le poète maudit
Par jean-michel robert, mercredi 18 novembre 2009 à 07:40 :: NOUVELLES ET DIABLOGS (Nouveaux visiteurs, avant toute promenade dans ce blog, consultez la catégorie "avertissement".Merci.) :: #1621 :: rss
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Tout commença par mon petit briquet noir. Selon la loi en vigueur en mes terres, il doit accompagner le paquet de cigarettes quels que soient le lieu et l'heure. Et voilà qu'il dérogeait à une règle établie depuis presque quarante ans ! Petit gredin ! Mes cigarettes étaient là, sur mon bureau, seules, abandonnées par leur promesse de feu.
Je fouillai partout : poches, tiroirs, placards, sac-poubelle, étagères, frigo, je regardai sous tous les meubles, les tapis, j'inspectai ma mince serviette professorale... en vain.
N'étant pas dépourvu d'ingéniosité, j'allumai une clope à la veilleuse du chauffe-eau.
Le problème utilitaire étant résolu, je ne m'en trouvais pas moins contrarié; car quoi, comment se pouvait-il qu'une telle disparition se produisît chez moi, adulte mâle dont l'implacable rigueur, le sens de l'ordre, du classement et de l'exactitude étaient depuis longtemps devenus légendaires? Tu le retrouveras quand tu ne le chercheras plus, disait ma mère, quand, petit garçon, je perdais un jouet. Mais vain Dieu ! J'étais grand à présent, l'esprit clair, lucide, responsable, loti d'une exceptionnelle puissance de concentration. Alors oui, injuste, c'était une immense injustice qu'un être de ma trempe fût victime de cette spoliation. Encore... que l'introuvable s' acharne contre les étourdis, les lunaires, les fainéants, les femmes... ce n'est que justice... Mais contre moi... pourquoi?... Erreur, oui, c'était une erreur commise par le secrétariat des Hautes Puissances. Celles-ci régulariseraient sans doute la situation dans les plus brefs délais. En attendant, je me réfugiai dans le l'immobilité grise. Je n'adressai même pas un mot à mon épouse de retour du bureau. Toi, dit-elle, tu as encore ta migraine, pauvre chéri.
Le lendemain, les stylos à plume... volatilisés ! Ce matin-là, touché par le grâce de l'inspiration, je me sentais prêt à écrire un chef-d'oeuvre poétique, un sonnet ciselé selon la plus pure tradition : sans hiatus, césures disciplinées, riches rimes féminines et masculines pudiquement disposées. De quoi emporter à coup sûr le Prix Vespasien doté d'un abonnement illimité aux pissotières de l'Hôtel Duchamp, sponsor du concours annuel de poésie vernale. Mais pour montrer toute la mesure de mon talent (mon génie?), il me faut impérativement MES stylos : encre noire pour le premier vers, verte pour le deuxième, rouge pour le troisième, bleue pour le quatrième. Au second quatrain j'inverse l'ordre des couleurs. Le premier tercet est écrit tout en bleu, le second tout en rouge. Mais ma Muse ne m'accorde ses faveurs que si mon âme s'écoule de ces stylos-là, légués par feu mon grand-oncle Philibert Pleynet, poète fameux, lauréat du Prix Léon Xreid pour son immortel recueil "Rosée des pensées aurorales".
(A suivre...)
Commentaires
1. Le vendredi 20 novembre 2009 à 16:44, par Sissi
2. Le lundi 23 novembre 2009 à 11:49, par phil
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