Jean-Michel Robert

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vendredi 12 février 2010

C'était bien

on faisait du feu en frottant les regards

c'était tout nouveau

de l'humidité de ciel étincelant du mouillé de noisettes pouvait

incendier

ce n'était pas dans les livres de sciences

seulement dans les lèvres d'indécences

l'indécence brûle doux

sa seule douleur en frisson blond

la fumée une ivresse

c'était tout nouveau

nouvelle préhistoire

seule sans fossiles

incendier doux

lumineux

cendres enfin dignes des braises

mais cendres

mes cendres

bruit de toux

jeudi 5 février 2009

Les poches trouées

Ce livre devait être édité dans la collection "Le Farfadet Bleu" (destinée, entre autres, aux jeunes lecteurs), éditions "L'Idée Bleue", dirigées par Louis Dubost. Celui-ci ayant cessé cette activité, après trente-cinq ans d'un magnifique travail éditorial, je publie ici ces textes, en attendant de trouver le temps de sonner aux portes...

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lundi 2 février 2009

Brave petit bonhomme

Ouais! épatant! un vrai hiver, digne: il neige blanc.

Je vais enfiler mes gants de peau, peau de froid, je vais élever un bonhomme de neige, une silhouette optimiste. L'avenir allongera son nez, deux pastilles de printemps révolus animeront ses yeux, il sourira un demi-cercle de dragées hautes. Ses oreilles: deux blues de Memphis Slim; sa casquette: un des ciels bleus que me légua le Périgord; son écharpe: un layon du Bois de la Défonce; son manteau: quelques demi-sommeils recousus; son balai: une gerbe de colères sèches au bout de la branche cadette d'un espoir déraciné. Pour finir, tout autour et au-dessus, j'édifierai un igloo d'autrefois. Voilà, je suis enfin apte à concevoir un projet constructif. Bientôt, je cesserai de fondre.

lundi 26 janvier 2009

vite

elle voudrait marcher vite

mais le vent s'y oppose

vent blond d'être frisson

aura-t-elle son train?

c'est la gare qui souffle sur elle

l'haleine des distances

c'est loin

vivre vite

quand ailleurs s'impatiente

lundi 22 décembre 2008

copeaux des temps paumés

La chimie du milieu fanatiquement juste lui-même

catalysait la saponification des âmes

On était à l’orée de l’âge parfumé

aux zombies de lavande

Convaincu d’intelligence avec

un sourire complice

les milices timides l’arrêtèrent

à l’aube d’une ironie

Vautré dans le déni de lumière

il se décompose à l’abri des volets clos

Non il ne fait pas jour

le soleil couve les rages ruinées

Dans le regard inconsolable

le bleu s’épuise

tandis qu’au plus gelé de la pâleur

le noir est un cerveau heureux

S’il se laisse regarder assez longtemps

l’arbre en fleurs se fait

monstre d’hésitation

Je dors dans ce monstre

Les rétines pianotées d’empreintes

de détails pointus de pistes sinueuses

en ces temps d’enquête et de quête

le détective souffrait à la loupe

Entre le rhum et la cendre

une silhouette déplace ses braises

Plus haut la chair paisible dort

de la catastrophe du juste

Où est-il le café-épicerie-cinéma ?

Où sont les voix à casquette à béret ?

L’absence prend l’apéro sans pistaches Au fond

dans un coin l’horloge du Temps emmuré pleure des mouches

Assez de patience pour

s’aimer à petit feu

les vieux mariés en trouvaient

dans une colère de jouvence

Le blanc

qui neige noir

sur ses propres terres

agonise en souplesse dans les chats gris

Etrange pays

où ceux qui marchent

dans la boue

du même pas salissent le ciel

Au cœur des pesanteurs

en un éclair

l’orage rature à la gorge

un instant trop vécu

Après une longue carrière de crimes parfaits

l’assassin savourait sa retraite

dans le confort tiède

d’une médiocrité bien méritée

On n’a pas beaucoup envenimé cette semaine

se disait la vipère

dans sa langue maternelle

saturée de mort caillée

La détresse dure dans la fatigue

d’un bouquet sans regard

La mémoire se dessèche

fane chez un visage impossible à sourire

Dans la gare désaffectée la nostalgie

se meurt

elle agonise des voyages mal respirés

bien au chaud sous les décombres

Autre ordre du Temps

Un instant d’enfance

colonise le ciel où le vertige du bleu

joue la toupie des mythes centrifuges

Le froid titube sa solitude

Les regards voyageurs lui rongent le front

Il n’en souffre plus vraiment Au ralenti

la gare de Lyon s’effondre dans son cerveau

Attention pèlerin !

Dans l’enfance des villages

dont le présent t’ignore avec tant d’évidence

une image sans reflet épuise les fenêtres

Tandis que je m’attardais

dans la végétation des losanges froids

les points complotaient

un réseau d’indémêlables rides

Chut Ecoute

La pleine Lune trinque avec les tempes

avec ses petites sœurs soumises

aux gravitations consternées

On la sent bien cette blessure d’univers

Les années-lumière coupent au hasard de leurs veines

Ca saigne du destin

au long des espaces ahuris

L’avenir raté signe

son inéluctable achèvement

Maintenant sûrement la liberté s’impose

Il faut d’urgence devenir bricoleur

samedi 20 décembre 2008

limaille de poétique (version complète et définitive)

Pas à tergiverser :

seul regard présent

celui qui croise d’évidence

l’étonnement sauvé du massacre

Bien que voltigeamment énergumène

c’était un brave homme qui en toutes saisons

neigeait silence

pour que les mots y laissent des traces de lynx

Le demi-jour

et le regard chuchotaient leur complicité

dans une boîte crânienne

truffée de micros

Lorsque les yeux s’absentent les couleurs

mènent grand tapage Elles volent pillent troquent

mélangent contours chairs et parfums

Seul le rouge sans fruit a peur d’être libre

Notre héros dormait bouche grande ouverte

en un rêve gobeur de manque

Ainsi la capillarité du grand Poumon pouvait purifier

aisément les prosodies inconsolables

Oh tu peux bien

te retourner brusquement

tu ne verras jamais l’enfant

au regard brûleur de nuques

Tu veux savoir ce qu’est

le contre-courant

C’est la mémoire lumineuse :

le sang remonte au flanc de son taureau

Courage ! Aie l’esprit d’épeire !

Sache tisser ce regard innocemment

impitoyable où la rosée meurt

dans le même piège que les mouches

L’infini nez rouge éternue la révélation

d’un grouillement comédien gavé d’alcestes

mais nuancé d’ophélies pendues à l’étranglement

des didascalies coulantes

Il ne mourait pas trop souvent mais

quand ça lui arrivait il s’enterrait

dans la sage dérision pour conjurer le fou

rire saturé de veuves

J’épuise le jour dans mon élevage d’ombres

rigoureuses sélections croisements abstraits urgence

de créer la belle éternelle nuit blanche

la Vierge des chuchotements

En vertu des chimies du lieu

dans la cour de la Sorbonne

une légèreté sans masse se condense

au front de Victor Hugo

Un cri d’atmosphère

capturée par une géométrie tranchante

C’est à peu près ainsi que le regard résume

la perspective douloureuse

Chut Tais-toi Regarde le cirque

Les fauves rejoignent la part féline du silence

D’un fouet flâneur le dompteur encagoulé

soumet à son âme la cage

D’iridescences en jeunes reflets

tout à sa dévotion fruitée

la lumière mûrit à son image

autour du gris à vif

Ce silence taille directement

dans la masse épuisée qui progresse

colonise en dentelles féroces

les vestiges d’une voix sans défense

La lumière en présence n’était pas

assez fluide pour purifier le Temps

laver la voix affranchir le visible

d’un regard rongé par ses propres archives

Des copeaux de langage se rassemblent se mêlent

mélangent se contractent en présent super-dense

Une petite question naïve fait détonateur

Du haut de l’explosion pleuvent des journalistes

Ce craquement des mots

c’est une douleur cachée sous son bois sec

qu’infiniment piétinent

de trop lourdes transparences

climat montagnard (version complète et définitive)

CLIMAT MONTAGNARD


Aux temps où les alpages t’honoraient

d’être tes draps

tu dormais éminemment respirante

Tes seins commandaient au retour des troupeaux

Idéal repos pour le Temps ce paysage

où les sommets frôlent la tête des vieillards

et où la neige

digère les petites communiantes

Selon le décret émis par

la Béatitude pubertaire

il suffit d’une fiole de génépi pour boire

les hauteurs par la racine

Irréversible fonte

la détresse du froid c’est la reptation

invisible du glacier

dans un veuvage de haute moraine

N’aie crainte d’ahaner

au long du pas de l’âne cérébral :

le crâne a été promu

de pavillon d’octroi à refuge des myrtilles

Ici culmine le sens

vertigineux de tomber amoureux

élévation tremblante des grands cœurs

collectionneurs de précipices

poudre d'oiseaux (version complète et définitive)

POUDRE D’OISEAUX


Sur la branche les voyages

se rassemblent et s’emplument

Enfin palpite un nid

où le ciel couve sa part de sang

Tout va bien

les miettes de fraternité tourbillonnent

Aussi peut-on voir le vent partager

le pain entre la pesanteur et les oiseaux

C’est quoi ce bruit ? Ca cogne ça cogne

Ne t’inquiète pas

ce n’est que la panique pointue

du rouge-gorge piégé par ma paresse

La blancheur fanatique

c’est ce cygne craché par une jeune banquise

cette pureté palmipède qui prêche

dans un désert de pages

L’aigle plane couleur d’orage dédaigneux

l’embrasement bêlant entre les serres

En bas la foule rassemble le chant

pour la célébration des foudres avachies

Autour du rire blessé

se resserre le cercle des busards

impatiemment gourmands de voyager

de l’évidence à la charogne

Impitoyables les rémiges de l’épervier

tranchent le temps naïf

La plaie saigne une intangible pluie

vitrioleuse de nostalgies

Perforant les paupières les martins-pêcheurs

sortent des yeux endormis

Dans chaque bec un rêve convulsif

agite encore l’agonie d’aimer

A un vertige épuisé

un vol sinueux de passereaux

entre les flaques de pesanteur

montrait la voie

Apaisement Repos

La femelle grèbe

menue conscience d’étang

balade sur son dos les remords nouveaux-nés

dimanche 14 décembre 2008

variations sur un thème à petits seins

VERSION COMPLèTE ET DéFINITIVE


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dimanche 9 novembre 2008

anaphore 13.08 rectifiée 9.11

bon courage petite petit dont le premier baiser - est déjà enregistré par la surveillance du demi-jour - l'autorité désormais atmosphérique captera la moindre dérive du rose officiel - bon courage les rêves vivipares - les coïncidences non brevetées - bon courage à vous dont la sainte Sécurité exige que votre âme soit photomaton et biométrie du renoncement - bon courage nouveaux-nés compétitifs - bon courage ours dans le blanc baleine dans le cri - bon courage oiseaux - dignité de l'envol malgré la pesanteur de nos lumières - bon courage aux noyés de toutes les migrations - bon courage Aphrodite de renaître de l'écume de marée noire - Nérée et Doris de consoler les larmes huileuses de vos cinquante gamines - bon courage Déméter transgénique Eleusis sans Mystères Perséphone actifère - bon courages vestiges des caboulots - villages-fantômes surpeuplés de pas perdus - bon courage Renart en Malpertuis et en rousseur hypothéqués - bon courage la vieille - de cinquante ans qui coûte plus cher à l'Entreprise - sacrée de vivre - que la Chinoise de dix ans - bon courage petite Chinoise et puisses-tu leur imposer ce qu'est le déluge de toutes les petites grandes et vieilles Chinoises - bon courage vieux hors d'âge hors de vous hors de tous - bon courage à la terre d'être digérée par sa propre famine - bon courage aux scientifiquement massacrés toujours plus loin toujours plus net - bon courage au regard hurleur du dernier grand singe au pied de sa généalogie - bon courage aux tribus qui nous ignorent encore - aux chants offerts à l'esprit des sentiers - bon courage aux questions à vif - bon courage colère engluée dans la sage tiédasserie - fous rires au gibet pleurs sans paupières - bon courage à mon petit visiteur chat que je comprends si peu - bon courage à ce petit gosse qui massacrait à la sortie de l'école des créatures pour moi invisibles - peut-être m'a-t-il sauvé - mon courage aux mots de marcher dans la neige - bon courage... - le mauvais courage? - pas besoin de le souhaiter - puisqu'il s'impose - et qu'il n'a jamais mal - et qu'il n'a peur de rien

vendredi 31 octobre 2008

casse

fin de matinée ses feuilles brillent une fortune appel au casse tendre et or le froid renaît lumineux d'être visages regards sourires croisés éternité epsilon bonheur rapide comme une extase de piaf coeur de l'infime où de toute évidence la vie sera belle toute la vie

mercredi 8 octobre 2008

exaltation incomplète

Vivent les ploucs, les hors tendance, vivent les paumés dans leur paumes gribouillées d'illisible , les laboureurs, les blessés de leurs sillons, le gris hurleur de ciels, le soleil flemmard bavant vaguement un Est vaseux, les balançoires du vertige, la chute des eaux suicidaires, la sueur au front des prolos de la nostalgie, la pipistrelle qui du front fait un grenier, le grenier qui d'une poupée fait une enfance, vivent la pluie sur le crâne de la sagesse, la calvitie de l'espoir, l'hymne coquelicot, le rat qui ronge le jour, les mots qui digèrent le silence, le silence qui défèque la fable, les voix égrées dans la toux, l'équilibre qui doute, vivent les drapeaux troués qui éternuent leurs couleurs, les rencontres déchirées bégayant leur transparence, le culot des insectes et des amours d'être visibles, la sève qui pactise avec les yeux fermés, les rires dans le miroir inerte, vivent les chiens qui laissent leurs puces aboyer, vivent les clowns au trapèze avec les feuilles hors saison, le cafouillage de trop voir, le vent dans l'émotion jupe-culotte (déception garantie), l'amour fou en son asile, la brillance des lèvres, les fruits improvisés à chaque caprice du rouge, le rouge opportuniste de la timidité, de la révolte, de la honte, de la colère, des joues giflées et des fuchsias, le temps qui pleurniche ses lilas, le sommeil des loups dans la rage fauve, les fées qui pétaradent dans mes chaussons, vivent les chats félinement eux-mêmes, vivent les passereaux dont ils font un petit jeu agonisant, les vieilles dames dont la vie se distribue déjà en bijoux sans mémoire, les routes pluvieuses frissonnant les lumières, vivent les héros incompris, ils ont sauvé le Monde mondain de l'évasif, vivent les pâquerettes qui rappellent au désordre le vert des gazons pleutres, l'immensité assoiffée de grands yeux, vivent les maladresses d'éprouver, de risquer ce qui reste de soi, les chatouilles par surprise sous les doigts sans empreintes, les soeurs des copines de la miséricorde, le courant d'air entre le naître et le mourir, le rhume qui s'ensuit, bref: vivent les détails.

dimanche 5 octobre 2008

octobre

PUTAIN, QUEL ZEF !

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jeudi 2 octobre 2008

propos sur le bonheur (déférence gardée envers Emile Chartier)

Etant loti d'une implacable lucidité, d'un sens aigu du possible, je n'espère pas plus loin que le giron d'une ourse où je poserai ma tête de corbeau. Fermer les paupières sur la fermentation de l'absence de rêves et voir le noir remonter lentement à sa source. Dans ce confort primitif, prévoir en toute rationalité les contre-courants, les contre-couleurs, tel est le secret du bonheur froid.

mardi 30 septembre 2008

veuvage

La nuit achève sa corvée de blancheur Le ténébreux

le veuf le cerné

l'assiégé de matin rassemble les décombres

dans la grimace de cette lumière

petit jour mauvais fou

histrion de rosée

dont les couleurs mettent la moindre fleur en délibération

-

Le veuf chausse les chemins menant à la défunte

il traverse les absences jusqu'au signe lointain d'une main envolée des fenêtres

aux jours jadis des transparences peuplées

-

Une âme rejoint son visage lisible

et une silhouette palpable aux perspectives

La solitude creuse le temps crayeux

Le regard calme la blessure d'espace et sculpte les peines sans contours

-

Ainsi chaque jour s'élève la prière du veuf

pour affronter la longue saison des vents où les tempêtes

même asthmatiques

déracinent les doux rêveurs et les hautes colères

-

Oh vienne cet âge où l'infinie fidélité vouera sa fièvre à la fonte des défuntes

où la pâleur s'écoulera en mémoire des sources

où le sang circulera ses pointes

dans le sens des aiguilles

vendredi 26 septembre 2008

gagner sa vie

L'éCRIVAIN

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mardi 26 août 2008

si j'ai bonne mémoire

il y avait tant de féminins sourires tant de lèvres

que l'âme distillait à volonté ses rapines rouges

pour un alcool limpide

après le sang n'était plus qu'une ivresse de sourires

et le temps n'était plus que ce sang

je crois qu'alors on disait "évidence".