Jean-Michel Robert

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mercredi 30 septembre 2015

Tant qu'on niais

Pour Claire et Margot Simon.

-

Tant que j'y suis, pourquoi oublier, se rercokbouiller, pourquoi ne pas rire de nous, mes proches,

oui, tant que j'y suis, vous êtes proches au moins de nous, au plus possible.

Tant vous y êtes, j'y suis, moi aussi tant,

le plus possible comme j'étais et fus, ou ai été, et suis s'ensuit,

le plus possible, comme cet amoureux niais

de la si belle Insolence, si amoureux d'oser

la vanité de dire :

"tant que j'y", sans savoir où.

mardi 29 septembre 2015

Mémoires capillaires d'amour

Quand il m'arrive de revoir, elle m'arrive,

avec ses cheveux noirs si fins qu'ils décollaient de ma paume la ligne de vie,

décollaient les lignes de tout : lignes à suivre, lignes de conduites, droites lignes,

lignes de mes rides à venir, avenir aboli, ligne chance bien sûr,laquelle, faute d'y croire, fit merveilles.

Avenir aboli ?-Musset à l'embolie, disait un ami-

Quel plus bel avenir qu'une ligne de vie perdue dans des cheveux si fins

si fins qu'on pense sans tristesse finir,

le plus décoiffé doucement possible,

dans le fin, la fin qui flotte lisse sous la caresse,

et finit en boucles timides

comme si de rien frisait.

lundi 28 septembre 2015

Dangereux pervers :

quand on me parle de pute, je ne pense pas à ça

mais à ça

Allez savoir

pourquoi, cet après-midi, j'ai besoin de silence (que d'habitude je redoute), nous taire longuement, moi et l'autre, que je trahis en écrivant ça. "Je nous trahis", c'est français ?...Allez savoir... c'est trop loin pour moi. En plus je ne sais plus savoir. Alors, allez là où j'ignore, s'il vous plaît.

les trente glorieuses

Si j'ai bonne mémoire, mémoire d'enfant, les adultes m'ont puni et frappé, pourquoi ? Un gros mot, une mauvaise note ? Alors que j'étais longtemps premier, au pire cinquième de la classe, classés les mômes, en rang, sifflet, bonnet d'âne pour le dernier au classement, classés les gens, cassées les têtes... et les charmants coups de règle sur les doigts. Je ne vous dois rien, c'est vous, de vos tombeaux qui devez dégueuler vos excuses décomposées. Depuis vous, je ne respecte rien que des merveilles, parfois humaines. Depuis moi, je vous regarde en rigolant, mais la nausée de l'enfance s'en mêle. Vous nous vouliez troupeau bêbê bêbê. Vous l'avez eu, mais vous n'aviez pas l'âme d'un berger, même pas celle de son chien.

Si j'ai bonne mémoire, vous nous frappiez, tout en étant fiers de vos armées, de vos massacres, de vos bombes et tortures... à l'étranger. Ah, l'étranger... Y'a possibilité de déposer brevet, déposer délicatement... et ch'meskouzz... Pauvres gens prêts à baffer un gosse pour une question de politesse, mais prêts à adorer le pouvoir qui, dans le meilleur des cas, leur bottait leur cul soumis.

"finalement, finalement

il nous fallut bien du talent

pour être vieux sans être adultes"

Jacques Brel

dimanche 27 septembre 2015

C'est

C'est comme ça :

ces paysages vous bercent le visage, au fil de collines infatigables et de sentiers menant toujours à la source ;

c'est comme ça : le chant qui trace des sentiers, les orties qui vous piquent juste pour le rire, les ronces qui vous griffent au non *d'un fruit ;

c'est comme ça : le fou rire qui perce la nuit blanche, la belle Peur qui invente l'amour, l'amour qui nous invente pour seulement nous, nous, les grands étonnés,

un peu niais

de voir toujours trop tard

et d'accuser la lumière.

  • Précision, suite à kèks remarcksss. le NON en question signifie bien le refus du fruit qui ne se laisse pas faire : la négativité positivre, non posivivre, et ivre si peau-cible dans le mille.

c'est comme ça

Quand on se croit plein d'avenir, on a du mal à imaginer l'état d'âme de qui se sait sans avenir : Il a tous les droits, ce privilégié, et devoirs qu'il choisit... Tant d'autres n'ont pas eu le temps, n'est-ce pas les enfants bombardés, ou morts d'une saleté quand vous étiez le visage aux yeux pleins d'amour et d'étonnement pour ce monde rigolo ?

Ma carte d'électeur : sac poubelle.

Dans le temps, forcément le temps, je disais à peu près : "Voter est un devoir à la mémoire de celles et ceux qui luttèrent et moururent pour ce droit, et on peut probablement influer, même pas beaucoup, rappelez-vous, Jaurès... et plus tard,1936...".

Maintenant j'ai changé d'avis : celles et ceux qui luttèrent et moururent pour ce droit n'imaginaient pas que, tout théâtralisé (pardon au vrai théâtre), manipulé par ce qu'on appelle pudiquement "les communicants", les "élites" qui en fin de compte n'en rendent jamais, tout occupés à fignoler leurs réseaux, se retrouvant tous dans les mêmes restos étoilés, aux mêmes chasses, parcours de golf, parcours de putes de luxe... sans compter les paradis, entre autres fiscaux... le suffrage universel deviendrait cette mauvaise tarte. Ces martyres de la démocratie, donc, ne pouvaient imaginer que ces "élites" autoproclamées domineraient - sans craindre le Peuple - la presse, les médias, les écoles, les sciences au service, les services à la PERSONNE... et... la grosse farce : le prétendu "peuple européen" dont les votes n'ont aucune importance en vertu des traités signés par des gens qui - jamais - ne furent clairement élus pour ça.

"Elections piège à cons !" clamaient certains post-soixante-huitards. A l'époque, ils n'avaient pas encore totalement raison. Maintenant, oui.

J'ai bien peur que, comme d'habitude dans l'Histoire, la violence et ses victimes s'ensuivent. Mais avoir bien peur est une minable excuse. Pardon. Avoir mal peur ne serait pas plus héroïque.

Que plus personne ne vote : je savoure d'avance la panique des "élites" : "Ben merde, il va nous falloir devenir dictateurs francs, sans chapeaux marrants, même sans nez rouge !..."

ATCHOUM

samedi 26 septembre 2015

au charbon

Il va faire beau, "c'est déjà ça", comme dit Alain Souchon.

Oui, il y a du déjà dans l'air, qui fait mine d'or dans le mauve,

mine bien sûr sans mineurs,

ces gueules noires

qui me sourient derrière le mauve...

Solidarité ?

vendredi 25 septembre 2015

la grande fatigue

Je la connaissais bien mais la comprenais mal. J'accusais ma vie qui me faisait n'importe quoi, n'importe comment, pourvu qu'elle soit fidèle et complice de notre faculté de poésie (oui, la poésie : ce n'est pas un genre littéraire mais une force, parfois assoupie, voire agonisante, de l'esprit humain, c'est pourquoi je fréquente depuis l'enfance certains poètes qui n'ont jamais écrit de textes se voulant poèmes - des êtres poétiques, quoi), ainsi, oui, je la connaissais bien, mais j'accusais ma vie, l'innocente.

Puis, un jour, on m'a expliqué : elle commence là et ici et puis elle visite plus bas ou/et partout, elle est celle-ci si elle veut, celui-là , même si tu ne veux pas, quelque chose, quelque toi, mais vachement extrême, comme disait en gros Raymond Queneau, ce chêne qui aboyait de savantes rigolades.

Alors j'ai compris : c'est la grande fatigue.

" - Je vous connais bien... En plus, maintenant je vous comprends.

- Qui vous a fait croire ça ? m'a-t-elle demandé.

- Les explications.

- Et où en êtes-vous des affaires courantes ?

- Trop fatigué pour les dépasser à la course.

- Très bien.

- Merci, Madame.

- Non, Mademoiselle."

ça a toujours kékchoz d'extrême / un poème

Je crains pas ça tellment la mort de mes entrailles / et la mort de mon nez et celle de mes os / Je crains pas ça tellment moi cette moustiquaille / qu'on baptisa Raymond d'un père dit Queneau...

(...) devenu pubère, on m'apprit la morale / et les bonnes façons / je respectai toujours cette loi familiale / et connus les boxons... *

  • Peut-être à ajouter aux épigraphes de mon Manuel d'Education civique et morale. Le débat est ouvert, comme les fenêtres de mon salon, car il (aujourd'hui de bonne humeur) fait beau.

Optimisme

Quand, en 2015, j'entends encore parler dans des "débats" largement diffusés par les médias dominants de prétendus problèmes d'identités religieuses, de traditions sacrées, et même du Malin ( Ah, il était plutôt d'un "jolly" pittoresque, le Malin) ... Je me souviens des années 70 où nous n'avions strictement rien à foutre des religions, des traditions, des peuples élus ou non... Qui était musulman, juif, catholique, maoïste, paumé, militant, feignasse ?... non, vraiment, ça ne venait pas à l'esprit, puisque l'esprit strictement et humblement humain existait sans semelles. Le seul truc c'était : Est-ce que cette personne est "sympa" (c'est-à-dire prête à parler de tout, plaisanter de tout en confiance, pourvu qu'on rigole (ou plus) et que l'avenir soit forcément à notre image, avec l'entente et l'amitié universelles...)

S'il est à notre image (notre ancien avenir), on a vraiment merdé. Bon, démerdez-vous, les gosses. Et, au moins, essayez de croire, le temps d'un stage.

.

jeudi 24 septembre 2015

poème d'amour certifié

La saison peut bien

distribuer des bons points mordorés

un petit piaf pourrit toujours tout doux

dans le coeur d'un vieux redoublant


Je soussigné Bouleversante Coïncidence déclare m'être insinuée en douce, oui en douce et aux belles dates, pour assurer à celle et à celui que l'éternité néglige, l'à-jamais de ce qui a et aura été malgré tout, oui tout, - vécu. En foi de quoi le présent certificat pour faire et valoir ce que de droit et de caprice.

B.C.

mercredi 23 septembre 2015

poème d'un seul vers (mais qui rime)

Qui va vraiment de l'avant se vautre dans la nostalgie...

Il n'est pas interdit de compléter, mais faut que ça rime aussi bien, et riche.

samedi 19 septembre 2015

Prose inédite d'Yves Martin.

Yves et moi, en avril 1988, avons décidé de retrancher de la postface qu'il m'avait accordée cette première partie « merveilleusement triste ».

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jeudi 17 septembre 2015

salade au lard, avec beaucoup de quantité, please.

Il m'a toujours semblé bizarre que l'on éprouve le besoin d'adresser à des personnes - dont il n'est pas prouvé qu'elles étaient à ce moment joyeuses ni à cheval sur la formule, de sincères condoléances... L'épithète était-elle pesée, pensée, emballée ? J'imagine : Toute notre famille et notre village vous adressent leurs hypocrites condoléances.

Non, tu as raison : ce serait d'un mauvais goût marrant.

"Mais le bon goût n'est-il pas une sorte de comique qui s'ignore ?", demandait déjà Eratosthène après son mental tour du monde. Et ma grand-mère, après les pissenlits au lard.

Modèles de cartes de condoléances (trouvés sur internet)

"Alain Dupont vous prie de bien vouloir accepter ses très vives et sincères condoléances.

Monsieur et Madame Patrice Fournier vous prient de recevoir leurs très sincères condoléances et l'expression de leur profonde sympathie.

Monsieur et Madame Pierre Martin Prenant part à votre douleur, nous vous présentons nos sincères condoléances.

Monsieur et Madame Carl Wayser En ces moments difficiles, vous présentent leurs sincères condoléances et l'expression de leur profonde sympathie."

Merci Alain. Tiens, la dame s'appelle aussi Patrice, et l'autre dame s'appelle Pierre, et l'encore l'autre dame Carl... Le hasard, l'amour, tout ça font bien les choses.

Mais, à la décharge de tous, constatons que, dans la plupart des cas, les sincérités sont sincères et cherchent les mots qui, de toute façon, ont l'infirmité de l'impalpable.

trouillard

ÉTRANGETÉ

J'ai peur de cet instant qui éloigne,

qui coupe. L'autre - chair charabia - ne signifie plus ;

je ne capte plus que son évidence animale. Ses yeux :

impossible regard,

juste une consistance, une humidité ; je perçois le grouillement cellulaire, l'écoulement des humeurs.

L'étrangeté stupéfie la lumière.

Vite, revenir, regagner, me sauver.

J'ai peur de la violence de voir.


***

L’ASSISE

Je ne connais pas cette femme assise dans le fauteuil de mon salon.

Je n’ose pas lui parler :

j’ai peur qu’un seul mot de ma bouche ne la vieillisse instantanément. Peut-être qu’une phrase la tuerait, que ma voix tremblante l’émietterait.

Ma présence m’effraie. Et ma respiration.

J’étouffe de voir les êtres friables.

vendredi 11 septembre 2015

Poème réaliste mais d'avant-garde.

Une personne qui m'est précieuse m'a dit ne pas avoir compris le sens de ce billet. Je lui ai dit que c'était probablement parce qu'elle n'avait pas connu l'avant-garde officielle mao-structuraliste ("Dehors, il fait un froid structuraliste", a dit le poète), et qu'elle ne me connaissait pas sans silhouette, son regard et sa voix (oui, sa voix) offrant les nuances à ce point féminines qu'elles inventent à jamais les contours du fameux Bonheur-la-Chance.

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jeudi 10 septembre 2015

Manuel d'Education civique et morale (épigraphes).

Les promesses n'engagent que ceux qui y croient. (Héraclite)

Moi, président, ... (Michel Audiard)

Jean Monnet est plus malin que moi... être panthéonisées n'étonnera pas ses cendres. (Alfonso Caponi)

"La souveraineté du peuple s'exprime par le suffrage universel. Si vous en doutez, allez voir chez les Grecs." (Nicolas Ferrial)

"Ne regardez surtout pas en replay l'émission "cash" qui a été diffusée le 07/09/2015 sur la 2 à 23h05, en particulier la seconde partie." ( N* Sark*z*, R* D*ti, F* Ho**ande, Confédération des Avocats d'Affraires et Porte-chaise d'Affaire Unifiés, déclaration commune)

samedi 5 septembre 2015

faut que ça saute.

Les libérés, les délibérés, les délivrés par les voleurs, ça saute, ça éclabousse, allez, faut que ça saute, en hauteur si possible, modestes celles et ceux qui appellent "délo" délivrance.

Délivrez-les, par la seule évidence d'un toucher de doigts tendus, en bout de chaîne. Déjà le champ de la lavande invente les poumons. Et le coeur suit. Puis l'air.

Faut que ça saute. en bout de chaîne.

Que ça saute au plus bleu de mes nuances possibles.

Et puis cet air, qui, l'air de rien, de tout ou rien délivre, à bout de lèvres :

un cri qui s'en va au chant, va au paysage ; va, paysan,

"va, paysange", eût dit me petite soeur (ou bien la grande, personne pour témoigner),

la plus muette possible.

mardi 1 septembre 2015

poèmes extraits de l'ensemble inédit "Après, j'irai chanter".

A Laurent

JUSTE DES PAS

Dormant peu, j'entends souvent les travailleurs matinaux. Ils sortent nos poubelles. Leur discrétion est parfaite. Pas de voix.

Ils montent nos ordures du sous-sol jusqu'au trottoir,

sans écho, juste des pas à hauteur respectable. Oui, le respect s'impose,

m'en impose,

car je n'ai pas encore trouvé le moyen de remonter mes déchets sans déranger les mots.

LIMITES

Bon, je sors la poubelle.

Je voudrais aussi sortir bien d'autres choses,

mais il n'y a pas assez de dehors.


A Anna, A Jean Pierre, sans oublier le Puissant Maroufle et Philomène.

éTé, PéRIGORD

1

Les rires sont limpides :

l’eau du ruisseau boit sa propre soif aux chevilles des enfants.

2

Il y avait des cailloux durs pour nos pas,

au fond de la rivière. Mais, avant, on nous prêtait des sandalettes. Et au diable le pour et le contre-courant.

Je crois même qu'Annie avait de beaux yeux bleu noyade.

Pas de sandalettes pour ça.

3



Les enfants ont construit un radeau. La rivière les emporte. Crier est un courant heureux,

sans naufrage, sans passé, sans rage.

Les gestes de détresse ne nagent encore qu'à la source.

QUATRE HEURES

Quatre heures du matin est une part de temps que j'aime ou qui m'aime depuis l'âge où les châteaux allumaient leurs cuisines d'aube.

J'entends les pas du vieux Dédé prouver le réveil. Les escaliers coulent mes pieds nus.

Il faut très vite monter, descendre, monter, descendre, pour mériter le matin. Fais attention,

tu as oublié tes paupières, me dit Dédé. Ça ne te regarde pas, dis-je.

Déjà, on apprend un nouveau chemin saigné par la fougère.