Jean-Michel Robert

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 31 mars 2016

La chute (déférence gardée envers Albert Camus)

Au début, l'évidence s'imposa : tout cela est bien étrange, beau, cruel, plein d'atroces et de merveilleuses surprises, plein de gens qui ne sont pas moins uniques et pas moins communs que moi, avec, en prime, quelques personnes.

A la fin, ce fut la même chose, mais passée.

Je l'ai appelée : "ma belle passée", cette fin.

Alors elle s'est retournée vers moi pour que je voie bien le sourire de sa présence infiniment inexplicable.

J'avais donc raison : mes raisons n'ont rien à prouver puisqu' on m'a vécu , et que rien ne peut rien changer à ça.

Salut, cher Rien. Je t'adresse, pour la forme, presque toutes mes excuses, faute de raisons.

La prochaine fois, je déciderai de tout.

samedi 21 novembre 2015

Vous l'avez

peut-être vue

cette lune insomniaque

portant lunettes sans branches

elle qui ne voyait que la nuit blanche

c'était assez comique

en même temps que très triste

comme tout les chefs d'oeuvre

à déterrer délicatement

dès que l'on se souvient

se rappeler un truc bien nocturne

au petit jour

vendredi 20 novembre 2015

Dans mon amoureuse,

j'ai commencé par les yeux rieurs, casse-noisettes et casse-azur; comment résister ? Surtout que tout ça est un fou rire aux dents si blanches que toutes les morsures sont pleines de grâce. Ah la faim ! Combien de fois son rire m'a dévoré ? Et elle restait mince comme si elle ne m'avait jamais connu.

Je la soupçonne d'être belle...

soif

"On" peut-être, mais moi si : je veux juste vivre à la source, celle dont la seule transparence apaisait la soif. Mais c'est trop demander à la démocratie qui ne dégouline même plus. Bon, on va voir ailleurs, mon camarade. Ce sera peut-être encore là-bas des "nous" limpides à boire au creux de la paume.

Et puis on s'amusera à croire à rien.

jeudi 19 novembre 2015

archives d'un vieux prof

"Il est des choses sans importance qui laissent selon la saison une grâce de givre sur quelques branches, ou une confession fruitée sur quelques épines . Des gens appellent ça le bonheur , c'est peut-être que l'unique n'est qu'une fois lui-même, sauf si on s'en souvient et se le rappelle avec des cloches qui clochent à n'importe quelle heure du village." (rédaction de fin d'études).

lundi 12 octobre 2015

mutité

A-t-il les mots, le garçon de sept ans, de dire à la fille de son âge : "Tes yeux voient la beauté sans le savoir"?

A-t-elle les mots, la poésie, de dire ce

regard d'une vieille femme qui est un instant

l'instant de toute une vie ?

Cherchez les mots, cherchons-les

pour qu'ils nous trouvent, nous,

muets béants

d'être foutus bavards.

dimanche 11 octobre 2015

lumières

Tu sais où tu as su trouver des trésors, certes un peu poisseux, mais si brillants, dans les grottes des grands arbres, des arbres faisant mine d'ombres, des lumières pour la soif; tu sais, ou tu as su, savoir d'un simple geste, d'un sourire, d'une larme, d'une bouderie plus ou moins feinte, d'une rougeur sur les joues, le grand honneur de saigner les fougères, ou la lumière des trains de nuit,

et plus tard de questionner la nuit, seul dans une bagnole, avec quand même les lumières de l'autoroute, qui, grâce à la pluie, te comptaient parmi les reflets.

Le croisement des reflets,

depuis la rosée d'une fille, d'une petite feuille, depuis les fous rires, les aveux timides, jusqu'à la station-service,

ce n'est que peut-être ça ma nostalgie.

jeudi 1 octobre 2015

ça se trouve

Que le temps se trouve de parler avec une personne, une personne vraiment quelqu'un,

le temps d'avouer, même des beautés, passer aux aveux, passer la paume, doucement, pour la seule cicatrice d'une ligne inconnue

(j'avais écrit "perler" au lieu de "parler", des bijoux qui s'ignorent, des colliers parant des grâces lointaines, tant de finesses, des gorges transparentes),

que le temps se trouve me stupéfie toujours,

toujours : encore ce temps, encore.

Parler, et rire, quand le temps se trouve, même sans chercher.

Quand : encore du temps qui nous laisse un peu de lui,

et de personnes et de personne,

personne, comme avant.

dimanche 27 septembre 2015

C'est

C'est comme ça :

ces paysages vous bercent le visage, au fil de collines infatigables et de sentiers menant toujours à la source ;

c'est comme ça : le chant qui trace des sentiers, les orties qui vous piquent juste pour le rire, les ronces qui vous griffent au non *d'un fruit ;

c'est comme ça : le fou rire qui perce la nuit blanche, la belle Peur qui invente l'amour, l'amour qui nous invente pour seulement nous, nous, les grands étonnés,

un peu niais

de voir toujours trop tard

et d'accuser la lumière.

  • Précision, suite à kèks remarcksss. le NON en question signifie bien le refus du fruit qui ne se laisse pas faire : la négativité positivre, non posivivre, et ivre si peau-cible dans le mille.

samedi 5 septembre 2015

faut que ça saute.

Les libérés, les délibérés, les délivrés par les voleurs, ça saute, ça éclabousse, allez, faut que ça saute, en hauteur si possible, modestes celles et ceux qui appellent "délo" délivrance.

Délivrez-les, par la seule évidence d'un toucher de doigts tendus, en bout de chaîne. Déjà le champ de la lavande invente les poumons. Et le coeur suit. Puis l'air.

Faut que ça saute. en bout de chaîne.

Que ça saute au plus bleu de mes nuances possibles.

Et puis cet air, qui, l'air de rien, de tout ou rien délivre, à bout de lèvres :

un cri qui s'en va au chant, va au paysage ; va, paysan,

"va, paysange", eût dit me petite soeur (ou bien la grande, personne pour témoigner),

la plus muette possible.

samedi 29 août 2015

leçon de choses (comme dans le temps)

On faisait du feu en frottant les regards.

C'était tout nouveau : l'humidité de ciel étincelant le mouillé de noisettes pouvait incendier.

Ce n'était pas dans les livres de sciences, seulement dans les lèvres d'indécences ;

l'indécence brûle doux sa seule douleur en frisson blond.

La fumée une ivresse c'était tout nouveau, toute nouvelle.

Nouvelle préhistoire, sans fossiles ; incendier doux, lumineux, cendres enfin dignes des braises, mais cendres,

mes cendres.

(bruit de toux)

mardi 5 mai 2015

Une belle histoire de la poésie.

Au début, il frisait sur le crâne.

Après, il ne frisa plus qu'à l'intérieur.

On appela ces bouclettes poésie.

Après, donc, il fut poète, c'est-à-dire une décoiffure invisible.

Une belle histoire d'univers

Il visita un vieux rêve faisant crypte.

C'était bien le sien. Après, il interdit visite à tout touriste. Même lui. Car sa boîte crânienne aussi faisait désormais crypte. (C'est fou ce que ça crypte de par les rues).

Après, il s'avisa que ce vieux rêve manigançait les jeunes rêves naïfs.

Seront-ils un début de monde ?

Une belle histoire d'amour.

Il se demanda.

Après, il se répondit n'importe quoi, ce qui, par hasard, approchait au plus près les référents. Après, comme elle faisait beau, il aima très dehors, mais au plus loin de la référente,

laquelle, trop vague, n'occupait qu'un espace timidement allusif. Sauf les grands yeux.

Alors après, il décida qu'elle n'y aurait plus de sens.

C'est ainsi qu'il devint maître de conférence.

lundi 4 mai 2015

Dangereux pervers.

Certains et certaines savent précisément comment, par qui, pourquoi, pour quoi, ils furent sauvé(e)s. Moi pas. Pourtant je suis là et suis plus vague ce soir où les oiseaux pétillent en toute ignorance et toute mousse de mes champagnes révolus.

On appellerait ça l'âme si quelques temps perdus ne débordaient, blancheurs hors verre.

Pour faire quoi ?

Mouiller légalement le C'est fini ?

C'est bizarre : j'aime ça.

vendredi 1 mai 2015

sopalinement (reprise complétée)

tentative de convaincre une abrutie que les races humaines n'existent pas - un oiseau mort dont je ne sais que faire, même avec des kleenex - signer un chèque - le recyclage de la plume d'oie - le recyclage des historiens - les prix nobel d'économie - le mec heureux d'être une bagnole - la fatigue du présent - l'épuisement de l'avenir - la viande sans chagrin - le bouton d'or sans gorge - ramasser une pièce d'un centime - parler jeune - se taire hors d'âge - toutes les déclinaisons de la foi officielle - ma voisine en pilou - mon voisin en cravate - sa femme voilée - mon double de clef de l'énigme - mon double en général - même pas de brigade - trier ses déchets - trier ses poèmes - feuilleter ses déceptions - les livres de paul de roux - une femme flic ("fliquette" est un mot trop mignon pour la dénotation d'un tel taf) - ne marchez pas sur la chaussée - ancien testament - thorez "fils du peuple" - vieux bouddhiste réincarné en boîte de cassoulet - date limite échue - beautés échues - laideur non datée - christ jouissant sur la croix - jouisseurs de cette jouissance - règles du jeu - jeu de société - bout de ficelle - temps à bout - esclavagisme de mon banquier - rêves séparés - réveil - réel qui s'obstine en sa présence - femmes qui mentent innocemment - mecs qui violent à la légère - pages littéraires du Monde - massacres économiquement programmés - toi qui fais la gueule parce qu'il pleut - toi qui aimes pleuvoir d'être un peu ma tronche - décorations - ça clignote - oui oui regarde cette guirlande de crétins qui n'ont rien à se reprocher - ça clignote - propos du curé à l'enterrement de mon ami - vertige de vous aimer quand vous étiez autres - si vous pouviez - si maintenant était ailleurs - c'est-à-dire où je veux - "non, je ne peux pas, ma mère m'attend à quatre heures et demie" - trouve-moi la clef de douze et n'importe quel marteau - la phénoménologie de l'esprit - vous devrez être à jeun pour la prise de sang - huis clos ? les livres de robbe-grillet - une robe-grillon qui ne chante pas sa chute - les champs-élysées - attendre que l'eau monte à ébullition - attendre que la nuit visite la rosée - on n'en sait rien - les femmes en retard (pléonasme) - les hommes rigolardement racistes (plus inquiétants) - les yeux des fauves encagés - ta photo qui n'est pas toi puisqu'il est interdit de sourire à son image pétrifiée - attention attention le train annoncé au quai 2 bis arrivera au quai 1 sous réserve que la Terre tourne encore - la "musique" perforatrice de tempes au restaurant où on allait sans doute comprendre les mots de l'autre - "vous êtes allergique aux boutons d'or" - rédaction de l'ordre du jour - mutisme des désordres de la nuit - émission médicale: caprices du duodénum - retraités pourrissant devant les séries TV - arbres pourrissant d'être ignorés - hommes politiques citant Léon Dierx - bulletin météo - santé de la bourse - histoire "drôle" rabâchée - la tronche des mannequins - ma tronche dans mon oeil morne - l'insupportable présence de certains - l'absence de l'Autre - les coups contenus qui rongent les poings - les tentatives de séduction des salsifis - les tentatives de séduction des avocates d'affaires - le rien, ma seule affaire promise à l'avenir - le vrai qui se tient pour tel - la maîtresse du lieutenant étranger - la bavasse - bzzz - la mouche sur le nez de l'Amour.

mardi 21 avril 2015

exaltation incomplète

 

Vivent les ploucs, les hors tendance, vivent les paumés dans leur paumes gribouillées d'illisible , les laboureurs, les blessés de leurs sillons, le gris hurleur de ciels, le soleil flemmard bavant vaguement un Est vaseux, les balançoires du vertige, la chute des eaux suicidaires, la sueur au front des prolos de la nostalgie, la pipistrelle qui du front fait un grenier, le grenier qui d'une poupée fait une enfance, vivent la pluie sur le crâne de la sagesse, la calvitie de l'espoir, l'hymne coquelicot, le rat qui ronge le jour, les mots qui digèrent le silence, le silence qui défèque la fable, les voix égarées dans la toux, l'équilibre qui doute, vivent les drapeaux troués qui éternuent leurs couleurs, les rencontres déchirées bégayant leur transparence, le culot des insectes et des amours d'être visibles, la sève qui pactise avec les yeux fermés, les rires dans le miroir inerte, vivent les chiens qui laissent leurs puces aboyer, vivent les clowns au trapèze avec les feuilles hors saison, le cafouillage de trop voir, le vent dans l'émotion jupe-culotte, l'amour fou en son asile, la brillance des lèvres, les fruits improvisés à chaque caprice du rouge, le rouge opportuniste de la timidité, de la révolte, de la honte, de la colère, des joues giflées et des fuchsias, le temps qui pleurniche ses lilas, le sommeil des loups dans la rage fauve, les fées qui pétaradent dans mes chaussons, vivent les chats félinement eux-mêmes, vivent les passereaux dont ils font un petit jeu agonisant, les vieilles dames dont la vie se distribue déjà en bijoux sans mémoire, les routes pluvieuses frissonnant les lumières, vivent les héros incompris, ils ont sauvé le Monde mondain de l'évasif, vivent les pâquerettes qui rappellent au désordre le vert des gazons pleutres, l'immensité assoiffée de grands yeux, vivent les maladresses d'éprouver, de risquer ce qui reste de soi, les chatouilles par surprise sous les doigts sans empreintes, les soeurs des copines de la miséricorde, le courant d'air entre le naître et le mourir, le rhume qui s'ensuit, bref : vivent les détails.