Jean-Michel Robert

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samedi 5 juillet 2008

anecdote

Le beau-père du voisin de Jacquy s'est institué, à l'occasion d'une pose de grillage, chef despotique de travaux sagouins. Il n'a pas hésité, pour sceller un piquet, à sauvagement arracher un arbuste planté par Jacquy; il a définitivement condamné les limbes dorées effleurées de vert, au mieux, au feu, au pire, au sac-poubelle.

Tout plein de colère maîtrisée, Jacquy l'a calmement engueulé et négocié un nouveau plant. Mais après - toute colère évaporée -, profonde, noueuse mélancolie...

Planter l'arbuste c'est accorder un peu de son présent à un avenir d'arbre. Déjà le feuillage boit la lumière et colonise le ciel, les racines élèvent en sève le coeur, sous l'écorce l'aubier bague de chair le Temps.

Infiniment plus digne que la grande Histoire, l'arbre: frémissante anecdote de la Hauteur.

après, j'irai chanter.

J'AI BU LA PROMENADE (Poèmes publiés dans la revue DéCHARGE, N°113, mars 2002.


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jeudi 3 juillet 2008

vie exemplaire

Grâce à son cocktail singulier de stoïcisme, de cynisme, d'hédonisme et de scepticisme, rien ne l'atteignait plus que l'Essentiel indolore. Ses mots narquois, son regard lointain et son coeur chitineux le protégeaient du reste. C'est ainsi qu'il se permit de vivre vieux et serein, et de mourir hors contrition

Plus d'illusions: je suis sûr à présent que ce n'est pas ainsi - hélas - que l'on résumera ma carrière.

mercredi 2 juillet 2008

adjuration à l'araignée novice

Ne fais pas ça !... pas ici... Certes, le tissage appartient à ta culture patrimoniale, mais l'angle de ma fenêtre s'en fout; n'y risque pas la merveilleuse spirale logarithmique de ton destin, car, fatalement, fenêtres et volets se fermeront; ici ton labeur de soie est voué à la certaine et prochaine destruction. Pardon pour l'intrusion - la plus délicate possible - du balais dans ton aurore. C'est pour ton bien et la dignité de ton diadème. Allez, file, file ailleurs, le Bois des Noés est un voisin: il vaut mieux être âme de broussaille que martyre des transparences indifférentes

dimanche 29 juin 2008

mise à jour

MES EXCUSES

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samedi 28 juin 2008

ornithophanie

Alors que je rêvassais tout autour de l'étang, une mésange chaussée de pataugas a eu le culot de me dire: "On ne plaisante pas, même en vers libres, avec la cachexie des lendemains." Puis elle s'est envolée. Pas de quoi s'inquiéter, c'est rien: encore un avatar de Vishnu.

vendredi 27 juin 2008

L'Homme s'attarde au téléphone.

L'"Homme" dans sa formulation générique m'inspire toujours une sorte de colère délayée. "L'Homme est naturellement bon, l'Homme est naturellement égoïste et violent, l'Homme est un jouisseur, l'Homme possède le libre arbitre..." Quand mon interlocuteur use de ce vocable, je lui demande: "Quel homme? quelle femme? Jean Moulin ou Maurice Papon? celui qui collectionne les revolvers ou celui qui apprend le chant des oiseaux? L'occidentale clignotante de bijouterie ou la mère africaine à des heures de marche du premier puits? celui qui naquit serf au dixième siècle ou celui qui naît marchand d'armes aujourd'hui? Louise Michel ou Margaret Thatcher? Nixon ou Allende? Christine de Pizan ou ma concierge? Darnand ou Manouchian? Déroulède ou Artaud?..." Inutile de m'objecter les déclarations des Droits de l'Homme: elles ne constituent ni définition ni prédicat, il y est question de la dignité de CHAQUE être humain... Enfin, bon, comme la colère était délayée, l'interlocuteur reste un pote.

maniaque

Au matin, je n'éprouve aucun appétit avant d'avoir vu naître de mon café une corneille. Après son envol, je peux à ma guise croquer un peu de nuit retardataire, beurrer le mauve hautain, avaler la perplexité végétale du vert, savourer à petites lampées la transparence amère. Ainsi je prends ce qu'il faut de forces pour aller vivre. Alors j'y vais. Je déplore, croyez-le bien, cette funeste manie.

jeudi 26 juin 2008

ÂME INTRA-MUROS (à Louis XVI)

Ca y est: j'ai changé ma serrure. Les fripouilles ne se baladent plus avec mon intérieur dans la poche.

ciel à aimer le matin

Le bleu élève en haute migration l'évanescence des toits.

mercredi 25 juin 2008

NOUVELLES DU FRONT (rapport de caporal chef Dutilleul)

Je me suis réveillé brusquement vers trois heures du mat'. J'ai entendu des types qui chuchotaient dans la cuisine (Je m'étais endormi la fenêtre ouverte, et j'habite au rez-de-chaussée). J'ai bondi. J'ai surgi, allumé la lumière. Ils étaient deux, 18-20 ans. Je leur ai dit: "Qu'est-ce que vous foutez chez moi !" Ils ne disaient rien, tout surpris. J'ai vérifié qu'il n'avaient pas piqué les carnets de chèques posés sur le frigo. Je leur ai dit "Y a rien à voler ici!". Et je les ai virés. Ils sont partis en courant. Après j'ai fermé volets et fenêtre et j'ai bu du café en fumant. Après je me suis avisé qu'ils avaient pris la clef de la porte d'entrée et l'adaptateur Wi-Fi de l'ordinateur. Après il a fallu sortir malgré l' obsession qu'ils détiennent ma clef. Avant de sortir j'augmente le volume de la radio. Aujourd'hui, après la paperasserie à la sous-préfecture de Rambouillet (permis de conduire), je suis allé acheter un câble. C'est ainsi que je puis vous remette le présent rapport. Demain je change le barillet de la serrure. Après le monde sera parfait (Garou-Garou est un copain).

mercredi 4 juin 2008

l'âne vint à son tour et dit: "J'ai souvenance qu'en un pré...."

Puisque, de toute façon, on n'a pas le choix, le choix s'impose, je réclame (puisque c'est plus compétitif que "Je sollicite") l'attention des jurés du Hasard. J'allègue l'errance, la stupeur et le charme. Mais quel que soit le fruit (ô, framboises!) de votre délibération, il sera injuste, aussi ne sais-je même plus qui vous êtes, et, au fait, êtes-vous? Le fruit de la connaissance, qui ne fut jamais une pomme (les gens confondent probablement avec Discorde) est une pêche melba dont on n'apprend rien . C'est pour ça que c'est bon. C'est pour ça que c'est. Le reste n'est même plus Littérature.

capital variable

Je me rappelle avoir essayé de comprendre, puis d'expliquer ce que Marx appelait la baisse tendancielle du taux de profit. Les rapports entre capital constant et capital variable, et la misère qui, forcément s'ensuit. Mais, sûr, dans la soirée la guitare aimantait mieux les filles que "Le Capital". On se dépolitisait assez vite, pour peu que la nuit soit assez elle-même pour mépriser l'Histoire.

réflexe citoyen

Plus je relis et plus je me dis que le titre "l'homme approximatif" était en soi une oeuvre. Au fait, t'avais des papiers en règle, Tzara? Ne me mens pas: je demanderai à Ionesco, Cioran, Voronca...

S'il vous plaît

SI VOUS AVEZ UNE MINUTE DE LIBRE, CE SOIR,

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