Jean-Michel Robert

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mercredi 13 novembre 2013

Poèmes d'Anna

Voici quelques inédits de la poète Anna Jouy qui donne une idée de ce style qui allie la force de Joyce Mansour ou de Catherine Mafaraud à une musicalité proche de celle voulue par Verlaine.

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"il est toujours temps de dire que je n’ai rien connu, ni touché, ni aimé. temps d’accorder à son doigt de touiller le pastis ou le curaçao selon la qualité du soleil. l’eau est un mélange d’ivresses, la mère subtile des flous de vivre. la mer aussi.

il est toujours temps de tenter de séparer mes mots des tiens. de compter sur le vent pour nous rendre nos quotas de feuilles. j’entends mon voisin fâché de Mon automne salissant sa pelouse.

il est toujours temps n’est-ce pas de séparer nos yeux en méridiens de temps, oranges en quartiers de pelure, l’image de ton ciel dans la mappemonde de mon cœur, et l’inverse s’écrie le géographe globe-trotter .

il est toujours temps des sécantes d’abat-jour, la part du lit, la part de lune, et le mitan pour mes démons. au milieu les algues et les pierres. il en faut pour les truites du désir.

toujours temps, maintenant, de poser contre la vitre des cellules ma figure, décalcomanie de plastique avec caricature. le poète est-il donc si enfermé qu’il veuille des prisons pour pays, pour maison, pour sa chambre ?

je mets ensemble le fruit et mes lèvres, rencontre fortuite de ma bouche et du plaisir. la mort un instant se dissout dans mes paroles."

" 2.

qu’imaginent les surfaces plaines ?

quelques arbres dégainés par à coup

des geysers neufs

à chaque rail ?

duel de colts à balles traçantes

je passe avec des fumées et des pompons de crème

ne suis-je pas idéaliste, cette envie légère de chevaux vapeur

il faut laisser ensuite le paysage s’ouvrir dans l’indifférence des yeux mi-clos

mourir de sommeil

ne réactiver que des poinçons dans le film

poèmes à la déroute

défiler

défiler sur les échelles horizontales

tu sais que ça roule

Far West du dimanche

la poste transfère ton rêve à grande vitesse

retour de bielle

défiler

et attendre qu’on apporte sur un plateau une gare avec des glaçons

une serviette propre

et Garcon ! de quoi écrire s’il vous plaît."

jeudi 7 novembre 2013

Pourquoi

ai-je jusqu'à ce jour vaincu l'immonde déception ? Hypothèse : de vrais humains existent comme ils me peuvent.

J'aimerais

dire une chose très douce

une chose où le coeur espère une chose

comme éclater à jamais

à jamais qui signifie pour toujours

j'aimerais

paskeu

j'aime peut-être

Même s'il y eut

des temps personnellement affreux, petit personnel... Restent les temps magnifiques qu'on ne peut me voler tant je n'ai pas de coffre.

mercredi 6 novembre 2013

Quand tout me dégôute,

je regarde un truc qui ne pense pas à mal, par exemple, une feuille, comme dans Verlaine... où alors je me souviens de tous les gens "bien". Ce sont des envols au-delà de toute saison, de toute musique.

mardi 5 novembre 2013

pauvre avenir, misérable futur

J'espère que vous comprendrez à temps que vos ennemis sont -commençons par le plus proche - les responsables de l'Union Européenne que vous ne contrôlez pas mais qui vous imposent leurs lois, ils (en plus) vous imposent des sanctions financières que vous payez si vous gagnez un peu plus de 1000 euros par mois... La tentation fasciste vous excite (même repeinte) et bien allez-y : votez pour l'extrême droite qui, prenant à son compte les révoltes légitimes, les accommode à la sauce raciste et autoritaire. Votez pour eux : vous aurez à la fois la démagogie xénophobe (et sa violence), le pouvoir des banques, le retour de Pétain réincarné en "la si belle" Marine, sans compter la virginité obligatoire jusqu'au mariage...

Seules solutions : première étape, le suicide... après nous ferons des projets

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Voici quelques images de votre idéal. Bisous à vos enfants.

poèmes écrits chez Anna(2)

Lâcheté

Vous savez peut-être que

quatre grains de raisin

un verre de vin blanc une cigarette

sont parfois Dieu

à cinq heures du matin

si on est certain

que d’autres se réveilleront

et feront jour à votre place

-

PARADOXE

Le mystique absolu

se confond avec le paumé total

Tous les insomniaques vous le diront

s’ils se réveillent

-

SIMPLE COMME BONJOUR

Le beau du sexe

est le beau sans mots

Les mots suivent parfois

s’ils ne sont pas trop infirmes

On appelle ça l’amour

pour simplifier

-

HYP0THESE

Chaque poème se rit

du précédent

et du prochain

C’est peut-être pour ça

qu’on s’obstine à écrire

et à vivre parfois

ce qui ne s’écrit jamais

-

NUE

J’ai lu hier

à voix des poèmes nus

que je croyais obscènes

quand j’avais vingt ans

Ce n’était rien qu’une suite

amoureuse

comme dans le temps

le temps d’avant moi

qui dit nous

-

PASSE

Quelque chose a passé

d’aucuns disent le temps

moi je dis « ça »

« ça » passe

à travers mon errance

« ça » erre mieux loin

que mes distances

-

CONTE

« Il était une fois »

On sait cette formule magique

pour passer entre les mondes

Mais certains mondes sont à

ce point leur propre monde

si propre

qu’on ne passe pas

sans mourir ailleurs

-

DANS

Pourquoi disons-nous

« dans une heure » ?

Nous ne sommes jamais dedans

être hors

nous rend vaniteux

de la préposition

-

AILES

« Elle » mêle tant d’elles

qu’on ne sait pas vraiment si l’on vole

au sens malhonnête du verbe

ou du fou rire des oiseaux

-

ASTRES

Du temps où j’étais

un monde

je manquais de peuples

aujourd’hui que je suis surpeuplé

plein de mondes ne sont pas moi

j'ai un projet (modeste)

de Voie lactée invisible

mais CHUT !

-

MATNAL

Avant de me lever j’avais

un amas de mots

qui me torturaient dans le désordre

maintenant que je suis le chef

ce ne sont que des mots

sans méchanceté

ce qui me déçoit

aussi ne puis-je énoncer ici

que mon génie de la déception matinale

-

ENTENDRE

J’ai aimé entendre un sans logis dire à son copain : « vite avant que l’épicerie NE ferme » Cet explétif venant d’un homme pauvre ( mais peut-être avait-il fait des études supérieures, tout est possible dans l’inhumanité.) – Cet explétif m’a rappelé qu’il est parfois bien de parler pour des gens qui n’écoutent pas.

-

PARESSE DES TITRES

- Dans une chambre

Si je ne dors pas

Si je n’aime pas corps à corps

J’étouffe

Je suis dans le jardin

Les arbres me respirent

-

À qui donne vraiment

On ne dit pas merci

On rend

Ou on se rend

En souriant un beau village

-

Quand le Rien chatouille mes pieds

Intention criminelle

Je dis « mes amis »

Et Tout revient rire à ma place

-

On est moche

Visage

Soufflé par l’alcool

Soufflé par tout

Ce qu’on n’est

Plus

Ce qu’on a

Peut-être jamais été

En tout cas

Ce qu’on ne sera plus

Le verbe être

Est un salaud

lundi 4 novembre 2013

poèmes écrits chez Anna (1)

Aujourd’hui Fribourg 5h 59

16h. à Paris

Après n’existe que si je veux - Quand il sera des fois

Je ne saurai même pas

Laquelle choisir :

Trop timide

-

Il vaut mieux

Qu’il soit une fois

Pour toutes

Elles sont si mignonnes

-

Un mot

Aimante d’autres mots

Limaille de l’âme

Grains d’être si peu

-

À 4 heures du matin

On n’est jamais chez soi

On remercie

Le désert qui nous accueille

Sans trop de dromadaires

-

Quand j’étais petit

J’étais plus grand

Ce n’est pas un paradoxe facile

C’est l’avenir

-

Il y avait un feu

J’en suis sûr

Ça ne brûlait

Que de la lumière

Mais c’était nous

-

Le chevreuil

N’avait pas besoin de devenir

Autre que chevreuil

C’est pourquoi je ne l’ai pas tué

-

Ainsi je vois tout

Ce qui daigne

Passer par ma tête

Par ce qui n’est

Qu’un monde minuscule

Ou un vaste univers qui s’en fout

-

J’ai dessiné

Un petit rectangle

Qui s’appelle

Fin du poème

Et le début de

-

Ignorer si l’on mérite

Encourage

La vanité de se croire

Auteur de quelques mots

Qui nous ignorent

-

En Suisse

Chez Anna

J’ai compris

Les raisins :

Révélation fruitée

De grains d'aube patiente