Jean-Michel Robert

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samedi 19 septembre 2015

Prose inédite d'Yves Martin.

Yves et moi, en avril 1988, avons décidé de retrancher de la postface qu'il m'avait accordée cette première partie « merveilleusement triste ».

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jeudi 30 juillet 2015

lardon de Nyx

Le sommeil est la plus douce des victoires ; la plus éphémère aussi qui se perd chaque matin. Cependant, au sortir de la nuit, vivre redeviendrait possible, pour quelques exilés au moins, si s'éveiller c'était vraiment diriger à nouveau ses rêves (...)

Pierre Autin-Grenier (Les Radis bleus, éd. Le Dé Bleu)

L'insomnie est la seule forme d'héroïsme compatible avec le lit.

Cioran (Syllogismes de l'amertume, éd. Gallimard)

dimanche 12 juillet 2015

métaphysiquement

''...Ce que je pense du monde ? / Le sais-je, moi, ce que je pense du monde ? Si je tombais malade j'y penserais...

Le seul mystère, c'est qu'il y a des gens pour penser au mystère...

Métaphysique ? Quelle métaphysique ont donc ces arbres ? / Celle d'être verts et touffus et d'avoir des branches / et de donner des fruits à leur heure, ce qui ne nous donne pas à penser, / nous autres, qui ne savons nous aviser de leur existence. / Mais quelle métaphysique meilleure que la leur / qui est de ne pas savoir pourquoi ils vivent / et de ne pas savoir non plus qu'ils ne le savent pas...

"Constitution intime des choses"/"Signification intime de l'Univers"... / Tout cela est faux, tout cela ne veut rien dire. / Il est incroyable que l'on puisse penser à ces choses. / C'est comme de penser à des raisons et à des fins / lorsque luit le début du matin, et que sur le flanc des arbres / un or vague et lustré perd peu à peu sa part d'ombre...

L'unique signification des choses, / c'est le fait qu'elles n'aient aucune intime signification...''

Fernando Pessoa (Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes d'Alberto Caeiro)

jeudi 21 mai 2015

Lucien Becker

avait titré "Rien que l'amour" et "Rien à vivre" :

"la lumière qui s'écoule sur moi / quand je marche dans la nuit / m'a fait au visage de grandes blessures / que le jour ne peut refermer / c'est un visage vraiment nu / qui se fixe à ma chair dépaysée / quand le monde cherche le matin / dans les tas d'ordures et de rues..."

dimanche 3 mai 2015

Hervé Delabarre.

Je l'évoquais tout à l'heure, l'oeuvre de ce beau poète.

Jeanne d'Arc, dont on dit rarement ce que sa "propagande" de l'époque doit à la duchesse d'Anjou, fut ce 1er mai, comme chaque année, objet de la crasseuse dévotion du front national.

Hervé Delabarre, depuis longtemps, avait fait poétiquement justice :

Jeanne d'Arc écoutant ses voix, par Léon de Bénouville, 1859.

"POUR UNE RéHABILITATION DE JEANNE D'ARC

La vérité jaillira des flacons de parfum

Des salières et des piments rouges

Elle s'appellera Crêpe de Chine

Shantung

Dentelle noire des Ardennes

Sophisticated Lady

-

Brûlant tous les feux rouges

Sa voix déraillera tragique

Dans les résédas écrasés

Dans les fourrures dont on a fait sauter les plombs

Avant que les incantations de son pouvoir magique

La reprennent juste au point de s'éteindre

-

Enfant

Elle aime scalper ses poupées

Avec l'alphabet se ses ongles avant de s'endormir

Dans le feu de leurs robes défaites

Tachées de géraniums rouges

Jusqu'au petit matin des voix qui l'ouvrent

-

Passés les chiens de garde les tours de guet les masques

Les genêts déposent à ses genoux le cérémonial des bottes de sept lieues

Idole primitive sculptée à la lumière du désir

Elle ouvre au voyageur de nuit les couloirs de ses rêves poignardés d'iris

Les intersignes qui autorisent aux plus vertigineux rapports

-

A la vitrine de l'oiseleur

Dans les garrigues des jours d'épreuve et de blasphème

Les dents de lait ouvrent leur éventail de visions

Qui s'éparpillent sur de longs corps de femmes

Enduits de beurre de cacao et de pommade rose

Où la lecture pour un enfant

Déroule au hasard des rues et des bois

Les heures liquides soumises aux coquillages des devinettes

Sa robe de merles caressée d'anches et de dolmens

0ffre l'espièglerie des livres d'Instruction

Des gravures soigneusement choisies pour des leçons de choses

-

L'enseignement moral et civique dénudé jusqu'au ventre

Le petit doigt comme il se fait à la couture parfumée de l'ornière

Y honore la flibuste de déclarations officielles

Aimez d'insoumission

Magnifiez le plaisir

A toute langue miséricorde

L'épouvante est un ver à soi

-

Les cris des engoulevents

A depuis toujours soulevé sa poitrine

Belle de s'être donnée de se donner encore

Son miroir lui tend

Brûlée de toute ses cicatrices

Une nuit délivrée aux cavernes de lait

-

Promise à l'agenda des venelles

A l'école buissonnière des yeux et des doigts

Qui grappillent le cerceau du puits

Elle charme le feu des mangues

De la langue d'aspic divine de son sexe

-

Magicienne

Morte criée d'une trop forte étreinte

Les paillettes de sa peau et de ses délires

Brillent toujours

Dans les sarcophages aux ailes de libellules

Où nous les retrouvons

Explorateurs de labyrinthes et de pyramides

Où ne règne que la femme

Coiffée de plumes aux flammes intarissables"

("Danger en rive", Hervé Delabarre, in "Poètes singuliers du surréalisme et autres lieux", Alain-Valéry Aelberts et Jean-Jacques Auquier, ed. 10/18, 1970)

Chais pas vous, mais moi, ni en histoire ni en leçon de choses... ni en récitation, mes maître(sse)s d'école ne m'apprirent tout ça.

samedi 2 mai 2015

"boxe, boxxxe" (Nougaro)

J'aime bien certains polars, tant romans que films, lorsque l'auteur a du style, c'est-à-dire le langage qui du détail (personnages, temps, lieux...) fait l'essentiel poétiquement violent. L'intrigue importe peu. J'ai remarqué que, dans les films, bien souvent, pour signifier à la fois la solitude, la désespérance, mais en même temps la force de caractère, la résolution, le jusqu'au bout du ou de la juste on le ou la représente, au moment critique, courant à l'aube jusqu'à plus d'haleine, ou boxant un gros truc très lourd jusqu'à l'épuisement. Sûr, cette personne en veut...

Pour ma part, tout aussi juste, je préfère relire "Le Boxeur de l'Ombre", d'Alain Morin :

" Voyageur pris entre deux signes / l'instant où le pêcheur jette le filet / est illuminé / l'instant où il se retire / est inquiétant / l'invisibilité du jour / n'est pas une bonne prise... Maintenant l'invisible brise sa route / plonge au centre / resurgit indemne, l'horizon sous le ventre... Il s'est dévêtu / il pense à Eve de Granach / Une Eve qui rate son entrée au paradis terrestre / parce qu'elle a de petits seins... Il passe le tranchant de sa main / à travers la flamme / elle continue en esprit / ce qu'elle achève en lumière... S'entendre avec le temps en zigzag / qui dérègle les montres / et synchronise les attentes... Je brosse mon smoking luisant / pour d'invisibles rencontres... On ne sait presque rien des numéros des rues / Sinon qu'ils se jettent parfois la nuit / de leur lucarne bleue / dans les rues désertes / et qu'ils s'en vont chiffrer les rêves des hommes... Boulon égaré / qui cherche le pas de vis de la nuit... Pas perdus / pas pour tout le monde / à qui sait regarder marcher..."

("Le boxeur de l'ombre", éd. Fagne, 1975, préface d'Edmond Humeau - "L'écriture lumière", éd. Formes et langages, 1971 - "La Source", id. 1971 )

Beaucoup de livres essentiels d' Alain Morin ont été publiés par les éditions Rougerie, dont "Le Purgatoire", bouleversant.

A consulter le bel article de Christophe Dauphin, site "Les hommes sans épaules".

mercredi 29 avril 2015

Au gré des rayons - 1 - (Poésie du Québec)

Alain Simon et moi avions une projet : une anthologie au seul gré de notre bibliothèque. Alain a commencé bien avant moi (voir son blog en lien). Relisant hier Paul-Marie Lapointe, j'ai résolu de commencer par la poésie du Québec. Suivront la Suisse, la Belgique, les pays arabes, Haïti... bref, la poésie francophone de près et de loin *. Donc, pas question d'exhaustivité, seuls les poètes qui honorent mes rayons seront proposés à la curiosité des promeneurs et promeneuses. Je n'indiquerai que les titres qui passent par chez moi, à chacun de compléter si, bien sûr, le coeur lui en dit plus long.

J'ai prévu pour le mois de juin de saluer quelques auteurs dont l'oeuvre d'éditeurs, de critiques, de concepteurs estompe trop souvent l'oeuvre poétique ou / et "littéraire": Louis Dubost, Jacques Morin, Claude Vercey, Jacques Brémond, Roland Nadaus (un voisin), Jacques Fournier, François Vignes, Alfred Eibel...

  • Deux poèmes par auteur : j'ai retrouvé seize Québécois, et je n'ai pas fini de fouiller...

Paul-Marie Lapointe (1929 -2011)

Les vers de l'auteur sont coupés classiquement à la ligne, mais aussi en leur sein même. Ne disposant pas ici de l'outil pour ainsi espacer, j'indiquerai les blancs par la barre oblique.

-

Maisons hautes / je rampe mon seul fils

chantaient les nonnes trois / tu m'exacerbes

Je m'en fous ma belle gueule / je dis

l'homme rote dans le bain noir / mon herbe

est rose / je suis le seul garçon saoul

qui t'éventre / nous en avions trop envie

rien n'empêche ça n'valait pas le sou

Enfin t'es pas mal et j'en fais ma vie


train de nuit qui va toujours le même chemin et qui me traîne par les cheveux / j'ai quitté mon village tranquille avec des lampes par la fenêtre et le sommeil clair des berceuses de rotin / train de nuit des malles coffres de larmes et les yeux de la gare dans mon front / ils dorment / ceux qui voyagent marchent en dormant / il y a celui de la tête dans les bras / tête de départ / l'autre a mis ses pieds contre la vitre du paysage vertigineux / les exils des abandons dans les arrêts prolongés et tous ceux de nos liens avec leur bagage / et ce coeur qui prend toute la place que nous n'avons pas prise

("Le réel absolu" Editions de L'Hexagone)

(A suivre : Hélène Dorion et Jacques Brault)

samedi 25 avril 2015

"détonateur des mondes" (2)

Suite du billet du 18 mars

DERNIER ENTRETIEN D'YVES MARTIN AVEC ALFRED EIBEL ET ERIC DUSSERT (extrait)

Alfred Eibel

ALFRED EIBEL : Eric veut savoir si vous vous souvenez de votre premier livre d'enfant ou d'adolescent. Avez-vous, comme beaucoup, découvert la littérature avec Jules Verne ?

YVES MARTIN : Pas Jules Verne. C'est mon grand-père, pendant la guerre ou durant les autres périodes où les petites maladies de l'enfance du genre varicelle et compagnie m'amenaient chez lui que j'ai beaucoup lu. Tous les livres qu'avait ma tante. C'était une femme âgée qui adorait la lecture. Elle était institutrice et avait déposé ses livres chez mon grand-père. Il y avait là toute la collection Nelson que j'ai lue, je peux dire « in extenso ». Et quelques livres au grenier, notamment beaucoup de livres de ma tante sur les régions de France. C'était formidable, c'était passionnant, une façon de voyager. J'ai lu beaucoup beaucoup, peut-être six ou sept fois « Les Misérables » de Victor Hugo et un livre que je n'identifie pas qui avait un titre comme « L'Auberge rouge ». Je le trouvais très très chouette. J'ai lu tous les livres que je trouvais là, j'ai fait connaissance avec des auteurs oubliés aujourd'hui, Marcel Prévost, Cherbuliez, Blasco Ibanez et bien d'autres.

AE : La collection Nelson était bien cette collection cartonnée crème et vert avec une jaquette ?

YM : C'est ça, avec une guirlande. Je lisais ça dans mon lit de malade, un grand lit de campagne. On y montait presque avec une échelle, il y avait un énorme édredon rouge où venait souvent dormir le chat.

AE : Et quel âge aviez-vous à ce moment-là ?

YM : C'est variable. Il ya eu la période de guerre et les périodes intermédiaires. Quand j'avais épuisé tous ces livres, je les relisais, ça ne me dérangeait pas du tout. Je m'inprégnais complétement.

AE : Vos parents vous voyaient avec ces livres à la main ?

YM : On était en Côte d'Or... mes parents ne les voyaient jamais.

AE : Ils ne vous encourageaient pas et ne vous décourageaient donc pas non plus...

YM : Ma mère étant jeune avait été une grande lectrice. D'ailleurs, dans un de nos appartements à Paris, rue des Eaux dans le XVIe, il y avait toute une bibliothèque de jeune fille que j'ai lue in extenso elle aussi. Ca allait du « Lys dans la vallée » en passant par les livres des « Feux Crosés ».

AE : « Les Feux Croisés », c'était cette collection dirigée par Gabriel Marcel dans laquelle on trouvait beaucoup d'auteurs étrangers ?

YM : Oui. A l'époque, j'ai beaucoup lu Dickens. Je crois que ses livres étaient ceux que je préférais. Je trouvais ça... de grand style...

AE : C'est un auteur dont vous gardez un bon souvenir ?

YM : « Les grandes espérance »... Oui, c'est un auteur qui m'a beaucoup marqué.

AE : Lorsque vous avez gagné votre vie, vous souvenez-vous d'un moment où vous avez acheté un livre ?

YM : Le premier livre acheté, c'est difficile à définir.

AE : Pas forcément le premier.

YM : Une fois que mes parents se sont établis à Paris, ils étaient à Lyon pendant la guerre, une fois que la guerre a été terminée, ils n'avaient pas le temps de s'occuper de moi. Ils étaient dans le commerce. La samedi, j'allais d'abord chez mon père qui me disait toujours – il savait que j'adorais lire - «  bon, si tu veux, je te donne de l'argent pour acheter un livre. Je pense que tu as envie d'en lire un. » Alors je disais « oui » et je partais dans une librairie qui était près de l'avenue de l'Opéra, entre le boulevard de l'Opéra et le Boulevard des Italiens, tenue par des Russes qui avaient beaucoup de livres de poésie. Je peux dire que, tous les samedis, tous les week-ends, je m'achetais un livre.

AE : Grand lecteur de prose, à quel moment et pourquoi êtes-vous devenu l'immense lecteur de poésie que l'on sait ?

YM : J'ai commencé à lire la poésie au préventorium d'abord où j'ai découvert Apollinaire, Max Jacob, etc. Puis au plateau d'Assy où j'ai rencontré à ce moment-là des gens, un libraire notamment qui était le frère de Maurice Bardèche. Alors là, effectivement, je n'ai plus lu que de la poésie pendant dix ans. Très jeune, je lisais de la prose. J'ai d'ailleurs écrit des romans dès l'âge de douze ans. Ils ont été jetés par mon père.

AE : Pour quelle raison ?

YM : Bêtement, pour faire de la place.

AE : Sans égard.

YM : Sans égard. C'était des romans dans le genre Mauriacien, la pluie...

AE : De sombres histoires provinciales ?

YM : Pas provinciales, mais avec beaucoup de sensations comme l'automne, la pluie, le vent...

AE : Avec une nature très présente alors ?

YM : Oui, chose que j'aimais beaucoup chez Mauriac, plus que ses histoires de famille qui m'intéressaient assez peu.

AE : En fait, c'est l'ambiance.

YM : Oui, dès le départ, c'était l'ambiance, le climat. Si je ne suis pas devenu romancier, c'est que le roman-roman ne m'intéresse pas beaucoup.

AE : Vous diriez ça aujourd'hui encore ?

YM : Même aujourd'hui. Je suis plus sensible à l'écriture, à la reconstitution, aux odeurs qu'à des histoires quelconques qui me laissent un peu froid.

AE : Depuis que je vous connais, j'ai toujours été frappé par une véritable connaissance de la littérature du XXe siècle et d'auteurs de second ou troisième rayons que la plupart des gens ignorent...

YM : Je crois que j'ai été formé, comme quelques-uns de mes amis, par les libraires de l'époque, libraires d'occasions ou d'éditions originales. Et très rapidement, quand j'ai commencé à travailler, j'ai consacré chaque mois un budget relativement important à acheter une dizaine d'éditions originales. Peu à peu, je me suis constitué une bibliothèque de gens qui étaient fort connus à leur époque mais sont ensuite tombés dans l'oubli (...)

(A suivre : témoignage de Hubert Haddad)


'' Les hôpitaux. La cortisone

Les jambes tatouées de fougères

ressemblent à celles fleuries qui là-bas

cachaient les armes, le crotale aux amitiés très particulières (...)

IL veut mourir dans des draps propres

La mort : ni lavandière, ni blanchisseuse, ni cousette.

Une branche de marronnier raconte une histoire toujours plus drôle.

La mort. Des gants-plastique. Toucher rectal. ''

Yves Martin ("Le Pommier", éd. Le Pont sous l'Eau)

mercredi 18 mars 2015

"détonateur des mondes" (1)

TÉMOIGNAGE PUBLIÉ PAR « L'ALAMBIC » QUELQUES MOIS APRÈS LA MORT D'YVES MARTIN.

Ce numéro hors série de L'Alambic (hiver 1999) offre le dernier entretien d'Yves Martin avec Alfred Eibel et Eric Dussert et porte également les témoignages de Werner Lambersy, Valérie Rouzeau, Hubert Haddad, Slimane Hamadache, Jacques Izoard, Rapahaël Sorin, Claude De Burine, Eric Dussert, Alfred Eibel, Alain Mercier, Christian Bachelin, Jean-Marc Couvé, Jean-Luc Maxence et Jacques Baratier. Je publierai l'ensemble dans ce blog,catégorie « comme ça, juste pour le plaisir » '

Après plus de treize ans d'amitié, après la mort récente, je n'ai pu, malgré de nombreux essais, isoler ou synthétiser une part de tout ce temps partagé avec Yves Martin. Comment choisir parmi toutes nos rencontres, parmi les longues, très longues conversations, les déjeuners délirants, les soirées du Pont de l'Epée, les premiers mots timidement échangés, sa visite à La Verrière, mon émotion quand il me remit sa postface pour l'un de mes livres, lorsqu'il baptisa Robert l'un de ses chats, ma stupéfaction quand il me réveilla à quatre heure du matin pour s'assurer de ma participation au livre collectif "Turgescences"? Comment relater si vite, si tôt, ses années de solitude, de pauvreté, de combat contre la maladie ? Je peux cependant témoigner de sa déception, voire de sa colère d'être encore si souvent considéré comme le pittoresque « piéton de Paris  fin de siècle ». Yves Martin est surtout le poète de la révolte permanente, de la férocité des plages ; il a capté les âmes, saisi l'instant sombre, l'instant pur, le passé sans nostalgie dégoulinante, l'impudeur vraie, l'amour, les amours fous, bref : il est bien plus que le poète total, il est l'homme poétique « détonateur des mondes ». « Doucement, longuement mourir / Vivre parfois / Parce que rien d'autre n'est possible ». On dit bien facilement, bien naïvement qu'un grand poète vivra toujours à travers son œuvre. N'empêche, depuis qu' Yves n'est plus avec nous, bien en chair et en os, nous mourons moins doucement.

Voir dans la catégorie "comme ça, juste pour le plaisir" les billets 29 /12/10, 2/01/11, 24/02/11, 10/03/11, 30/03/11, 6/05/13.'' ''

A noter : la revue "A L'index" N°27 a publié un dossier Y.Martin auquel ont collaboré Jean-Marc Couvé, André Duprat, Werner Lambersy, André Prodhomme, Jean-Michel Robert, Jean-Claude Tardif et François Vignes.

''Rien n'a vraiment commencé. La souffrance, ses cols marins,

Ses plis, ses cheveux, pas un suc ne manque.

Je nais dans le même gratte-ciel d'où j'entends à peine

La rue, ses gros sabots, seuls des bruits d'ailes

Tombées à pic, croquées par le goudron.

Descendre dix étages n'est pas une joie très pure.

La plupart du temps le laitier, le marchand de glaces ont disparu.

Les petites filles brûlent leurs querelle au four.

Les loupiats ne peuvent vivre sans tout renverser sur mon pantalon.

Rien ne marche jamais. Ca, je l'ai vite compris.

Encore s'il n'y avait pas ces roses latentes,

Ces cuisses aux marbres de flanelle qui grandissent

Alors que je me sens de plus en plus bêtement liquide,

Moelleux, absent comme un lapin dans sa trouille."

Yves Martin (Le Manège des mélancolies, éd. La Table Ronde)

mardi 17 février 2015

Je me rappelle

Je ne sais pas bien quoi... mais c'était bien, même les vieux.

"La lucidité se tient dans mon froc"

Léo Ferré LA MÉMOIRE ET LA MER

La marée je l'ai dans le coeur Qui me remonte comme un signe Je meurs de ma petite soeur De mon enfant et de mon cygne Un bateau ça dépend comment On l'arrime au port de justesse Il pleure de mon firmament Des années-lumière et j'en laisse Je suis le fantôme Jersey Celui qui vient les soirs de frime Te lancer la brume en baisers Et te ramasser dans ses rimes Comme le trémail de juillet Où luisait le loup solitaire Celui que je voyais briller Aux doigts du sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer Que nous libérions sur parole Et qui gueule dans le désert Des goémons de nécropole Je suis sûr que la vie est là Avec ses poumons de flanelle Quand il pleure de ces temps-là Le froid tout gris qui nous appelle Je me souviens des soirs là-bas Et des sprints gagnés sur l'écume Cette bave des chevaux ras Au ras des rocs qui se consument Ô l'ange des plaisirs perdus Ô rumeurs d'une autre habitude Mes désirs dès lors ne sont plus Qu'un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis Avec ses pâleurs de rescousse Et le squale des paradis Dans le milieu mouillé de mousse Reviens fille verte des fjords Reviens violon des violonades Dans le port fanfarent les cors Pour le retour des camarades Ô parfum rare des salants Dans le poivre feu des gerçures Quand j'allais géométrisant Mon âme au creux de ta blessure Dans le désordre de ton cul Poissé dans les draps d'aube fine Je voyais un vitrail de plus

Et toi fille verte mon spleen

Les coquillages figurants Sous les sunlights cassés liquides Jouent de la castagnette tant Qu'on dirait l'Espagne livide Dieu des granits ayez pitié De leur vocation de parure Quand le couteau vient s'immiscer Dans leur castagnette figure Et je voyais ce qu'on pressent Quand on pressent l'entrevoyure Entre les persiennes du sang Et que les globules figurent Une mathématique bleue Dans cette mer jamais étale D'où nous remonte peu à peu Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là Sous l'arc copain où je m'aveugle Ces mains qui me font du flafla Ces mains ruminantes qui meuglent Cette rumeur me suit longtemps Comme un mendiant sous l'anathème Comme l'ombre qui perd son temps À dessiner mon théorème Et sur mon maquillage roux S'en vient battre comme une porte Cette rumeur qui va debout Dans la rue aux musiques mortes C'est fini la mer c'est fini Sur la plage le sable bêle Comme des moutons d'infini Quand la mer bergère m'appelle

lundi 9 février 2015

Bejamin Péret, qu'on n'append pas dans les écoles, probablement parce qu'il fit partie des Brigades Internationales.

PASSERELLE DU COMMANDANT

Il faut être chaste pour être bon

Il faut être vieux pour savoir faire

Il faut être riche pour tous les temps

Il faut être grand pour regarder

Il faut être juste pour installer

Il faut être bien pour supporter

Il faut être rond pour mesurer

Il faut être tendre pour concourir

Il faut être seul pour opérer

Il faut être deux pour être trois


Un vers ou deux, de mémoire, à propos de l'amour

"ça commence blanc et ça finit rouge comme un vittel fraise"

Fric Chevillard (un nom,marrant quand on pense aux chevaux crochetés). Eric Chevillard, un grand poète digne de Benjamin Péret.

Heureux qu'une amie le lise... "Mourir m'enrhume": un chaud-et-froid avant le grog.

mardi 20 janvier 2015

Salut au poète Jacques Kober.

J'ai trouvé ce matin ce message de Marc, fils de Jacques Kober, lui aussi écrivain, et hautement fidèle à Georges Henein :

"Cher Jean-Michel, J'espère que l'année commence bien pour toi malgré l'actualité violente... Je viens hélas d'apprendre ce matin une autre nouvelle triste : le pauvre Jacques est décédé ce matin après plusieurs semaines de grande faiblesse. Il a presque atteint son 94 e anniversaire.

Il sera enterré au cimetière de Caucade de Nice ce vendredi 23 janvier après une cérémonie à la chapelle St Philippe à 10H Amitiés

et dans le souvenir de Jacques, le poète de l'amour fou et de la mer (de l'amer).

Marc"

Jacques entre Yves Martin et moi, toujours plein d'ardeur, à l'assaut du Parnasse.

Jacques, à gauche, toujours fidèle aux peintres

Je reproduis ici la préface que j'ai eu l'honneur de rédiger, jadis.

JACQUES KOBER OU LE VITRIER D'IL ÉTAIT UNE FOIS (Préface de "Un pigment d'horizon", anthologie de l'œuvre de Jacques Kober, éditions La Bartavelle, 1993)

1

" Les futures techniques surréalistes ne m'intéressent pas.» André Breton

J'avoue un certain agacement face à l'usage actuel du mot "surréaliste". Il tend, de plus en plus fréquemment, à se substituer à "bizarre", "insolite", "absurde"... voire "grotesque". Mon mouvement d'humeur ne relève pas du fétichisme de l'épithète, je n'attacherais qu'une faible importance à ce glissement sémantique s'il n'était l'indice d'une reptation plus générale. L'époque se veut compétitive, cette volonté lui tient lieu d'avenir et de sacré ; les derniers poètes, dit-on, ont creusé des galeries fabuleuses dans la carrière publicitaire. Aussi l'avilissement du mot marque-t-il l'avènement de la grande confusion où ce qu'il faut bien appeler le poncif surréaliste est devenu le passe-partout du vide. Déjà, en 1946, dénonçant certaines annexions frauduleuses, André Breton rappelait irréductibilité du surréalisme à une somme de techniques, de procédés, il en réaffirmait les exigences fondamentale : « transformer le monde, changer la vie, refaire de fond en comble l'entendement humain ». C'est bien ainsi que le comprenait Jacques Kober qui, dès 1944, énonçait son postulat poétique:

« (...) Notre force n'est pas à la portée de notre main, elle est la main (…). L'imagination c'est la machine à augmenter le monde. Chaque débris du monde c'est maintenant une semence, une image à faire éclater les caves (…). C'est la réalité à faire qui nous situe et non la réalité faite. Être libre c'est être une source d'énergie au sens physique du mot, pouvoir construire (…). Grâce au surréalisme l'homme peut habiter les forces brutes, coloniser le mystère comme les arbres le ciel. L'homme découvre l'objet et l'objet l'homme (…). Oui nous faisons corps avec la chambre des machines, avec la ville et ses drapeaux d'asphalte, et nous allons, déjà la pluie s'enflamme. »

Ce "nous" postulé par Kober na pas résisté à l'acharnement du bazar objectif. L'Histoire, c'est bien connu, adore ironiser, cruellement de préférence. Inutile de recenser les illusions. En 1948, considérant l'état des lieux, Georges Henein écrivait à Breton que le silence était devenu « la manifestation surréaliste la plus recommandable ». Jacques Kober se taira vingt-cinq ans. Le temps pour l'homme générique de regagner l'Unique, le temps pour le "nous" de se résoudre en "je" total, le temps pour la fidélité. Car rien d'essentiel n'est renié. Reprenons à la première personne du singulier l'extrait cité plus haut, Kober, j'en suis sûr, persiste et signe. Surréaliste « décollectivisé », certes, mais surréaliste. L'évolution de l'écriture automatique à l'écriture « auto-Kober » n'altère en rien l'image comme « point du monde » redéfinie par le postulat :

« (...) Ce point c'est l'image surréaliste et son pouvoir brisant. Ces images n'ont que le nom de commun avec celles qui distraient, ce sont les seules choses concrètes et qui ne soient pas à notre image, à notre copie... »

2

« Hors l'instant, il n'y a que prose et chanson. » Gaston Bachelard

Pour Kober, la poésie ne baigne pas dans la salive d'écholalie, dans le laisser-vivre comme un demi-néant où l'on répéterait les bribes engourdies du monde ; pas de reproductions, qu'elles soient lasses ou réalistes. Kober n'hésite pas à parler de « choses concrètes ». La formule est à rapprocher de celle de Breton: « L'imaginaire est ce qui tend à devenir réel. ». Rejetant à la fois le subjectivisme et le matérialisme primaire, Kober saura tirer toutes les conséquences poétiques de ce refus inaugural. L'image brise en créant, elle bouleverse, transforme le monde tel qu'il est communément perçu, y fait naître d'autres possibles ; on ne dissocie plus le virtuel de l'accompli, tout est en acte. « Le caillou est une plante qui s'allume », affirme Kober. Ici, "être" n'exprime pas un état, « une réalité faite », la relative "qui s'allume" dynamise l'assertion, lui confère la tension vitale sans laquelle il n'y aurait qu'« image à notre image », la tautologie de l'ennui. La fulgurance analogique pulvérise le caillou en même temps qu'elle l'augmente, le végétal et le minéral s'inspirent mutuellement dans le regard qui repère dans la pierre l'incendie en dégel, l'esprit frotte comme un silex, l'étincelle embrase la plante, le caillou s'éclaire à ses forêts intimes. L'homme qui voit de cette façon ne saurait élever un mur aveugle, il ne peut bâtir ni casernes ni prisons. « Les yeux fertiles » n'auront jamais des paupières de béton. D'ailleurs, à la levée d'ancre, « le jasmin matelot »*a déjà l'œil lointain :

« Comment parler dans une cage ? Simple question qui casse toute mode ou avènement parisiens. Nous en sommes à porter nos fruits dans nos yeux pour tout horizon. »

Et l'avenir n'hésite pas à fruiter, le caillou arrondit sa lumière dans la pulpe, se savoure dans le vin se frissonne dans la femme:

« Ton corps est de cailloux mûris

le château noircit sur la colline

de voir le vent te fouler dans sa cuve

mais de souffler sur les raisins

le feu jaillit où gémissent tes rires. »

À partir de la semence initiale, de la perception immédiate – tout intuitive – du caillou ébloui, l'image prolifère, l'énergie se transforme jusqu'aux lèvres où le gémissement et la pierre s'enflamment dans leur plante osmotique. Manifestement, s'agissant de poème, « la machine à augmenter le monde » fonctionne sans entropie. Celle-ci s'avère moins négligeable là où la vie ignore sa plante ; le signe ascendant ne réduit pas l'opacité des faits à une buée d'haleine ; mais, quoi qu'il en soit, et de toute évidence, l'image d'aimer caresse. Aussi n'a-t-on que faire de gants :

« ... Terre je t'ai aimée, le soleil sous la paume... J'ai dix doigts de plus que le soleil... Le soleil c'est ma paume... J'ai mis sur le matin le chapeau du vin blanc... Je mangerai la terre à poignées rouges... J'ouvre l'espace jusqu'à l'oreille qui retentit de Voie lactée... »

Jasmin tu es matelot, illustration de Rezvani, 1948.

Poète solaire par excellence, Kober ne pouvait éviter d'en mettre sa main au feu. « La force est la main » ; dès lors, celle-ci s'identifie naturellement à l'astre-source ; voir et toucher se fondent dans l'acuité phénoménale d'un nouveau sens, d'une lumière tactile capable de décrypter le surréel comme un braille frissonnant. « Quel siècle à mains ! » : Rimbaud n'eût sans doute pas refusé cette main à tâtonner dans l'aveuglant. Entre les cinq sens, bien plus que des correspondances, s'opère une fusion chauffant à l'infini la conscience de l'instant, l'étrangeté et l'évidence d'être se contractent en présent super-dense ; ce même courant irriguant l'étoile et le fruit, les doigts et l'aube, l'étincelle et le big bang, Kober l'éprouve spontanément . « La poésie est une métaphysique instantanée (…), elle est alors le principe d'une simultanéité essentielle où l'être le plus dispersé, le plus désuni conquiert son unité (…) C'est une ambivalence excitée, active, dynamique (…). Voici l'instant androgyne. Le mystère poétique est une androgynie... » En ces quelques lignes de "Le Droit de rêver", Bachelard situe le poésie dans « le temps vertical ». Jacques Kober est donc bien de son temps. Bachelard le lui confirme : «Je n'ai pas oublié le temps de Pierre à Feu, le temps où vous hésitiez entre Poésie et Philosophie. Du moins ne vous-êtes vous pas trompé. Vous êtes poète. » (lettre du 11/11/1951).

3

« Je vois les pensées odorer les mots. » Robert Desnos

Quel que soit son goût pour les concepts, Kober n'écrit que d'âme à âme. L'univocité du langage utilitaire autant que les caillots théoriques figent les mots, les vident de la charge émotionnelle, de l'influx mystérieux qui habitent l'homme vivant. J'ignore si Kober cherche « un sens plus pur », ses tribus intimes, en tout cas, refusent la soumission. Aussi, au fil de l'œuvre, assiste-t-on à une subversion progressive de la syntaxe. Le surréalisme de jeunesse, bien que traversé de séismes prémonitoires (« Tu respires que tu aimes »), reste dans l'ensemble syntaxiquement conforme. Desnos, par exemple, dans les années 20, avait cuit la grammaire à des températures plus volcaniques ; cependant, explorant systématiquement ce domaine (« L'aumonyme», «Langage cuit» ), Desnos établit un protocole d'expérience. Le laboratoire ne manque certes pas d'ébullitions de recoins féeriques, mais le poète y travaille en blouse blanche, avec précision, rigueur, préméditation. En ce qui concerne Kober, tout porte à croire à l'émergence naturelle d'un souffle, d'un rythme, d'une liquidité dont l'origine se situe plus certainement dans le vertige du plongeur que dans la cuisine du linguiste. Les années de silences ne furent telles que pour l'écoute tout extérieure. Il semble bien que la voix poétique n'ait jamais cessé de sinuer, de s'infiltrer, de submerger, érodant les conventions, inondant l'absence pour reparaître au grand jour chargée de légendes solubles, d'alluvions transparentes. Selon Octavio Paz, « Le poème révèle ce que l'exclamation signale sans le nommer » ; un étonnement fulgurant marque certains points de coïncidence de l'esprit et du monde ; mais le poème ne s'éclaire que dans l'embrasement d'un langage proprement révélateur, dans un pouvoir d'énonciation assez fort pour préserver l'émotion du formol du poncif, de la boue du charabia et imprimer cet "élan-vers" qui – au-delà de toute connotation religieuse – donne un sens au mot"âme" et au mot "poésie". La sensibilité de Kober multiplie les coïncidences à une cadence extraordinaire ; dès lors, pas le choix, il n'y a pas une lumière à perdre, il faut oser les connexions inédites, les montages insolites, surtout ne pas gâcher cette précieuse énergie indispensable à la présence au monde. « L'unique de cet instant et du moi qui l’enregistre, comment n'en rien perdre ? » se demandait André Hardellet. Kober a su trouver un style offrant un maximum de raccourcis, de passages souterrains, sous-marins ; ainsi nous pouvons plonger avec lui dans la blancheur d'un corps pour émerger dans les mers du Sud, pêcheurs de perles à l'appétit de requin :

« Tu me fais mal de la blancheur de ton corps trop grand

comme le son s'élève d'essuyer un verre de cristal,

je n'ai pas oublié que tu as été plus de dix ans plongeuse sous mer

avec ton haillon de cheveux sombres à essuyer la vaisselle de la transparence »

La force évocatrice de ces premiers vers du poème "Les palmes noires" naît de la distorsion même des structures syntaxiques ; celles-ci réalisent une sorte d'« allitération » en profondeur qui n'est plus illustration euphonique ou eurythmique de l'image mais qui en constitue un des organes vitaux ; il semble que, tout à coup, les fameux serpents s'enroulent autour d'un axe paradigmatique revu et corrigé par Max Ernst. « Tu me fais mal de la blancheur de ton corps trop grand » : peut-on rêver instant plus androgyne ? Le couple fusionnel impose d'emblée son évidence. Imaginons un auteur moins doué : « La blancheur de ton corps trop grand me fait mal / comme le son s'élève d'un verre de cristal qu'on essuie... » Quelle déperdition ! L'homme et la femme de nouveau séparés, plus d’ambiguïté, de polysémie ; voici la cause, voici l'effet... laissez tout retomber, on n'y croit plus.. La formulation de Kober utilise une fonction rare : la fonction irisante, laquelle impose à la phrase les facettes et l'angle d'exposition les plus favorables au miroitement poétique. Ainsi « le son s'élève d'essuyer », il naît de sa propre caresse ; dégelant le cristal, son ascension limpide allège l’ambivalence d'aimer, la blancheur douloureuse conquiert sa transparence, synthétise dans l'impalpable l'instantanéité et la complexité de l'émotion. Ensuite le poète souffle sur l'imaginaire comme l'enfant sur la plume qui voltige. Il ne s'agit pas de la laisser se poser n'importe où ! La phrase n'en finit pas d'attiser son vertige, de fondre et refondre les images, provoquant les réactions alchimiques propres à élucider les mythes immergés où le détail s'identifie à l'essentiel, la femme au monde, où l'androgynie tend à l'universel, au sacré :

« Douce femme de ménage de la transparence marine

femme de service des coquillages et de la lisse texture

Je t'aime à la façon d'un païen posthume

et je vois dans tes cheveux le pinceau à peindre les coquillages

À la flamme sombre d'un amour un. »

4

« De mon émoi aux phrases,

Mon mouchoir pour mes lampes. »

Clément Magloire-Saint-Aude

Voici comment Kober établit la généalogie de son style :

« L'héritage le plus marquant me vint par ma mère, qui alsacienne d'origine mais déjà parisienne de la deuxième génération et du quartier du «Sentier» ( ce creuset des artisans et négociants en étoffe) m'a transmis un peu de la langue verveuse, drôle et désabusée de ce cœur inventif du petit peuple parisien . Leur langue était calquée sur leur vie besogneuse : expressions calquées sur la pratique et la philosophie de vie des petites gens, saisissant sans cesse, à l'écart de leur grande pudeur de l'essentiel, des tics de vie. Il n'y avait guère à cette époque de graffiti, «les cris de Paris» et les quolibets ou lazzi suffisaient à faire bouillir cd chaudron «bon enfant» qu'était la rue entre marchandes des quatre-saisons et comédie humaine des quatre-saisons... »

Kober se définit comme « surréalisant de sang », « poète à l'état sauvage » ; il se voit assez bien comme la graine de surréalisme tombant sur un fond populaire et y prospérant. De fait, l'expression kobérienne n'a pas peur de se salir la main ardente. Chassant d'un geste les antinomies superficielles, le tact poétique ne se contente pas d'unir les éléments, de fusionner les sens, il guide cette révolution permanente où la femme de ménage fréquente sans complexes les Néréides, où la transparence ne se distingue plus de ses petites bonniches, où les mots et jeux de mots réputés mal famés, ou trop prosaïques, enlacent gaillardement les tournures légendaires :

« (...)me trouver à feu nu sans défense que l'absolu!

tandis que la minuterie d'EDF mouline sa transe

Au lieu de lire Prévert lire prés bleus

puisqu'à St-Valentin voir tout par les yeux bleus n'a rien que d'affect-yeux...

(…) J'aime tes yeux qui habillent large.

Dans cette boîte à slips les slips sont tout un harem

et ce n'est pas de l'argent perdu que de se mettre sur le cul des trésors de bon goût.

La plupart vous vont comme des « loups »

vu le peu de tissu et l'intention d'assassiner qui se promène...

(...) lionne au visage-océan où l'on prend plein la gueule la beauté pour pigment. »

On le voit, bien loin de s'interdire certaines privautés, « la main » ne demande qu'à peloter la merveille. L'humour y glisse toutes ses nuances, depuis la légère ironie, l'effleurement un brin coquin, jusqu'à l'hénaurme, au scabreux rutilant :

« Comme un fusain ayant soi-même crayonné sa petite forêt

on sent une désobéissance des fesses à laisser le marbre l'emporter

Quand vous dites « minou-minou » à moi, loir de montagne

ayant fait son patchwork en fragments de journal, moi

dont les yeux sont des boutons de bottine d'avoir soif de considération,

vous sentez que cette façon d'engager la conversation jette un froid -

pourtant vous regardez ma queue touffue comme vous regardez votre miroir,

avec des reflets, de l'évaporé. Elle vous raconte : Il était une fois... »

Indéniablement, l'humour occupe une place de choix. Le souffle, le rythme, le flux et le reflux, la houle des génitifs, les infinitives sinueuses, les inversions en catastrophe (« Quand tu t'es mise nue pour dans le torrent entrer »), les conjonctives trapézistes (« J'ai trouvé pour passionner la beauté une pierre de visage / où meurt en mille morceaux de peur qu'on puisse ne pas l'aimer la seule... »), l'omniprésence du vocatif... finissent par créer une cohérence, une pertinence du délire qui rendent le ton Kobérien immédiatement reconnaissable. Kober a inventé une rhétorique narquoise, les mots parodient leur propre discours ; l'art poétique, certes, tord le cou de l'éloquence, mais il ne s'arrête pas là, il la pince, éprouve sa matière, sa consistance, il la rend infiniment malléable, ductile, jusqu'à lui imposer des formes tout à fait inattendues, inédites, risquées, dont les mouvances épousent miraculeusement celles de la vie. Paradoxe du grand style. Ainsi, malgré l'extrême audace, le côté casse-cou d'un tel langage (mais en même temps grâce à...), nulle impression de gratuité, de fourre-tout. Il n'est d'ailleurs que de relire – ou lire – certains grands qui furent, comme le fut Kober, taxés d'intempérence verbale, d'arbitraire, voire de folie furieuse (Joyce Mansour, Gérald Neveu, Benjamin Péret, Maurice Blanchard...) pour admettre l'évidence de cette hantise profonde qui authentifie la voix. Parlant de syntaxe à la fois juste et bouleversée, je ne vois guère qu'un Clément Magloire-Saint-Aude accédant à une cohérence équivalente à celle de Kober, dans un registre tout différent : le langage de Magloire-Saint-Aude cristallise et coupe, celui de Kober préfère neiger et fondre ( « Cette neige de proportions comme neigent les rapports secrets des sons. »), neige conductrice du courant poétique qui fait clignoter tous les voyants du merveilleux entre le feu et l'eau, le réel et le rêve, le blanc et le noir (« Nuits neigeuses de leur noir qui pèse une plume »), bref, entre tout ce qui est habituellement perçu comme contradictoire. C'est donc bien la surréalité qui s'émiette en flocons, l'androgynie de tout. Aussi les mots s'enfièvrent, le sens bouillonne, à tel point que le signe finit par imprégner son propre référent ; à force de vouloir dire, les mots font, agissent, acteurs vibratiles de la vie qu'ils énoncent : « Une femme à ne jamais être servie dans un drugstore mais à bander dans son corps pour le mot perfection... Vos lèvres féconderaient le mot atoll... Les couleurs en alvéoles de poumon fusent une nébuleuse de langue d'où vient le mot lustral... Vos lèvres collées de la musique où bourgeonne le mot fille ». Notons également une très nette prédilection pour la formule « Il était une fois », formule magique dont les enfants savent bien qu'elle ouvre instantanément un passage entre les mondes. Kober n'en finit pas de révéler les légendes qu'incarne la femme, ses féeries consubstantielles ; « Il était une fois » se fait alors caresse fertilisante, les sensations, le merveilleux surgeonnent : « Neiges qui descendez d'une fois il était le nombril... On y voit les pieds blancs comme candeur d'il était une fois... Ainsi toi, il était une fois l'ahurissement du blanc... ». Connaît-on un poète qui ait répudié son enfance ? L'adulte ne préserve son pouvoir de création que dans la fidélité au regard, fidélité à l'étonnement, au "On dirait que..." césame du jeu. Mais depuis longtemps "L'homo ludens" a fait justice des préjugés opposant le sérieux au ludique. « Mais c'est toi qui me laves en réveillant la peau dans la lointaine enfance ». L’œuvre dans son ensemble témoigne qu' « Il était une fois » doit se vivre au présent, même si l'on n'ose guère parier sur son futur. "Il y aura une fois", titrait André Breton, toujours très optimiste.

5

" Cent fenêtres de front d'argent dans la grâce d'une fenêtre

La tête enfin d'une ivre plante au fond d'un ciel merveilleux

Ne parviennent que j'oublie il faut bientôt disparaître. »

Pierre Jean-Jouve

Un tableau de Magritte intitulé "La condition humaine" représente une toile où l'on a peint une plage. La toile posée sur un chevalet se trouve dans une pièce devant un mur percé d'une haute ouverture donnant elle aussi sur la plage. La partie gauche de la toile empiète sur l'espace ouvert de sorte que la plage qui s'étend « au dehors » coïncide parfaitement avec celle de la toile. Nous assistons à cet instant miraculeux où tous les éléments du paysage « extérieur » - horizon, vagues, écume... - se prolongent sur la toile, comme si celle-ci constituait une nouvelle ouverture, mais une ouverture à distance, une « fenêtre entrée ». Si l'on imagine le même lieu une seconde plus tard, la magie est rompue, chaque vague « extérieure » se déroulera abandonnant sur la toile son passé immobile. Mais il n'y aura pas d'après. Le peintre a éternisé la coïncidence ; il nous suffira de regarder le tableau pour revivre l'instant aussi longtemps qu'il nous plaira, pour nous plonger dans le mystère d'une transparence à la fois vraie et illusoire. "Fenêtre, vous êtes entrée". En donnant ce titre à l'un de ses livres, Jacques Kober ne pensait certainement pas à cette œuvre de Magritte, mais il est frappant de voir à quel point les deux images fraternisent. Cette fraternité avec les peintres n'est d'ailleurs nullement accidentelle ; depuis toujours Kober se montre particulièrement attentif à la peinture. Ses activités à la galerie Maeght furent l'occasion de contacts privilégiés avec les plus grands peintres. La plupart de ses livres est illustrée, et quand je dis illustrée c'est vraiment au sens illustre du terme : Bonnard, Braque, Matisse, Miró, Gilbert Rigaud, Marc Janson... Il a également collaboré et noué des relations amicales avec Geer et Bram van Velde, Léger, André Marchand, Atlan, Rezvani, Chaissac, Asger Jorn, Hérold, Gœtz... et bien d'autres. Présentant en 1947 l'exposition "Les mains éblouies", Jacques Kober déclarait : « Nous avons à construire une maison pour nous donc des charpentes, mais qui aient des fourmillements de Voie lactée (... ) Nous élevons des murs qui tremblent de jeunesse, un monde carré comme la fenêtre... ».

Déjà, la fenêtre, au delà de son rapport évident à la toile du peintre, avait pris pour Kober les dimensions du monde. La fenêtre, plus subtile que le miroir, ne ferme pes le passage, son jeu de transparences et de reflets mêle l'intérieur et l'extérieur, le proche et le lointain, le réel et l'imaginaire ; elle est à la fois eau, pierre et feu, elle est « l'ambivalence excitée » qui, épousant une vision cosmique, devient l'image par excellence du monisme poétique. Aussi ne faut-il pas s'étonner qu'une telle fenêtre puisse entrer, chargée de tous les éléments, de toutes les distances, de tous les combats, particulièrement ceux de la déesse Astarté, la dompteuse de la mer.

« De nouveau la mer semble envahir la pièce où j'écris. ». Et la mer, « masse vitreuse », entre, submerge la sensibilité du poète, elle « navigue son feu », nul aspect de la réalité n'est quitte de sa dette maritime :

« La mer c'est un doux relent de tonnerre avec des larmes de pierre / mais le muguet de l'écume est enterré au frais... La vague essaie de mordre le feu de l'eau... Vous étiez comme le gant de la mer qui prend le sexe de l'éclair par les ouïes... La mer c'est une sorte de feu dans une haleine... La mer c'est une veillée mortuaire d'une haleine... Vos épaules haussent les épaules du rêve / qu'elles donnaient aux vagues à la becquée... ». À partir de l'expérience immédiate, la poésie de Kober renoue avec la fonction mythologique traditionnelle de la mer, à la fois primordialité et élévation spirituelle, passion et sagesse, eau et feu. Ce sont « les briques de la mer » qui élèvent la maison aux charpentes stellaires. « Être libre c'est pouvoir construire », affirmait le postulat poétique. Cette reconstruction du monde que Kober – avec et après bien d'autres – considérait comme la mission assignée à sa génération, il l'accomplit seul. Face à la coïncidence proprement insensée de vivre, face à l'horreur et à l'absurde, il ne refuse pas la solitude, il en revendique la dignité. La seule thaumaturgie acceptable est celle de son langage, dans la mesure où celui-ci révèle l'unique d'une vie et de sa quête. Détaché de la religion, le sacré est dans chaque vague de temps que le poète ajoute à l'édifications de ses lythes personnels ; « Je me sens un des pères fondateurs de la mer, dit-il. Poésie patristique ? Saint Augustin de l'écume ? Écoutons plutôt :

« La Méditerranée est-elle une tombe ? C'est la maison de ce qui change, c'est notre maison, la maison de Baal. Mais je sais bien que la mer ne mourra pas et que moi je mourrai, que mes dents grinceront l'éternité à mordre cette masse vitreuse. Comment retenir ce cri involontaire ? Ah ! qu'elle mette de la chair dans sa nacre, qu'elle nous donne de sa force natale ! Nous retrouvons dans les yeux des femmes ce pouvoir noir, ces femmes recroquevillées sur un monde où la mort nie la mort. Ce refus d'expliquer et de se plaindre, ce refus absolu. Alors que reste-t-il à ceux qui ont tenté de faire leur vie sur la Méditerranée ? Il ne reste que la volonté plus dure et sauvage de bâtir la maison de Baal, et de saluer ce domaine de haine, la mer dont la dureté fait naître les hommes... »

La fenêtre de la condition humaine qu'Armen Lubin voyait « sans rien autour », que Magritte représente comme une coïncidence de perspectives où le peintre, le spectateur, le temps, le réel et l'imaginaire se rejoignent dans un mystère irréductible, Kober l'entoure des murs de la mer, il tente désespérément de construire, avec cette houle de vivre et de mourir, une tempête enfin habitable.

La peinture, la fenêtre, la mer, la neige, le feu, l'érotisme, l'Inde sont les avatars du seul dieu qui selon Kober vaille la peine d'adoration : l'émerveillement. Mais Kober n'est pas dupe, il sait bien que l'existence de ce dieu est soumise à la force poétique de son langage, le temple repose sur des colonnes de mots, sa solidité dépend de leur pouvoir de transmutation. Aussi aucun mysticisme chez Kober – contrairement à Malcolm de Chazal, à bien des égard proche de lui, mais dont certains brouets mystico-scientifiques, s'ils n'enlèvent rien au grand poète, me semblent particulièrement indigestes - , pas de théories ramassées dans des poubelles plus ou moins exotiques, pas de majuscules dégoulinantes, simplement : " Je vis comme on regarderait par-dessus l'épaule d'une déesse distraite". C'est ainsi qu'un baiser raté peut tendre un fil de salive à funambuler vers l'Olympe, la moindre « partie de jambes » devient « partie de temple ». Kober n'hésite pas à annexer à sa propre mythologie les divinités, les héros et légendes issus des traditions millénaires ; il est certaines lactescences que Vishnu n'a pas fini de baratter... Un regard bien disposé repère facilement Artémis passant incognito dans un drugstore, Orion poursuivant les Pléiades dans les lumières convulsives des nuits urbaines... au total, tous participent au tissage de « la liturgie du coton blanc de l'émotion », à ces prières lancées à l'aveuglette, avec l'humour en contrepoint, car Kober n'ignore pas que le plus difficile, en matière de merveilleux, c'est d'y croire.

6

« La terre tourne dans le silence

et quelqu'un vit »

Philippe Soupault

Aujourd'hui que les avant-gardes sénescentes se livrent au recyclage industriel de leurs parenthèses vides, à l'heure où leur révolution marxo-scato-structuraliste n'amuse plus que quelques dentiers égarés, peut-on espérer que l'attention se porte enfin sur ceux qui, aussi éloignés des théories frelatées que des vieilles sauces élégiaques, ont tenté la véritable aventure du langage, aventure bouleversante, dans tous les sens du terme, où les mots et la vie réalisent cette unité hautement instable à laquelle on n'a pas encore trouvé d'autre nom que "poésie" ? Tous les doutes sont permis. Mais je ne m'attriste pas. Il me suffit de savoir que certains auteurs ne restent pas sans voix. Si j'ouvre un livre de Jacques Kober, je sais qu'il m'aidera à révéler une part de cet ailleurs, de cette autre causalité où l'instant le plus perdu finit par former « une goutte de vol blanc », où les fenêtres des cités peuvent signer leur connivence d'un clin d'oeil maritime. Bien sûr, ce qu'il est convenu d'appeler la réalité, cette masse ennuyeuse, ne se volatilise pas si facilement ; mais si l'on peut prétendre à quelque dignité, celle-ci ne saurait s'accommoder de soumission aux faits. « Le lyrisme ordinaire », tel qu'il apparaît trop souvent, me semble tout à fait hors de propos : nul besoin de poésie pour énoncer banalement la banalité. Hubert Haddad remarquait justement que « tous les manchots ne sont pas Blaise Cendrars". Un stage à l'hôpital ne forme pas une promotion d'Alain Morin, de Prager ou de Merlen ; les Yves Martin ne se bousculent pas dans le sillage des petites filles, chaque zombie classé X ne s'appelle pas Delbourg, les loques nostalgiques de Bachelin ne sont pas à la portée du moindre chiffonnier... Ce qui quotidiennement passe pour réel ne devient poésie que par la « force brisante » du regard. Appeler chat un chat interdit toute grâce féline.

Contrairement à ce que d'aucuns veulent croire, le surréalisme ne se limite pas à l'automatisme, au délire onirique et à l'apéritif ; il ne récuse pas le concret, mais il ne le conçoit qu'en mouvement avec l'imaginaire. La poésie de Jacques Kober est indissolublement liée à ce mouvement, il n'est que de suivre ses vagues porteuses de feu pour s'en convaincre. De la Méditerranée au Gange, de la Parisienne pulpeuse à la princesse Sita, Kober n'en finit pas de découvrir le monde dont il est l'auteur. Ce monde n'appartient pas qu'à lui, c'est aussi le nôtre, mais ses livres seuls en donnent l'accès.

Jean-Michel Robert

BIBLIOGRAPHIE RECENTE

André Breton persiste, cahier collectif, dossier sous la direction de Jacques Kober, revue remue-méninges, imprimé en Belgique, 2011

Etude sur Gilbert Rigaud, dans Diérèse n°54, 2011

La Tunique, l'Amourier, 2011

Bram Van Velde et ses loups, monographie, 9 lettres inédites, 2e édition, la Bartavelle, 2010

Photo de classe de Maternelle, poème inédit en cinq strophes, accompagné de deux gravures polychromie-relief originales et inédites, plein format de Henri Baviera, sous couverture réalisée à la main, aquarellée, edition arte-libris peycervier, 2009

Le purgatoire des étoiles, Musée d'Art Moderne et contemporain de Cordes-sur-Ciel, 2008

L'inusable des lèvres Maeght editeur (2007)

Travaux manuscrits aux éd.Le Livre Pauvre (Prieuré St Cosme) avec 7 artistes: A. Bongrand, M-Cl. Bugeaud, J-M Fage, A. Frédéric, J. Leroux, F. Nalbandian et Y. Strega (2003 à 2007)

Monographie sur le peintre Jean-Marie Fage, 83 reproductions couleur, Ed Fage, Lyon, 2007

L'inusable des lèvres, poème, Editions Maght, 2007

Impressions du Hoggar, 4 gravures en couleurs par Henri Baviera, Ed. Musée d'art contemporain de Cordes sur Ciel, 2007

Le Créole des dieux, dossier par Jean-Michel Robert, Ed. Revue Décharge, tiré à part, 2006

Un temps fustigé par la mer, éditions Maeght, bilingue français/italien, avec 9 lithos originales de Valerio Adami,2006

L'aubier de la rose (Matisse du mot au dessin), éditions RMN, 2004, disponible dans tous les musées nationaux.

L'anniversaire de la lune, éditions Le livre pauvre, 2003

Connemara black (à propos d'Irlande et de Guinness) Préface de Daniel Leuwers éd. Rafael de Surtis, 2003. édition bilingue française/anglaise

Recettes vénitiennes avec 10 lithographies de Raymond Mason) Maeght éditeur, 2002.

L'eau de Venise aux clapots d'alchimie, éd. Matarasso, 2002.

Changer d'éternité, éd. Rafael de Surtis, 2001. En Inde.

Boccata d'ossigeno ed. de la revue NU(e) ill par Serée, 1999.

Jasmin tu es matelot, éd. Rafael de Surtis, 1998.

La disparition Fellini, éd. Rafael de Surtis, 1997.

Les mains éblouies (la peinture du demi-siècle), litho originale d'André Marchand, Préface de Xavier Girard, 6 lettres inédites de Matisse, 50 documents d'époque 1945-1950, éd. Giletta, Nice, 1996.

Un pigment d'horizon, anthologie de poèmes sur quarante ans, études, photos, témoignages... éd. La Bartavelle, 1993.

(Je compléterai bientôt cette bibliographie lacunaire)

J'ai connu Jacques à la librairie Le Pont de l'Epée, en 1982, lors de la signature de son livre "Fenêtre, vous êtes entrée", Guy Chambelland l'avait redécouvert avec enthousiasme. Il eût été édité par Gallimard si Jean Grosjean ne s'y était opposé (trop de préciosité !). C'est Michel Deguy qui conseilla à Jacques de s'adresser au Pont de l'Epée et préfaça le livre. D'emblée, Jacques s'est montré chaleureux, il a voulu lire mon premier livre, et il s'est ensuivi une correspondance, et l'amitié. Homme plein d'énergie, poète de la femme, de la lumière, et de la mer sacrées, il n'a jamais renié le surréalisme, aussi notre dernière collaboration fut-elle "André Breton persiste".

Toi aussi, Jacques.

lundi 15 décembre 2014

Arthur Cravan, poète et boxeur,

neveu présumé d'Oscar Wilde, qui fut à la fois rédacteur, imprimeur, diffuseur (petite charrette), délégué du personnel... de la petite revue Maintenant, homme disparu dans le Golfe du Mexique sur une frêle embarcation :

''"Car si j’avais su le latin à dix-huit ans je serais empereur Je me lève avec les laitiers dans mes tours de verdure celui de nous deux qui a le plus de vif argent dans les veines (vérole) j’ai passé ma langue sur leurs yeux (les femmes) je mangerais ma merde et de la poussière d’empereurs j’en ai eu dans les yeux l’air porte déjà nos membres (aviation) flotte mon bleu veston (bleu) j’ai rêvé d’être assez grand pour fonder et former à moi seul une république j’ai rêvé d’un lit qui flotterait sur l’eau et plus vulgairement de dormir sur des tigres je suivais le mouvement des brumes sur le théâtre des plaines et des vallées où les plants en rectangle de raves et de choux formaient comme de vastes tombeaux mon âme... stationne sur les trottoirs (à propos de la guerre) j’aurais eu honte de me laisser entraîner par l’Europe qu’elle meure, je n’ai pas le temps loin de mes frères et loin des ballons j’aime j’ai vingt pays dans ma mémoire et je traîne en mon âme les couleurs de cent villes il y a danger pour le corps à lire mes livres mes pensées comme des boas nous, les modernes, ce que nous avons dans le cœur ferait sauter un fort que je vole aussi loin en suivant vos vestiges suis-je quelque part dans mes tours de verdure je me retire sous les fougères ...et je viens à toi sur un beau transatlantique mes cheveux blonds, colon, loin de ballons Dans le blond Maryland et loin des ballons à mon auriculaire je respire à outrance également étoffe Honnête je sais l’être et voleur je le suis Mon cœur, prenons un galop, je serai millionnaire Je me lève londonien et me couche asiatique J’ai remis ma ceinture de riche et pauvre, l’argent m’a fait goûter l’ennui rare et le frais désir je traîne en mon âme des amas de locomotives, de colonnes brisées, de ferrailles l’éphémère en moi a des racines profondes quand je vois quelqu’un de mieux habillé que moi je suis scandalisé mes jours de nageur je suis brute à me donner un coup de poing dans les dents et subtil jusqu’à la neurasthénie"

Arthur Cravan

mardi 7 octobre 2014

"Mon coeur et ma tête se vident/Tout le ciel s'écoule par eux/ô mon tonneau des Danaïdes/Comment faire pour être heureux/ Comme un petit enfant candide"

Oui, Apollinaire, un des plus grands poètes du français sans être légalement français. Aujourd'hui, les flics le reconduiraient, menotté, à je ne sais quelle frontière. Wilhelm Apollinaris de kostrovitstky... Guillaume Apollinaire, être de haute culture, plein de mythes d'orient et d'occident, curieux de TOUT, même de l'abominable boucherie de 14-18 ...

( Que les connards s'acharnent à la nommer la Grande Guerre, comme si une guerre pouvait être "grande" avec son cortège de familles dévastées, d'orphelins, de malades, de fous, de gueules cassées et de morts, morts à l'âge de l'amour fou, oeuvre "patriotique" des assassins politiques et haut gradés qui ont encore leurs statues et leur nom dans l'espace public... avec Clemenceau cette ordure qui a fait tirer sur les mineurs... me met en pleurs et en rage ( tout tigre, rare restant au monde, a sans doute honte qu'on ait associé sa belle espèce à un assassin des peuples ). Après cette parenthèse pleine plaine de colère, je continue sur Guillaume ! :

fou amoureux dingue, bordélique complets, ami à en mourir, et malicieux naïf... auteur des " Onze mille verges" clin de bite à ceux qui connaissent la légende de sainte Ursule. Je comprends qu'André Breton, Philippe Soupault, Louis Aragon l'aient aimé, vraiment, car à chaque poème nouveau il remettait en cause le précédent. Peu de temps avant sa mort, les "patriotes", défilant sous les fenêtre de l'hôpital hurlaient "A mort Guillaume !", Empereur d'Allemagne Guillaume 2... Guillaume en fut remué. Il faisait semblant de le prendre pour lui. Il est mort de la grippe espagnole, mort pour la France. Cette France qui était à l'époque un des grands rendez-vous de la Poésie. C'est terminé. Reste à désespérer méchamment.

Regret des yeux de la putain / Et belle comme une panthère... J'erre à travers mon beau Paris / Sans avoir le coeur d'y mourir... Soirs de Paris ivres du gin / Flambant de l'électricité / Les tramways feu vert sur l'échine / Musiquent au long de leurs portées / De rails leur folie de machines... Ô mon ombre en deuil de moi-même... Je ne vous ai jamais connue....

vendredi 22 août 2014

Jean Tardieu

Connu surtout pour son poème " La môme Néant". Je tiens à mettre au jour un texte très éloigné de la naïveté.

"LES MOTS DE TOUS LES JOURS

Il faut se méfier des mots. Ils sont toujours trop beaux, trop rutilants et leur rythme vous entraîne, prêt à vous faire prendre un mur - mure pour une pensée.

Il faut tirer sur le mors sans cesse, de peur que ces trop bouillants coursiers ne s'emballent.

J'ai longtemps cherché les mots les plus simples, les plus usés, même les plus plats. Mais ce n'est pas encore cela : c'est leur juste assemblage qui compte.

Quiconque saurait le secret usage des mots de tous les jours aurait un pouvoir illimité, - et il ferait peur."

Jean Tardieu

Alain Bashung

"J'ai beau me creuser M'inoculer du sucre candi Du sérum physiologique J'ai mauvaise mine Les danses d'ici Se différencient Des danses du ventre Mouillent la redingote Parfois la chemise Je peux pas m'empêcher De m'empêtrer Dans ton chandail

Aller au charbon Aller aux ouailles Chercher la houille J'ai beau invoquer Interroger mes cellules grises Sophistiquer l'attirail

Les danses d'ici Versent des litanies Emblèmes problèmes De camélias qui m'oxydent Il manque un wagon Un boute-en-train Des victuailles

Aller au charbon Aller aux ouailles Chercher la houille Et pour finir Recommencer Se lever tôt Ne rien retenir

Tout ceci n'est Pas pour me déplaire C'est de l'orangeade Qui perle à mon front Les yeux me piquent Et je pars me frotter l'abdomen Aux Comores

Aller au charbon Aller aux ouailles Chercher la houille Et pour finir Recommencer Se lever tôt Ne rien retenir Ne rien retenir"


"(...) Rendez-vous sur la lande

À l´endroit où l´on s´est épris

Les gens sont des légendes

Mais leurs âmes prennent le maquis

Dans les herbes folles

Tu peux courir

C´est pas un jeu

(...)

Rendez-vous sur la lande

Et qu´enfin cesse l´hallali

Qu´on me presse une orange

De ma peine je ferai mon lit

Dans les herbes folles

Tu peux courir

Pour des aveux

Non-lieu

Non-lieu.."


(...) "La nuit je mens

Je prends des trains

a travers la plaine" (...)


"Pousse ton genou, j’passe la troisième Ça fait jamais qu’une borne que tu m’aimes Je sais pas si je veux te connaître plus loin Arrête de me dire que je vais pas bien C’est comment qu’on freine Je voudrais descendre de là C’est comment qu’on freine

Cascadeur sous Ponce-Pilate J’cherche un circuit pour que je m’éclate L’allume-cigare je peux contrôler Les vitesses c’est déjà plus calé C’est comment qu’on freine Je voudrais descendre de là C’est comment qu’on freine

Tous ces cosaques me rayent le canon Je nage dans le goulag je rêve d’évasion Caractériel je sais pas dire oui Dans ma pauvre cervelle carton bouilli C’est comment qu’on freine Je voudrais descendre de là C’est comment qu’on freine

Je m’acolyte trop avec moi-même Je me colle au pare-brise ça me gêne Ça sent le cramé sous les projos Regarde où j’en suis je tringle aux rideaux C’est comment qu’on freine Je voudrais descendre de là C’est comment qu’on freine"


(...) "Mes circuits sont niqués

D´puis y a un truc qui fait masse

L´courant peut plus passer

Non mais t´as vu c´qui passe

J´veux l´feuilleton à la place

Vertige de l´amour.

Tu t´chopes des suées à Saïgon

J´m´écris des cartes postales du front

Si ça continue j´vais m´découper

Suivant les pointillés yeah!

Vertige de l´amour

Désir fou que rien ne chasse

L´cœur transi reste sourd

Aux cris du marchand d´glaces

Non mais t´as vu c´qui s´passe

J´veux l´feuilleton à la place

Vertige de l´amour.

Mon légionnaire attend qu´on l´chunte

Et la tranchée vient d´êtr´ repeinte écoutez

Si ça continue j´vais m´découper

Suivant les pointillés yeah!" (...)


"D´heures en heures L´apiculteur se meurt Il a eu son heure Il a fait son beurre Happy apiculteur

D´heures en heures L´apiculteur effleure La fin du labeur Happy apiculteur

Dans une autre vie Les marguerites s´effeuillent au ralenti Personne n´est vainqueur Les proies les prédateurs Savourent le nectar D´une pomme d´api Happy apiculteur

L´heure c´est l´heure On n´est pas d´humeur A verser des pleurs Fières sont les ouvrières Le jour en tailleur Le soir en guêpière Quand la mort vous susurre Des serments veloutés Que rien n´est moins sûr N´aura plus d´importance Ni la chaleur Ni les piqûres

Happy apiculteur Happy apiculteur

D´heures en heures L´apiculteur se meurt Trouve l´interrupteur Une oasis Aux allées bordées d´épagneuls Que la splendeur n´effraie plus Happy apiculteur Happy apiculteur Happy apiculteur Happy "


"À perte de vue

Des lacs gelés

Qu´un jour j´ai juré d´enjamber,

À perte de vue

Des défilés

Des filles à lever,

Des défis à relever,

Des prix décernés à tes yeux,

À perte de vue

Dodelinent des grues,

Les pieds dans la boue

Qui eût cru

Qu´un jour nos amours

Déborderaient

Fassent oublier aux ajusteurs

La clé?

Plus de boulons

Pour réparer la brute épaisse

Ma pute à coeur ouvert

Trop de cuirassés

Pas assez d´écrevisses

Pour une fricassée

{Refrain:}

Donnez-moi des nouvelles données {x6}

À perte de vue

Du déjà vu,

Du déjà vécu

Se précipitent

À mes trousses,

Qu´en dit le héron?

Il en sait long

Qu´en dit l´éolienne?

Elle me fait hello

Voies d´eau dans la coque du Poséidon

Hamacs éperonnés

Est-ce un espadon

L´oeuf d´un esturgeon

Ou un concours de circonstances

Qu´aurait engendré ce paysage désolé

De n´être pas resté ?

{au Refrain}

À perte de vue

Des lacs gelés

Qu´un jour j´ai juré d´enjamber,

À perte de vue

Des défilés

Des filles à lever Des défis à relever

Des prix décernés à tes yeux

Des prix décernés à tes yeux"





"Continents à la dérive Qui m'aime me suive Gouffres avides Tendez-moi la main

Rêves et ravins Règlent nos moulins Calent nos chagrins

Le temps écrit sa musique Sur des portées disparues Et l'orchestre aura beau faire pénitence

Un jour j'irai vers l'irréel Tester le matériel Voir à quoi s'adonne La madone

Un jour j'irai vers une ombrelle Y seras-tu Y seras-tu Y seras-tu

Continents à la dérive Une vague idée me guide C'est l'heure où je me glisse Dans les interstices À l'article de l'amour Je redeviendrai l'enfant terrible Que tu aimais

Un jour j'irai vers l'irréel Un jour j'irai vers une ombrelle Y seras-tu Y seras-tu Y seras-tu Y seras-tu Y seras-tu"


"Tu vois ce convoi Qui s’ébranle Non tu vois pas Tu n’es pas dans l’angle Pas dans le triangle Comme quand tu faisais du zèle Comme quand j’te volais dans les plumes Entre les dunes Par la porte entrebâillée Je te vois rêver À des ébats qui me blessent À des ébats qui ne cessent Peu à peu tout me happe Je me dérobe je me détache Sans laisser d’auréole Les cymbales les symboles Collent On se rappelle On se racole Peu à peu tout me happe Les vents de l’orgueil Peu apaisés Peu apaisés Une poussière dans l’œil Et le monde entier soudain se trouble Comme quand tu faisais du zèle Comme quand j’te volais dans les plumes Entre les dunes Par la porte entrebâillée Je te vois pleurer Des romans-fleuves asséchés Où jadis on nageait Peu à peu tout me happe Je me dérobe je me détache Sans laisser d’auréole Les cymbales les symboles Collent On se rappelle On se racole Peu à peu tout me happe


"Au pays des matins calmes Pas un bruit ne sourd Rien ne transpire ses ardeurs J'aimais quand je t'aimais J'aimais quand je t'observais J'étais d'attaque J'sais plus qui tu es Qui a commencé Quelle est la mission Soldat sans joie va déguerpis L'amour t'a faussé compagnie Des nuits sans voir le jour À se tenir en joue Des mois à s'épier passés à tenter De s'endormir hanté Ne plus savoir J'sais plus qui tu es Qui a commencé Quelle est la mission Soldat sans joie va déguerpis L'amour t'a faussé compagnie L'amour t'a faussé compagnie Sais-tu qu'la musique s'est tue Sais-tu qu'un salaud a bu l'eau du nénuphar L'honneur tu l'as perdu sur ce lit de bataille Soigne les hommes à poigne Soulage la pâtissière Erre, erre, erre, erre... J'sais plus qui tu es Qui a commencé Quelle est la mission Soldat sans joie va déguerpis L'amour t'a faussé compagnie L'amour t'a faussé compagnie"


"Pousse ton genou, j’passe la troisième Ça fait jamais qu’une borne que tu m’aimes Je sais pas si je veux te connaître plus loin Arrête de me dire que je vais pas bien C’est comment qu’on freine Je voudrais descendre de là C’est comment qu’on freine

Cascadeur sous Ponce-Pilate J’cherche un circuit pour que je m’éclate L’allume-cigare je peux contrôler Les vitesses c’est déjà plus calé C’est comment qu’on freine Je voudrais descendre de là C’est comment qu’on freine

Tous ces cosaques me rayent le canon Je nage dans le goulag je rêve d’évasion Caractériel je sais pas dire oui Dans ma pauvre cervelle carton bouilli C’est comment qu’on freine Je voudrais descendre de là C’est comment qu’on freine

Je m’acolyte trop avec moi-même Je me colle au pare-brise ça me gêne Ça sent le cramé sous les projos Regarde où j’en suis je tringle aux rideaux C’est comment qu’on freine Je voudrais descendre de là C’est comment qu’on freine"


"Entre tes doigts l'argile prend forme L 'homme de demain sera hors norme Un peu de glaise avant la fournaise Qui me durcira Je n'étais qu'une ébauche au pied de la falaise Un extrait de roche sous l'éboulis Dans ma cité lacustre à broyer des fadaises Malaxe Le cœur de l'automate Malaxe Malaxe les omoplates Malaxe le thorax Issu de toi Issue de moi On s'est hissés sur un piédestal Et du haut de nous deux on a vu Et du haut de nous deux on a vu Tes calculs mentholés dans ta bouche ça piquait J'ai pas compté j'escomptais Mais une erreur de taille s'est glissée Et j'y suis resté Malaxe Le cœur de l'automate Malaxe Malaxe les omoplates Malaxe le thorax Issu de toi Issue de moi On s'est hissés sur un piédestal Et du haut de nous deux on a vu Et du haut de nous deux on a vu Malaxe Malaxe" (ad lib)


"Il m'aura fallu faucher les blés

apprendre à manier la fourche

pour retrouver le vrai

faire table rase du passé

la discorde qu'on a semée

à la surface des regretsn'a pas pris

le souffle coupé

la gorge irritée

je m'époumonais

sans broncher

Angora

montre-moi

d'où vient la vie

où vont les vaisseaux maudits

Angora

sois la soie

sois encore à moi

les pluies acides

décharnent les sapins

j'y peux rien, j'y peux rien

coule la résine

s'agglutine le venin

j'crains plus la mandragore

j'crains plus mon destin

j'crains plus rien

le souffle coupé

la gorge irritée

je m'époumonais sans broncher

Angora montre-moi

d'où vient la vie

où vont les vaisseaux maudits

Angora

sois la soie sois encore à moi"


" (...) Je ne sais plus qui tu es

Je ne sais plus où tu m'as mis

où tu m'as rangé

où tu me situes (...)"


LES MOTS BLEUS (chanson de Christophe reprise par Bashung, chef- d'oeuvre où la simplicité des mots exprime la fragilité autant que l'immense force d'aimer, bien mieux, bien plus humain que n'importe quel travail universitaire.)

"Il est six heures au clocher de l'église

Dans le square les fleurs poétisent

Une fille va sortir de la mairie

Comme chaque soir je l'attends

Elle me sourit

Il faudrait que je lui parle

A tout prix

Je lui dirai les mots bleus

Les mots qu'on dit avec les yeux

Parler me semble ridicule

Je m'élance et puis je recule

Devant une phrase inutile

Qui briserait l'instant fragile

D'une rencontre

D'une rencontre

Je lui dirai les mots bleus

Ceux qui rendent les gens heureux

Je l'appellerai sans la nommer

Je suis peut-être démodé

Le vent d'hiver souffle en avril

J'aime le silence immobile

D'une rencontre

D'une rencontre

Il n'y a plus d'horloge, plus de clocher

Dans le square les arbres sont couchés

Je reviens par le train de nuit

Sur le quai je la vois

Qui me sourit

Il faudra bien qu'elle comprenne

A tout prix

Je lui dirai les mots bleus

Les mots qu'on dit avec les yeux

Toutes les excuses que l'on donne

Sont comme les baisers que l'on vole

Il reste une rancœur subtile

Qui gâcherait l'instant fragile

De nos retrouvailles

De nos retrouvailles

Je lui dirai les mots bleus

Ceux qui rendent les gens heureux

Une histoire d'amour sans paroles

N'a plus besoin du protocole

Et tous les longs discours futiles

Terniraient quelque peu le style

De nos retrouvailles

De nos retrouvailles

Je lui dirai les mots bleus

les mots qu'on dit avec les yeux

Je lui dirai tous les mots bleus

Tous ceux qui rendent les gens heureux

Tous les mots bleus"

Christophe