Pour aveugler ceux qui traitèrent

L'oiseau sacré de moyen-duc.

X

Item, à Vénus de Milo

J'offre guitare et partitions

Et bras et mains en même lot,

S'elle accomplit cette mission:

Qu'humbles humains, nous ne passions

Jamais plus de foudre à tiédeur,

Que si triste dégradation

Reste pour sages emmerdeurs.

(à suivre...)