Jean-Michel Robert

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lundi 1 février 2010

testament (suite)

LVII

Au maître partageur des eaux

Qui offrit toujours gîte et livre

Aux marcheurs dont les pauvres os

Et le regard quelque peu ivre,

Par jours de chaud comme de givre,

Montaient à l'assaut du Parnasse,

Je veux que mon notaire livre

Ma mémoire des hautes glaces

LVIII

Du Pla d'Adet ainsi que celle

Des lacs aux rives de vertige,

De Pierre-qui-Vire, d'Ussel

Où plumes de l'amour voltigent

Encore à ce jour par prodige

Comme les voix de Cricri et

De Jacquy que nul poids ne fige

En l'ici-bas triste à crier.

samedi 15 août 2009

testament (suite)

LV

Quant à la dame de Cholet,

Ne retire ce qui fut dit

Et même écrit : je veux qu'elle ait

Le saint gardien de mon taudis -

De ne pas croire au Paradis,

N'en suis pas pour autant maudit,

Future proie de combustion -

Mon beau hibou, la seule di-

ginité de mes superstitions.

LVI

Oui, damnation n'est qu'ici-bas

Dont nous serons délivrés tous

Sans plus de ruse et de débat

Que jeune rosée sur la mousse;

Ainsi je lègue mon cabas,

Où l'âme baise la salade

Et l'andouillette mes combats,

A l'Avenir, ce grand malade.

(.../...)

vendredi 14 août 2009

testament (suite)

LIV

Item, tous les très hauts sapins

De Noël à dame Suissesse.

Mon père et l'un de ses copains,

Au lieu de glander à la messe,

Allaient les couper sans faiblesse

Dans les forêts périgourdines

Pour parfumer l'immense pièce,

Rotonde, d'espoir de résine.

(.../...)

mardi 11 août 2009

testament (suite)

LII

Après long repos, j'en reviens

A toi, Max, qui lors de nos rapines

Et frasques de petits vauriens

En descente chez les copines,

Tel un pourceau qu'on assassine,

Montrais si peu de discrétion,

Alertant voisins et voisines

Et sergents du guet en faction.

LIII

Pour tout ce temps au pilori

passé et en glacial cachot -

Puisque au total on a bien ri -,

Je te lègue Pardon tout chaud:

A mon âge plus ne m'en chaut

Le souvenir des vieilles hontes

Car le plus grand des sénéchaux

règlera bientôt tous les comptes.

(.../...)

dimanche 7 juin 2009

testament ( suite)

LI

Item, Eric, le bougre est haut,

Tant que son coeur suit mal son âme,

Toi, beaux et humbles idéaux,

Tes yeux clairs disent sainte Came,

Qui se confie au macadam,

Des marcheurs respirant leurs pas,

Ils n'entretiennent pas la danse

Mais le loin de n'espérer pas

plus loin que la surpise avance.

samedi 6 juin 2009

testament (suite)

XLIX

A Alain qu'on dit "le salé",

Il est à lui tout seul une île,

Et quand il a bien avalé,

Un archipel pas très tranquille,

Je lègue mon pâle imbécile,

Naufragé des yeux grands ouverts,

Robinson même en pleine ville,

Souffre-rieur de l'univers.

L

Item, à Joly de l'Armor,

Fous rires vertigineux

Qui le laissèrent presque mort

En précipice alpagineux.

Mais pèlerins avaient en eux

Profonde foi ornée de noeuds

Qui sauve des appels du vide

Et James se cloua livide

Sur la croix des bergers neuneux.

lundi 27 avril 2009

Testament (17)

XLVIII

Item, collection de saxos

Pour le duc de Chevreuse-en-Jazz

Qui donne chaque année l'assaut

Contre musiques qui nous rasent.

Malgré son très étrange blase,

Il n'est marchand ni bocageux,

Juste en cerveau surplus de cases

Qui font de la vie le Grand Jeu.

samedi 4 avril 2009

Testament (16)

XLVI

Par ci-testament je donne au

Clerc Saint-Léger riant très fort,

Le bien grand truand dit Nano -

Donne aussi à dame du Nord -

Bien sûr, vaste fou rire, and more:

Temps beau mietté pain d'alouettes.

J'adjoins château en Périgord

Où rient toujours les oubliettes.

XLVII

Item, lègue à Puissant Bavard,

Langue agitée autant qu'esprit

Un estaminet quelque part

Près de Roubaix, bouge où je pris

Quelques demis, hélas sans lui,

Qui venait de vieillir d'un coup.

S'il existe Celui qu'on prie,

Tous deux cuiterons pieds au cou.

lundi 23 mars 2009

Testament (15)

XLIV

Item, à Yves dit Jeune Homme,

Histoire de l'URSS,

Même si maintenant le nomme,

Il s'en fort bien désintéresse

sauf lui souviendront les maîtresses:

Quand n'étions pas au rendez-vous...

Pas question d'en nourrir un stress:

A la cinquantaine, on s'en fout.

XLV

Puis je lui lègue également

Les pneus crevés de bicyclettes,

Quelques filles, heureusement,

Nous traînant de par mobylette,

Certes elles n'étaient pas nettes,

Mais nous non plus, piètres amants.

Je sais: il manque un vers en "n'êtes"

Et puis un second en "maman".

mardi 17 mars 2009

Testament (14)

XLI

Voilà, aussi ici reprends-je

Distribution de mes richesses,

Trésor il est vrai bien étrange,

Mais je n'ai que lui sous les fesses

Lesquelles - mais comment se fait-ce?

Restent sans marques des écus

Ou autres traces de largesses:

Tel est mon crâne que mon cul.

XLII

Je donne à Phil de Normandie

Non pas la photo qu'il convoite

Car, hélas, je l'ai, comme on dit

Rangée en ne sais quelle boîte

Du vieux passé qui un peu boite

Tout en se grattant les varices.

C'est, d'accord, un temps perdu, soit,

Mais en nul cas de l'avarice.

XLIII

Car lui réserve volontiers

Clichés très fort pornographiques

Où l'on voit sourire en entier

Cons en pleine extase saphique

Roses trous du fion magnifiques...

N'est-ce pas mieux que jeunes tronches

De quelques ados pleins de tics

Masturbés de couilles aux bronches?

lundi 16 mars 2009

Testament (13)

XXXIX

Bon, après pieuse digression,

Je m'en reviens à la fortune

Que, mort pâle de compassion,

Je distribuerai thune à thune,

Toutes richesses une à une,

Il faut bien que nous les passions

quand déjà nous brûle la brume

En lueur de notre extinction.

XL

A ceux qui en respiration

De moi gobèrent le même air,

- Certes ai soufflé des colères

Haleinées en plaisanteries -

Mais ceux-là qui les respirèrent

D'être enrhumés fort ils en rient,

Qu'ils éternuent mes conneries,

Si ça fait marrer leurs enfants,

De clowneuse ménagerie

sous musique de l'olifant.

samedi 14 mars 2009

testament (12)

XXXVI

Fut doux aussi de pétuner

Le viril courroux de Moïse

Lorsqu'en retour de randonnée

Il pique meurtrière crise

Contre idolâtres qui défrisent

Sa longue barbe et poils du nez.

Veau d'or! Ca vaut qu'on martyrise

Et tue les impies déconnés.

XXXVII

Ce fut marrant tirer la taffe

D'un mec qui en son sac à dos

Porte tablettes théographes

Pour vaincre d'aïeux jusqu'ados.

Me fit marrer, bosses en dos,

"Ne tueras point", et puis tousser...

Lois mosaïques, lourd cadeau

de pauvre sang éclaboussé.

XXXVIII

Je lègue à ces petits enfants

Qu'au catéchisme parents foutent

(Faut bien les éduquer avant

Qu'ils aient la faculté de doute)

- Je les préfère jouant foot

Alors ce n'est qu'encore jeu

Ou s'emmerdant au long des routes -

mes vieux mercredis nuageux.

vendredi 13 mars 2009

Testament (11)

XXXVI

J'ai adoré aussi fumer

la sinueuse Tentation:

Le Savoir: la soif de femme et

Très foudroyante reptation.

Que Bien et Mal nous connaissions,

N'est-ce pas lumineux, Adam?

Ca vaut bien la longue expiation:

"Gens libres, vos gueules là dans ! "

XXXVII

J'ai aussi aimé les bouffées

De ce dieu qui s'emmerdait grave

Avant que l'humain il eût fait

Pour qu'on en rie et qu'on en bave.

Certain, son idée fut bien brave...

Ca me rappelle un ours peluche

Qu'Esprit lui soufflai en ma cave,

Destin livré à mes paluches.

XXXVIII

Ce fut bien sentir en mes bronches

La servilité d'Abraham

Ce connard qui à peine bronche

Quand la voix des Cieux lui réclame

L'assassinat de la neuve âme

De son improbable moutard.

Ne sais soumission plus infâme...

L'agneau viendra toujours trop tard.

jeudi 12 mars 2009

Testament (10)

XXXIII

Voilà, du café fus bien aise,

En page Bible saint tabac,

J'ai fumé toute la Genèse,

Eve ne m'en condamne pas.

Mes poumons toujours délicats

Ont filtré le fruité et le

Courroux divin qui met à bas

Pour le souffler en fumée bleue.

XXXIV

Volutes aussi fils de Cham

Punis simplement d'avoir vu,

En souffle gris toutes les âmes

Mieux enciellées de voler nues.

Maître Guillaume vous connut

En blancs ruisseaux de Canaan,

Moi ne puis qu'arrondir les nues

Du tour de lèvres des néants.

XXXV

Fumé aussi le beau clin d'oeil

Que Ciel adressa à Caïn,

En cendrier la pauvre feuille

Lécheuse de vit et vagin.

Expectorés les deux frangins

Fayots nommés Japhet et Sem,

Je les ai deux toussés à jeun,

Tout en songeant: "Lilith, on s'aime!"

(A suivre...)

samedi 7 mars 2009

Testament (9)

XXXII

Item, à Maroufle Puissant

Ainsi qu'à sa dame Joselle,

Pèlerinage en Isle et en

Charmille - Jack de Compostelle

N'étant pour nous saint assez bel.

J'adjoins de l'eau-de-vie de Temps

De Véran, haut lieu des gamelles

Dans blanches poudreuses d'antan.


Ici fais pause afin de boire

Un café en fumant gauloise

Car Jour ne se lève sans noir

Amer et vapeur qui déboise.


(A suivre...)

vendredi 6 mars 2009

Testament au lais (8)

XXIX

Quant à mon bon maître Loulou,

Et qu'en plus maître fut ami

De retours entre chien et loup,

Donne mon plus beau tatami

Couvert de rires en semis,

D'heures perdues en chute libre,

D'étonnements en atémi,

Mon éternel déséquilibre.

XXX

Item, à compère Olivier

J'attribue mon fief en Escoire

Que jadis nous avons pillé

Pour nous en faire une mémoire

Peuplée d'assassins dans le soir,

De ripailles de petits jours,

Et celles qui, sans le savoir,

Furent petites nuits d'amour.

XXXI

Item, au fort grand brigand Mons,

Chef coquillard à mobylette

Qu'encore en ce jour d'hui dénoncent

Les hold-up d'herbe et de violettes,

Je lègue toutes mes défaites,

Avenirs ratés, espoirs vains,

Sûr que de toutes ces piquettes

Il saura faire divin vin.

( A suivre...)

jeudi 19 février 2009

Testament (7)

XXVI

Item, mon sac à dos rempli

De sentiers perdus en l'errance,

Sandwiches garnis de folie,

Ainsi que grolles d'espérance

Dont semelles partout la France

A rongé jusqu'à peau des pieds,

Lègue donc ainsi la souffrance

de plantes si loin chatouillées

XXVII

A l'Auvergnate croisant doigts

qui proposa d'être l'enjeu

De ce pari entre elle et moi

M'étant coup sûr avantageux

Car convenu que - gagnant -, je

Pourrais disposer de ses charmes,

- Perdant -, serais sont petit jeu.

Fut-il plus doux rendre les armes?

XXVIII

N'irai pas jusqu'à mille e tre

Couplets pour m'anciennes amies

Don Juan, ne voulus l'être et

Ne fus même pas à demi

(C'eût fait cinq cent une et demie)...

Maints noms pourtant perdus... Ah! je

Vais toutes appeler Jenny:

La maîtresse ès dépucelages.

(à suivre...)