Jean-Michel Robert

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vendredi 27 mars 2015

"Vas-y mollo Jean-Michel, il y en a qui s'émerveillent encore et qui luttent dans le maquis." (Laurent, commentaire du 22 mars)

Y a-t-il vraiment eu un mouvement du 22 mars (1968) ? Pouvait-on espérer dans la décennie 70 que la et les nouvelle(s) génération(s) verrai(en)t la fin du racisme, du chauvinisme, du sexisme, de l'ordre moral, de l'élitisme, du néocolonialisme... Oui.

"Les jeunes", en général, attachaient-ils quelque importance aux origines, à la religion, à la couleur... pour tresser sympathies, amitiés, amours... Non.

Le Pen, 0,75 % en 1974... Ca fait, comme dit la buée du miroir de poche de blouse blanche de mon infirmière de chevet, réfléchir les microgouttelettes...

Mais tu as raison, Laurent, restent, persistent des "maquisards" (et très peu de maquis, encore moins de parachutes armés d'avenir)... ils et elles sont, même si je n'en connais certains que depuis peu, les ami(e)s que je salue dans le billet du 22.

« Il m’est déjà arrivé de dire que, par tempérament, je me rangeais dans l’opposition, j’étais prêt à me rallier, quoi qu’il advînt, à une minorité indéfiniment renouvelable (pourvu qu’elle se prononce dans un sens émancipateur, bien entendu.) », disait André Breton à André Parinaud. Déjà.

D'autres diraient : Je suis comme ce chien las des papattes : je ne compte plus que sur la rage pour finir en beauté.

Bref : seule dignité : quand tous les désespoirs sont permis, être méchamment humain, malgré l'inéluctable échec.

P.S. Il y a, c'est vrai, du merveilleux. Il nous trouve parfois, question de concordance des mondes étourdis.

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"Je plaide pour un élan de solidarité qui prenne le contre-pied de la militarisation, nous restitue notre dignité, préserve la vie et les écosystèmes.... Tout irait dans le bon sens si les 15.000 soldats étaient des enseignants, des médecins, des ingénieurs et si les milliards d’euros, qui vont être dépensés, étaient destinés à ceux et celles qui ont le plus besoin. Nos enfants n’auraient pas besoin d’aller se faire tuer en soldats mal payés, en narcotrafiquants ou en fous de Dieu... Nous nous devons de nous atteler, nous-mêmes à la tâche primordiale de la transformation de notre moi profond, ébranlé et de notre pays meurtri. L’avantage considérable de l’approche systémique est la détribalisation des conflits au profit d’une conscience politique qui réconcilie et rassemble ceux que l’économie mondialisée broie. Touareg, Peulh, Arabes, Bamanan, Sonrhaï, Bellah, Sénoufos cesseraient de s’en prendre les uns aux autres et se battraient ensemble et autrement... Cette approche altermondialiste nous rend notre « dignité » dans un contexte où nous avons tendance à culpabiliser et à nous en remettre, poings et pieds liés, à une « communauté internationale » juge et partie."

Aminata Traoré

ANECDOTE

'On a du chemin à faire avec eux mais heureusement sur la route il y a des arbres... disaient les anciens ...(Philomène, commentaire du 10 février.)


Le beau-père du voisin de Jacquy s'est institué, à l'occasion d'une pose de grillage, despote de travaux sagouins.

Il n'a pas hésité, pour sceller un piquet, à sauvagement arracher un arbuste planté par Jacquy ; il a définitivement condamné les limbes dorés effleurés de vert, au mieux, au feu, au pire, au sac-poubelle.

Tout plein de colère maîtrisée, Jacquy l'a calmement engueulé et a négocié un nouveau plant. Mais après - toute colère évaporée -, profonde, noueuse mélancolie.

Planter l'arbuste c'est accorder un peu de son présent à un avenir d'arbre. Déjà le feuillage boit la lumière et colonise le ciel, les racines élèvent en sève le cœur, sous l'écorce l'aubier bague de chair le Temps.

Infiniment plus digne que la grande Histoire, l'arbre : frémissante anecdote de la Hauteur.

martial (reprise du billet - année 2010 - parce que le F. en question, rencontré ce matin à Paris par hasard, en rigole toujours).

A la fin de la séance de judo, nous devions nous agenouiller sur le périmètre du tatami, face au professeur, paumes posées au-dessus des genoux, prêts pour le salut exprimant le respect de chacun pour tous, et pour ces lieux où le sacré sentait la sueur. Le silence fait, Loulou - aussi bon maître en arts martiaux qu'en amitié - désignait de la main gauche l'élève placé en fin de ligne. Celui-ci devait gravement gueuler "REI !", signal imposant d'incliner l'ensemble tronc/tête, puis de le relever, toujours bien raide.

Un samedi, F., un copain sympa, mais nageant trop dans son grand corps pour pratiquer un judo efficace, trop dispersé pour l'assiduité, se trouvant en place du REI, à ma droite, me chuchota angoissé : "Qu'est-ce qu'il faut crier déjà ?". Je saisis alors l'occasion de rire, méchamment mais pas trop. Je répondis: "Tu dois crier SAKI." Ce qu'il fit quand Loulou l'eut désigné. Hilarité générale à la face de Mars. Ces instants qui eussent dû porter la solennité s'enfuyaient en couinant, éclaboussés de rigolade...

Deux ou trois ans plus tard, j'appris que F. était en prison. Que lui était-il arrivé à ce mec si gentil, pas plus agressif qu'un poisson rouge ? La nouvelle me flanqua le vertige de ce destin dont les mauvaises blagues ne se contentent pas de SAKIS méchants mais pas trop.

Maître Jigoro Kano eût-il poussé la maîtrise de soi jusqu'à, lui aussi, se fendre la gueule ?

dimanche 22 mars 2015

reprise (revue et corrigée)

Je crois que j'ai décidé de quitter l'enseignement officiel quand, pour la rédaction des bulletins trimestriels, à la place d' EXPRESSION éCRITE, on m'enjoignit d'inscrire une note moyenne à la rubrique PRODUCTION D'éCRITS. Ainsi, pas de différence entre faire écrire cent fois le même mot à un élève, et l'encourager dans l'écriture d'une pièce de théâtre, un poème, un résumé...LA PRODUCTION DE CONS avait déjà gagné la hiérarchie, et ça contaminait comme la grippe espagnole (ô ! Apollinaire !).

J'ai appris, depuis, que l'on parlait de producteurs de soins à propos des médecins et paramédicaux...

Ah, je quitterais ce monde sans regret si n'y survivaient quelques ami(e)s,immunisé(e)s.

Monde productiviste de la compétition de tous contre tous, du caporalisme généralisé, video-surveillance, biométrie... tu me répugne... J'en vomis dès que je me rappelle ma jeunesse merveilleusement bébête, pur produit des hasards désinvoltes.

samedi 21 mars 2015

L'AIR DU TEMPS

Victime d’une puberté précoce (10 ans), l’air du temps, celui des minijupes, torturait l’innocent que j’étais supposé être : ô grandes sœurs des copains ! passantes inconnues ! vertigineuses funambulant mes canyons, inconscientes - que le doute leur profite  – de la cruauté naturelle de leur danse !

Toucher, comment toucher ?...

quand toucherai-je l’avenir lointain de chairs si proches ?

Le frisson se propageait bien au-delà de leurs cuisses, colonisait les rues, les bus, le métro, ma chambre, mes draps, ma viande (c’est-à-dire l’univers) qui ne savait pas encore comment se soulager. Je ne connaissais ni Onan ni Dali ni Portnoy….

Ah, l’air du temps qui s’amuse dans le tissu à vif, le chahute à la légère, tandis les pauvres écoliers n’éjaculent que des zéros.

Cours moyen première année.

La jolie maîtresse d’école ne saurait transmettre le savoir qu’à des têtes pures.

La preuve : ces petites caboches contrôlent si mal leurs gestes que, lorsque Mademoiselle se penche sur le pupitre d’un élève mâle, celui-ci - par pure maladresse - laisse tomber l’un de ses instruments de travail pour, le ramassant, précipiter sous la jupe l’avant-garde de la stupeur.

À une époque reculée, on appela ça le massacre des Innocents.

mercredi 18 mars 2015

"détonateur des mondes" (1)

TÉMOIGNAGE PUBLIÉ PAR « L'ALAMBIC » QUELQUES MOIS APRÈS LA MORT D'YVES MARTIN.

Ce numéro hors série de L'Alambic (hiver 1999) offre le dernier entretien d'Yves Martin avec Alfred Eibel et Eric Dussert et porte également les témoignages de Werner Lambersy, Valérie Rouzeau, Hubert Haddad, Slimane Hamadache, Jacques Izoard, Rapahaël Sorin, Claude De Burine, Eric Dussert, Alfred Eibel, Alain Mercier, Christian Bachelin, Jean-Marc Couvé, Jean-Luc Maxence et Jacques Baratier. Je publierai l'ensemble dans ce blog,catégorie « comme ça, juste pour le plaisir » '

Après plus de treize ans d'amitié, après la mort récente, je n'ai pu, malgré de nombreux essais, isoler ou synthétiser une part de tout ce temps partagé avec Yves Martin. Comment choisir parmi toutes nos rencontres, parmi les longues, très longues conversations, les déjeuners délirants, les soirées du Pont de l'Epée, les premiers mots timidement échangés, sa visite à La Verrière, mon émotion quand il me remit sa postface pour l'un de mes livres, lorsqu'il baptisa Robert l'un de ses chats, ma stupéfaction quand il me réveilla à quatre heure du matin pour s'assurer de ma participation au livre collectif "Turgescences"? Comment relater si vite, si tôt, ses années de solitude, de pauvreté, de combat contre la maladie ? Je peux cependant témoigner de sa déception, voire de sa colère d'être encore si souvent considéré comme le pittoresque « piéton de Paris  fin de siècle ». Yves Martin est surtout le poète de la révolte permanente, de la férocité des plages ; il a capté les âmes, saisi l'instant sombre, l'instant pur, le passé sans nostalgie dégoulinante, l'impudeur vraie, l'amour, les amours fous, bref : il est bien plus que le poète total, il est l'homme poétique « détonateur des mondes ». « Doucement, longuement mourir / Vivre parfois / Parce que rien d'autre n'est possible ». On dit bien facilement, bien naïvement qu'un grand poète vivra toujours à travers son œuvre. N'empêche, depuis qu' Yves n'est plus avec nous, bien en chair et en os, nous mourons moins doucement.

Voir dans la catégorie "comme ça, juste pour le plaisir" les billets 29 /12/10, 2/01/11, 24/02/11, 10/03/11, 30/03/11, 6/05/13.'' ''

A noter : la revue "A L'index" N°27 a publié un dossier Y.Martin auquel ont collaboré Jean-Marc Couvé, André Duprat, Werner Lambersy, André Prodhomme, Jean-Michel Robert, Jean-Claude Tardif et François Vignes.

''Rien n'a vraiment commencé. La souffrance, ses cols marins,

Ses plis, ses cheveux, pas un suc ne manque.

Je nais dans le même gratte-ciel d'où j'entends à peine

La rue, ses gros sabots, seuls des bruits d'ailes

Tombées à pic, croquées par le goudron.

Descendre dix étages n'est pas une joie très pure.

La plupart du temps le laitier, le marchand de glaces ont disparu.

Les petites filles brûlent leurs querelle au four.

Les loupiats ne peuvent vivre sans tout renverser sur mon pantalon.

Rien ne marche jamais. Ca, je l'ai vite compris.

Encore s'il n'y avait pas ces roses latentes,

Ces cuisses aux marbres de flanelle qui grandissent

Alors que je me sens de plus en plus bêtement liquide,

Moelleux, absent comme un lapin dans sa trouille."

Yves Martin (Le Manège des mélancolies, éd. La Table Ronde)

mardi 17 mars 2015

reprise

Démocratie

Le drapeau va au paysage immonde, et notre patois étouffe le tambour.

Aux centres nous alimenterons la plus cynique prostitution. Nous massacrerons les révoltes logiques.

Aux pays poivrés et détrempés ! - au service des plus monstrueuses exploitations industrielles ou militaires.

Au revoir ici, n'importe où. Conscrits du bon vouloir, nous aurons la philosophie féroce ; ignorants pour la science, roués par le confort ; la crevaison pour le monde qui va. C'est la vraie marche. En avant, route !

ARTHUR RIMBAUD

Généralement, dans l'Enseignement, on préfère "Le dormeur du val". On se demande pourquoi.