Jean-Michel Robert

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jeudi 30 juillet 2015

lardon de Nyx

Le sommeil est la plus douce des victoires ; la plus éphémère aussi qui se perd chaque matin. Cependant, au sortir de la nuit, vivre redeviendrait possible, pour quelques exilés au moins, si s'éveiller c'était vraiment diriger à nouveau ses rêves (...)

Pierre Autin-Grenier (Les Radis bleus, éd. Le Dé Bleu)

L'insomnie est la seule forme d'héroïsme compatible avec le lit.

Cioran (Syllogismes de l'amertume, éd. Gallimard)

lundi 13 juillet 2015

"Ils rêvent sous leur bras de sièges fécondés..." (reprise)

J'ai dessiné, j'ai écrit. Je suis fatigué. Toujours étrange un être qui se fatigue assis. Comment expliquer que l'âme n'a pas de cul, ou, au moins, que personne n'a trouvé la bonne chaise.

dimanche 12 juillet 2015

métaphysiquement

''...Ce que je pense du monde ? / Le sais-je, moi, ce que je pense du monde ? Si je tombais malade j'y penserais...

Le seul mystère, c'est qu'il y a des gens pour penser au mystère...

Métaphysique ? Quelle métaphysique ont donc ces arbres ? / Celle d'être verts et touffus et d'avoir des branches / et de donner des fruits à leur heure, ce qui ne nous donne pas à penser, / nous autres, qui ne savons nous aviser de leur existence. / Mais quelle métaphysique meilleure que la leur / qui est de ne pas savoir pourquoi ils vivent / et de ne pas savoir non plus qu'ils ne le savent pas...

"Constitution intime des choses"/"Signification intime de l'Univers"... / Tout cela est faux, tout cela ne veut rien dire. / Il est incroyable que l'on puisse penser à ces choses. / C'est comme de penser à des raisons et à des fins / lorsque luit le début du matin, et que sur le flanc des arbres / un or vague et lustré perd peu à peu sa part d'ombre...

L'unique signification des choses, / c'est le fait qu'elles n'aient aucune intime signification...''

Fernando Pessoa (Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes d'Alberto Caeiro)

jeudi 2 juillet 2015

Le jeune homme idéaliste

A cinquante-neuf ans révolus, il était encore animé d'un exaltant idéal : reprendre à l'air du temps sept à huit kilos, réapprendre à lire et à écrire. C'est ainsi qu'il mangeait sainement trois fois par jour, s'efforçait de marcher deux km, par jour ; consacrait , par jour, une demi-heure à la mise en page d'un nouveau livre suivi de la réédition revue, corrigée et complétée d'inédits de "Alice, Eugène, Glissades" (le tout ne devant pas excéder cent dix pages : impératif éditorial)... et relisait à raison de quatre pages, par jour, Francis Jammes (Aux élèves dont les répétitions écrites irritent le professeur de français, j'apporte le secours de la citation suivante : "Les paons bleus remuaient sur les pelouses vertes / Et les feuilles vertes se miraient aux vitres vertes / dans le recueillement du ciel devenu vert..." - Francis Jammes, salué en son temps par A. Gide, P; Valéry, V. Larbaud, entre autres ; grand prix de littérature de l'Académie français, 1917 ; poète éponyme de maints établissements scolaires... genre de trucs qui impressionnent toujours en 2015...).

NB. Il n'avait pas renoncé à son anthologie qui réunirait les poètes contemporains de sa bibliothèque, ni à présenter les œuvres poétiques de Louis Dubost, Jacques Morin et Claude Vercey, mais il fallait pour cela qu'il recouvrât toutes ses facultés de concentration. Oui c'est comme ça : IL faut, mais IL, en l'occurrence, est rarement LUI.