Jean-Michel Robert

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dimanche 30 août 2015

sopalinement (volume 2)

reflets d'ormes et de frênes dans des lunettes sans branches - regard qui ne tient qu'à un nez - parfums - pétales de canne blanche - météo des plages - les jeunes crabes resteront translucides - mémé t'apprendra à nager - respire - une paume sous un menton déplace les îles - où es-tu ? - les pins pleuraient dans un petit pot à hauteur d'yeux - ce n'est pas la peine - pas le chagrin - alors c'est quoi pour sentir si bon une lente larme ? - ha bon - déjà du passé - comme tout le monde - c'est pas nouveau ? - " un dieu a déserté en emportant l'horloge" - Les Hautes-Salles - Hervé Delabarre - l'ours polaire animal géopolitique - en rouge - tout en haut - première page du monde diplomatique - on a vendu ma peau ! on a vendu ma peau ! hurlait l'animal - tout nu - éloignez vos enfants - sauf moi - son petit frère et lui ne furent plus qu'un fou rire - dont on fait bien plus tard les clairières - dernières nouvelles - privatisation de la santé - directive apollinienne - on est donc si endetté que ça à soi tout seul ? - cher monsieur vous êtes trop nombreux pour rester seul - interdit - comme de fumer dans les bistrots fantômes - 7,20 le paquet de gauloises - un franc cinquante la nostalgie sans filtre - sans elle tu es malheureux - il fut stupéfait d'apprendre par sa petite amie que Gainsbourg ne manquait pas de charme - 1971 - décidément elles sont bien mystérieuses - c'est pas nouveau ? - à consommer dans les trois jours après l'ouverture du pot - ouverture du capital - privation de la santé - directive de la commission angélique - l'ange gardien de nuit - sur son épaule un hibou empaillé - naturalisé apatride - ouverture à six heures du café de la gare - un court instant l'odeur des âmes fraternise avec celle du croissant - après impossible de rater son train - pour cause d'adjectif impitoyablement possessif - reflets de reflets - flaques d'eau - météo des parkings - baignade déconseillée - mauvaise météo - non mauvais temps - ne pinaille pas - tu as raison : c'était bien l'avenir - voilà tu vois ce n'est pas si difficile d'espérer - 1,10 la baguette tradition - oui ce sera tout - tout - j'ai les moyens.

samedi 29 août 2015

leçon de choses (comme dans le temps)

On faisait du feu en frottant les regards.

C'était tout nouveau : l'humidité de ciel étincelant le mouillé de noisettes pouvait incendier.

Ce n'était pas dans les livres de sciences, seulement dans les lèvres d'indécences ;

l'indécence brûle doux sa seule douleur en frisson blond.

La fumée une ivresse c'était tout nouveau, toute nouvelle.

Nouvelle préhistoire, sans fossiles ; incendier doux, lumineux, cendres enfin dignes des braises, mais cendres,

mes cendres.

(bruit de toux)

jeudi 27 août 2015

science tendre (leçon inaugurale)

Il était une fois, une coïncidence biochimique appelée "âme" et qui avait donc légitimité à user de la première personne du singulier, à éprouver, à chercher...

Puis cette coïncidence se dispersa en molécules de tout vers une multitude d'autres coïncidences, le pluriel sans personne, légitimité nulle, c'est-à-dire totalement insoucieuse des lois de ma nature.

C'est ainsi qu'un corpuscule de début et de fin du monde fit son intéressant.

A retenir : rien de bien original.

lundi 10 août 2015

Je suis riche...

Heureusement, les cambrioleurs ignorent que, quelque part, chez moi, se trouve (en cherchant peu) une enveloppe libellée à mon adresse au dos de laquelle : "Exp. J. Mansour..."

Dans cette enveloppe, un petit livre mauve ainsi dédicacé :

"Pour Jean-Michel Robert, parce qu'une taupe peut faire au moins quatre saisons. Avec l'amitié mauve de Joyce Mansour. Mai 1986.

PS. Hélas, mes premiers livres sont tous épuisés."

... Il y a du sparadrap sur la blessure de la vigne / Et une route parallèle à celle / Qui n'existe / plus

Heureusement, se trouvent aussi des transparences inépuisables, quelque part, chez elles.

lundi 3 août 2015

Le châtelain (roman-ruisseau)

... un certain nombre de créatures / résumant de leur mieux / les espaces nécessaires à l'amour / un certain nombre de créatures incomparablement nues / de la tête au ciel / un certain nombre de créatures / que nous appellerons nos dernières cartouches / pour avoir le droit de les brûler

Il avait lu le poème de Georges Henein à voix secrète : seule B. l'entendit à haute voix. "J'ai apporté les munitions, et les vivres", dit-elle. Il la remercia. Désormais les vivres ne se distingueraient plus des vivants. C'est ça, la mémoire. "A la mémoire de" impose ainsi sa limpidité, et les traces de pas que laisse l'Assassin dans les respirations n'atteindront jamais l'air pur, pur passé, définitivement vécu.

Après l'échange des pâleurs, elle remonta aux cabanes ; lui, à la rotonde, pour y rejoindre les dernières aubes possibles.

samedi 1 août 2015

A l'oiseau, à la miséricorde. (titre emprunté à Roger Kowalski)

Bien que pouvant passer pour frôleusement goguenard à la proximité des familiers du divin, je ne démords pas d'une sorte de tendresse pour l'errance dont l'ultime affirmation humaine est une prière.

Tendresse pour celle ou celui qui,

épargné ou exaucé, remercie, remercie au cœur de l'infiniment monstre, corps de gratitude agenouillée.

Cette errance-là, paumée dans le regard des saints, c'est l'orpheline absolue : la confiance.

Elle attribue à la miséricorde le miracle des rotules.