Quoi ! Ronsard, Bellay, Malherbe, Racan, Le Franc de Pompignan, Leconte de Lisle, Heredia, Banville, Gautier, Sully Prudhomme - premier prix Nobel de littérature, excusez du peu -, sans oublier, malgré leurs excès, Vigny, Musset, Hugo... tous des cruciverbistes !... Et les courageux poètes de l'avant-garde contemporaine !... et moi !... des champions de scrabble sans doute!...

L'accablement chassa l'exaspération, un grand SLUP dans mon crâne aspira comme une huître mon ardeur. Bon, laisse tomber, me dis-je; puis :

- Laisse tomber, lui dis-je.

- Tu n'as qu'à utiliser le bloc de papier à lettres, suggéra-t-elle d'une voix consolatrice.

- Merci, ma chère ("Ma chère", c'est pire qu' "Amélie"); mais ne t'inquiète pas, je ne suis pas de ceux qui renoncent au moindre obstacle; l'avant-garde ne défriche pas sans blessures l'avenir.

Faussement naïve, se caressant doucement le bout du nez, elle glissa la question:

- L'avant-garde de quoi?... Pour aller où?

- Pour l'heure, ma chère, c'est pour aller chez Didou.

- Ne bois pas trop.

- Ca va, arrête, tu répands un climat d'Ancien Testament.

Je sortis.

Bel après-midi de printemps, temps en chemisette.... insupportable: je déteste qu'il fasse beau dehors quand il fait odieux en moi.

Chez Didou, c'est le dernier bistrot de Villeneuve-lès-Gibets. Face à l'église, il partage avec elle la soif de sacré des Villeneuvois.

(à suivre...)