Jean-Michel Robert

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dimanche 13 juillet 2008

sobriquet

Comme lorsque quelque phénomène, quelque être - ou soit - l'étonnait, il chantait un "qu'est-c'c'est qu'ça?!" suraigu, l'interrogation crochetant l'exclamation pubertaire, nous le sobriquetions Sexa, sans méchanceté. On était dans l'ensemble plutôt protecteurs pour ces dilatations de la stupeur que les verres épais des lunettes aggravaient.

Au début il entendait "c'est-qu'ça". Et puis, un après-midi, pendant le goûter tartine-vache-qui-rit, justement, il piqua un fou rire qui, très vite, contamina tout le groupe, jusqu'aux moniteurs et trices. Il répétait, quand son souffle le lui permettait: "Sexe... Sexa... sexe... Oh! vous êtes cons les mecs... vous êtes cons!..."

En l'occurrence, et en ce "cons", fusionnaient l'effarement, la gratitude, le partage, l'obscénité, la violence, la connivence, le grotesque... quelque chose comme un spasme de l'espèce - humaine de comprendre par surprise.

samedi 12 juillet 2008

équilibre des comptes dévisagés

Je suis surendetté, lendemains obérés: dettes de visages.

Même grands ouverts sur le monde - celui qui balade proches et lointains, constances et fugacités -, les yeux se doublent en leurs coulisses et captent le regard des autres, lequel scrute, fixe, perce, aveugle, couve et louche le mien. Ce n'est parfois qu'un frôlement de coïncidences, de lumières distraites, alors qu'ailleurs, en d'autres temps, les microcollisions de leurs couleurs cribleraient d'invisibles iris. Leur étonnement écarquille les pénombres, leur oblicité filtre les rêves torves.

Je dois aux visages leur crédit de nudité; maquillages, moues calculées, tentatives de chichis, de sourires, de fossettes faussaires ne sauraient les vêtir bien longtemps. Les visages sont toujours nus, et la pâleur les hante, quelles que soient leur peau et leur pilosité. Je leur dois la sédimentation des face-à-face, de ce que je crus être en eux pour ne plus ressembler.

Le lisse et le ridé des fronts confient au mien leur fièvre. Je dois aux visages d'apprendre - de leurs lèvres - les cueillettes, les hold-up fruités; je leur dois que le parfum touche les doigts et invente les paumes; que les joues et les paupières se boivent, que le menton protège la migration des nids; j'apprends de leurs cils le passage de ma peine, et, de leur barbichette, la grâce du fou rire...

Ainsi, il me faut au plus vite prendre toutes mesures pour la rigueur et l'apurement des comptes. Je vais émettre des bons du trésor de croire encore; je vais semer des éphélides en fertilité des terres nostalgiques, instaurer l'octroi à l'entrée des grimaces, y compris des drôles; je patente l'ironie des miroirs ainsi que toute profondeur inversée; je vends les bijoux de famille des nez rutilants; je dépose ma collection de pattes d'oies au Mont-de-Piété...

Sûr que, demain, je décrèterai une nouvelle gabelle - les larmes et la sueur, débordements prometteurs -, la dîme sur les clins d'oeil, la taxe Eustache sur les regards entendus...et, surtout, oui, l'épargne, les économies... Il faut de toute urgence économiser les cris d'âme sans voix, sans gestes, à la lumière des espérances de bouts de chandelles.

samedi 5 juillet 2008

anecdote

Le beau-père du voisin de Jacquy s'est institué, à l'occasion d'une pose de grillage, chef despotique de travaux sagouins. Il n'a pas hésité, pour sceller un piquet, à sauvagement arracher un arbuste planté par Jacquy; il a définitivement condamné les limbes dorés effleurés de vert, au mieux, au feu, au pire, au sac-poubelle.

Tout plein de colère maîtrisée, Jacquy l'a calmement engueulé et a négocié un nouveau plant. Mais après - toute colère évaporée -, profonde, noueuse mélancolie...

Planter l'arbuste c'est accorder un peu de son présent à un avenir d'arbre. Déjà le feuillage boit la lumière et colonise le ciel, les racines élèvent en sève le coeur, sous l'écorce l'aubier bague de chair le Temps.

Infiniment plus digne que la grande Histoire, l'arbre: frémissante anecdote de la Hauteur.

mercredi 2 juillet 2008

adjuration à l'araignée novice

Ne fais pas ça !... pas ici... Certes, le tissage appartient à ta culture patrimoniale, mais l'angle de ma fenêtre s'en fout; n'y risque pas la merveilleuse spirale logarithmique de ton destin, car, fatalement, fenêtres et volets se fermeront; ici ton labeur de soie est voué à la certaine et prochaine destruction. Pardon pour l'intrusion - la plus délicate possible - du balais dans ton aurore. C'est pour ton bien et la dignité de ton diadème. Allez, file, file ailleurs, le Bois des Noés est un voisin: il vaut mieux être âme de broussaille que martyre des transparences indifférentes

mardi 1 juillet 2008

l'année du bac boit un vittel-fraise

AVEC BEAUCOUP DE GLAçONS

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