Le poète maudit (suite)
Par jean-michel robert, lundi 18 janvier 2010 à 12:12 :: NOUVELLES ET DIABLOGS (Nouveaux visiteurs, avant toute promenade dans ce blog, consultez la catégorie "avertissement".Merci.) :: #1648 :: rss
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Didou, c'est-à-dire Alexandre Didier, fils unique de Séraphin et Louise Didier (née Lebouc), lesquels fondèrent en 1950 la petite entreprise Chez Didou, café, épicerie, tabac, journaux, cinéma. Alexandre, seul héritier, heureusement, était animé d'une ardente vocation bistrotière. Dès l'âge de six ans, il connaissait les exigences de tous les fidèles clients, soit tous les clients, ou presque. Suze pour le père Lachaumière, mauresque dosée à la goutte pour Droult: maître d'école, maire et secrétaire de mairie - qui augmentait systématiquement d'un point la note de dictée du petit en guise de pourboire - , muscadet pour le curé, simple ricard pour le garde champêtre... bref, un jeune surdoué qui, quatre ans plus tard, tenait la comptabilité. En 1971, à l'âge de quinze ans, il était de fait chef de famille et d'entreprise, son père n'étant plus en état de commander quoi que ce fût, hormis des doubles cognacs chez les deux concurrents: Le café des sports et Le Sidobre tenus par des "étrangers" installés à la fin des années 60. Je ne bois pas, disait Séraphin quand la clientèle l'invitait à communier. Jamais chez toi, sortait rituellement Droult. Rires. Et t'es jamais chez toi, mon fils, entre deux heures de l'après midi et deux heures du matin, ajoutait le curé. Rires. Oui, c'était un établissement fort joyeux, et l'on se demandait bien pourquoi Mme Didou faisait la gueule. Quand mon épouse et moi emménageâmes à Villeneuve, en 92, Alexandre avait déjà pulvérisé Le Sidobre et s'apprêtait à achever le caboulot des "sportifs" dont les patrons n'avaient su s'adapter à l'urbanisation périphérique ni à la population allogène, retraitée et cossue qui, progressivement, s'appropriait le bourg. Fini le temps du maître d'école-maire, du curé, du garde champêtre, des jours calés par la Comtoise... Didou fils avait modernisé, diversifié, décentralisé, informatisé, acheté, flexibilisé, magouillé avant tout le petit monde local, il ne dosait plus les apéros qu'à la mesure de sa réussite, le samedi midi, exclusivement, pour ses amis et son plaisir. Pour le reste, il opérait en ville. Quant à sa mère, elle durait hors de prix dans une résidence - L'éternité verte -, s'obstinant à espérer le retour de Séraphin.
(A suivre...)
Commentaires
1. Le mardi 19 janvier 2010 à 18:08, par Sissi
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