POEME POUR LE RETOUR DE MAURICE THOREZ

"Il revient ! Les vélos, sur le chemin des villes,

Se parlent, rapprochant leur nickel ébloui.

Tu l'entends, batelier ? Il revient. Quoi ? Comment ? Il

Revient ! Je te le dis, docker. Il revient. Oui,

Il revient. Le wattman arrête la motrice :

Camarade, tu dis qu'Il revient, tu dis bien ?

Et l'employé du gaz interroge : Maurice

Reviendrait ? Mais comprends, on te dit qu'Il revient,

Maurice. Je comprends, ce n'est donc pas un rêve ?

Les vestiaires sont pleins de rumeurs : vous disiez,

Il revient... Ces mots-là sont une lampe que lèvent

Les mineurs aujourd'hui comme au jour de Waziers.

Il revient... Ces mots-là sont la chanson qu'emporte

Le journalier, la chanson du soldat, du marin.

C'est l'espoir de la paix et c'est la France forte,

Libre et heureuse. Paysan, lance le grain.

O femmes, souriez et mêlez à vos tresses

Ces deux mots-là comme des fleurs jamais fanées.

Il revient. Je redis ces deux mots-là sans cesse."

Aragon

"J'ai trop à faire avec les innocents qui clament leur innocence pour m'occuper des coupables qui clament leur culpabilité"

Eluard (refusant de protester contre la condamnation à mort de son ancien ami Zaris Kalandra par le pouvoir stalinien)

M'agace ce besoin qu'éprouvent certains d'assigner au "Poète" une mission, de le doter d'une vision, d'une puissance mystérieuses qui, en même temps qu'elles le définissent lui accordent une place réservée, interdite au commun des hominidés de l'époque.

Si l'on s'en tient à la définition la plus étroite, le poète est une personne qui écrit des poèmes. A chaque lecteur de juger si cet auteur est un bon poète, un mauvais, un poète de génie, un faux poète, un faiseur, un faisan...

Si la poésie est une faculté de l'esprit, on peut alors la déceler dans certains lieux, temps, objets, domaines - classés artistiques ou non - ainsi que dans le comportement, les propos, les projets, les rêves, les recherches, la quête... d'êtres que l'idée d'écrire un poème n'a jamais effleurés (Ainsi, je connais des êtres poétiques). Cette vision bien plus large et plus vague de la poésie, pas plus que la précédente ne fait du poète un individu supérieur - car, mine de rien, c'est bien cet adjectif qui s'avance dans l'ombre, même quand on parle de "poète maudit".

"Le poète a toujours raison / Qui voit plus haut que l'horizon / Et le futur est son royaume... La femme est l'avenir de l'homme..."

Malgré mon admiration pour maintes chansons de Jean Ferrat, je n'hésite pas du tout à dire que les paroles que je viens de citer me semblent idiotes. J'ai fréquenté des auteurs dont j'estimais admirables les poèmes, mais fort cons, voire dangereux les actes, le comportement et les paroles. Le futur n'est qu'une conjugaison, il n'existe pas plus que l'avenir ; le présent est déjà passé, et seul le passé laisse traces - du moins, à l'échelle humaine. Quant à la femme, heureusement pour elle, on ne saurait la réduire à la destinée de l'homme, celui-ci aussi bien compris comme espèce biologique que comme mâle de cette espèce. La femme, comme l'homme, est une multitude d'"uniques" et de "singuliers" sociaux qui décident, autant que possible, qui être et devenir.

"LA MUSE

Poète, prends ton luth et me donne un baiser..."

Musset

"On naît poète...", affirmait Musset, suggérant un don accordé par la nature à des artistes d'exception. Musset, avant-garde de la génétique, et un chouïa essentialiste.

"Jacques Prévert est un con" est le titre d'une chronique de Houellebecq publiée du temps où il n'était pas encore tout à fait une star. Il suffit de lire les poèmes indigents, pitoyables qu'il a fait éditer pour reprendre à son propos la phrase d'Audiard : "Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît".

« LES NUAGES, LA NUIT




Venues du fond de mon œil moite

Les images glissaient sans cesse

Et l’ouverture était étroite

La couverture était épaisse.




Il aurait fallu que je voie

Mon avenir différemment,

Cela fait deux ans que je bois

Et je suis un bien piètre amant.




Ainsi il faut passer la nuit

En attendant que la mort lente

Qui avance seule et sans bruit

Retrouve nos yeux et les sente ;




Quand la mort appuie sur vos yeux

Comme un cadavre sur la planche

Il est temps de chercher les dieux

Disséminés ; le corps s’épanche. »

Michel Houellebecq

Devoir pour demain : lire 5 poèmes de Déroulède, 5 poèmes de Sully Prudhomme (premier prix Nobel de littérature)