Jean-Michel Robert

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 28 août 2009

instant capital de la vie littéraire

Un instant, j'ai saisi...Ensuite je me suis dit que j'avais cru saisir...

Ensuite j'ai dit :" J'ai saisi" avec cette sorte de grattouille qu'on peut prendre pour mensonge, mensonge sincère.

Après, j'ai vieilli, et comme je refusais d'avoir un âge, je fus saisi.

C'est à cette occasion que je connus Babette, laquelle, saine, ne saisissait rien, mais prenait et emportait. La vie, quoi... et ses prénoms à la con.

Voilà,

après ma douche et mon rasage, je me suis vu à peu près beau dans le miroir et j'ai hurlé: "Tout le pouvoir aux soviets!" Mais ça n'a servi à rien: mes voisins ne comprennent pas le russe, et ignorent totalement la différence entre la Révolution de février et celle d'octobre... Ils se contentent de dire à leurs gosses:" T'as gueule!... p'tit con!".... Ô avenir...

le hasard et la nécessité

Bon, bientôt huit heure et demie. Je vais aller faire quelques courses (des achats: qu'on ne me confonde pas avec les compétitifs). C'est ce qu'on appelle " le coup de pouce du destin".... Les mauvais esprits disent: "le coup de pied au cul des grands transparents."

jeudi 27 août 2009

à Clément

On allait au square, on passait devant la charcuterie, la charcutière nous offrait des olives noires, au fond du square les lions de pierre ne tarissaient pas d'eau claire, ils avaient des entrailles de source, ils crachaient à flot continu dans un bassin qui ne se laissait jamais déborder, on courait les rejoindre, on s'allongeait près d'eux, on adoptait leur pose, on crachait les noyaux le plus loin possible, Mémé nous traitait de dégoûtant, on n'était pas un fauve limpide.

(Les jupes noires éclaboussent, éd. La Bartavelle, 1991.)

dialogue constructif

Je les ai encore entendus parler de "la moralisation du capitalisme".... Naïfs ?... pervers ?... les deux à la fois ?... (ce qui est plus dangereux)... J'ai parlé à mon chat préféré de la moralisation des partouzes dans les caves, et de la pauvre pelote d'agonie des passereaux entre ses griffes. Il m'a répondu un miaou distrait dont le référent se situait dans l'appétit des chacals. Lois de la nature ?... Non : loi des charognes résignées.

communication à l'académie des sciences

A l'issue d'un long débat nocturne, Eugène et moi nous sommes accordés sur l'essentiel : beaucoup de filles sont belles entre l'âge de douze ans et celui de soixante-deux, après elles sont toutes ma grand-mère, laquelle élève des lapins pour leur apprendre l'italien avec l'accent des petites bonniches qui enterrent leurs maîtres et pleurent l'avenir.

En foi de quoi le présent certificat pour servir et valoir ce que de droit.

Eugène

J'y Aime Erre

mercredi 26 août 2009

à mon cousin de l'"West"

Sur les parquets cette jeune fille de ménage révélait des patinages vertigineux, on envoyait les regards y glisser tout en feignant de lire la biographie de Buffalo-Bill, les Indiens brandissaient des tomahawks fort peu conventionnels, se livraient à des rites qui pour être inédits n'en témoignaient pas moins de leur soif de sacré, le sang charriait tous les galops de l'Ouest, la jeune fille s'en allait, le sol rutilait, ne restait qu'à dépouiller les bisons morts entre les tempes.

manuel

Le temps

ne connaît pas la perspective

Nous devons creuser nous-mêmes

J'ai plein d'espoir sous les ongles

-

(Ed. Le Pont de l'Epée, 1982)

samedi 22 août 2009

épître du surveillant de baignade

J'ai appris récemment que certains "clandestins" du nord de la France louaient Noé de n'avoir pas oublié d'embarquer un joyeux couple de sarcoptes de la gale. Quant aux virus et aux autres microtueurs, ils savent nager, comme les poissons, que Dieu renonça à noyer.

vendredi 21 août 2009

jury populaire

Un comptable, une concierge, un "commercial", un cadre, un plombier, un toubib... décideront que tu es coupable et te condamneront (pas à la peine de mort: ils n'ont plus le droit, les pauvres) sous l'influence des magistrats dont la plus grande hâte est de boucler ton dossier (ta vie).... Résumé: (puisque quelques exceptions luttent contre cette "justice" à peu près aussi évoluée que celle de Thibault d'Aussigny) culte des aveux que t'arrachent les flics en garde à vue, après t'avoir dénudé, enculé, et enfermé dans une cellule merdeuse, non sans avoir menacé tes proches et prévenu le substitut qui suit ton affaire... au téléphone.... dont seule la flicaille a droit de disposer... Voilà la procédure française... Méfie-toi, ça peut t'arriver demain, pour peu que tu ressembles vaguement à quelqu'un qui ne fut jamais toi... De plus en plus de suicides en prison?... Et alors?... Ils n'avaient qu'à être gentils.

avaient qu'à être gentils.

jeudi 20 août 2009

limites

Tu es bon, coléreux, généreux, travailleur et naïf, beau quoi... Pour tous ces attributs, il faudrait inventer un mot qui les mêlent sans en diluer aucun. Je ne suis pas assez poète pour ça.

tentative de verticalité

Comme pas mal d'êtres se sont montrés plus que sympas à mon égard, malgré mes lamentables périodes; je me demande chaque jour comment je serai digne d'eux.

mercredi 19 août 2009

Aimer au noir

Comme elle pleurait dès qu'elle voulait parler, je lui baisais la bouche dès qu'elle s'apprêtait à émettre une parole. Mais j'avais oublié les yeux qui larmaient dès qu'elle voyait, aussi ai-je aboli la lumière. Depuis, nous vivons heureux et à peu près morts.

routine

Ca commence à me lasser: depuis un bon bout de temps, par chez moi, il fait froid l'hiver et chaud l'été.

mardi 18 août 2009

de la politesse machinale

Si vous saviez toute ma haine vague... à me fréquenter, vous me trouveriez gentil garçon.

leçon de choses

Parce qu'il existe quelques dangereux maniaques des reptiles, des rongeurs, de batraciens, insectes, sagesses exotiques, tous des crétins irresponsables qui mettent en danger l'équilibre de notre modeste nature tempérée, on va finir par massacrer guêpes, frelons, tortues, jeunes filles, fourmis, couleuvres, papillons, sauterelles, araignées... Je vous souhaite bel avenir, enfants du gazon pâle. Vous n'aurez même plus peur des sorcières, grâce soit rendue aux chimistes et à ceux qui jugent malin de les payer.

suffrage universel

-Tu lis quels journaux?

- Aucun

- Tu t'informes comment?

- Le 20 heures

- Pourquoi t'es dans la merde à la fin du mois?

- A cause des profiteurs

- Quels profiteurs?

- Mon voisin qu'est chômeur et qui touche plus que je touche alors qu'il branle rien.

- Si tu pouvais toucher ta voisine, tu voterais quoi?

- Je voterais pour elle.

- Mais elle n'est pas candidate.

- Ah, ouais?

- Alors?

- Je voterai blanc.

- Pourquoi pas noir?

- Parce que c'est les rouges.

pour préciser les informations sportives

J'ai pratiqué le ski sous toutes ses formes (sauf nautique), le judo, l'aïkido, le Karaté, presque toutes les disciplines de l'athlétisme (sauf le saut à la perche), le parapente, la natation, la randonnée, le patin à glace...

J'ai gagné (sans trop de fatigue) plein de coupes et de médailles... pour une seule raison: ça m'amusait.

Quant ça a cessé de m'amuser, j'ai pratiqué la vie : aucune médaille, juste un mélange étrange à digérer sans podium. Ensuite ça a cessé, mais je ne sais pas de quoi....

Vite, des médailles !

Oh sport professionnel, lamentable oxymoron...

siège de l'âme

J'ai failli éclater rire en voyant, tout à l'heure, que la cervelle d'agneau était de nouveau en vente au supermarché... Ah cervelle d'agneau cuite au beurre noir! Dire qu'il y eut un esprit en cet amas roso-blanchâtre et coquettement sinueux en surface... Le principe de précaution, un peu enveloppé de transparence frappée de date d'emballage... Je n'ai pas éclaté de rire parce que je ne voulais pas effrayer les gosses qui traînaient autour du rayon (rayon!) avec leur grand-mère. J'imagine les cervelles d'Enstein, de Novalis de Goethe, de Claude François, d'Artaud, de Johnny.... sûr, qu'au beurre noir, ça aurait le même goût que la cervelle d'agneau... Le cortex serait aussi tendre... Bêêêêêê!...

cerisiers

J'eusse aimé être humain, comme à cheval sur une branche, voler des cerises à ce propriétaire qui ne les cueille même pas, tant il ignore son cerisier.

Je vole toujours Mes fruits, à cheval sur rien, et crache des noyaux dont pousseront d'autres riens consolés par les maraudes invisibles, celles qui ne possèdent rien tant elles crachent,

crachats frères et pères et mères des futurs cerisiers, des seigneurs oublieux de propriétaires et de Temps.

lundi 17 août 2009

râler juste

Jadis, mon cousin préféré m'a défini comme le plus grand et pire râleur de ses connaissances.

Bien sûr, j'ai entrepris une étude rigoureuse.

J'ai commencé par quelques râleurs de femmes : "Elles veulent tout et son contraire : l'aventure et la sécurité, la liberté et la protection, laver tendrement les chaussettes mâles avant de se faire la valoche, simuler l'orgasme pour le plaisir de faire plaisir comme prescrit par les magazines et autres vieilles grand-tantes..." Bref : rien de nouveau aux profondeurs du crétinisme.

Ensuite, j'ai abordé les râleurs sociaux : "Tous pourris... l'Homme est bon... l'Homme est mauvais... l'Homme est une nature... La Nature se venge, punit l'Homme indigne d'être de sa mère Terre... Bref : l'Homme, toujours une manière de ne pas penser.

Puis les râleurs cultivés (Bac+ quelques cuites dans les années 60-70) : "Les jeunes sont incultes... violents... sales... drogués... fainéants... dépolitisés et jeunes..." Bref : rétablir la conscription (pour les vrais) et les cours de couture (pour les vraies).

Mais, tout à coup, j'ai à nouveau souffert du genou (ligaments croisés), ce qui, ça va de de soi, m'a interdit d'approfondir ce travail anthropologique.

Mais je ne doute plus que mon cousin préféré avait raison : j'étais bien le pire râleur de râler à la truffe sèche des râleurs.

aarrrgrrrrrrr

dimanche 16 août 2009

langage, miroir du coeur ?

J'ai entendu, lors d'un reportage relatif aux maisons de retraite, une directrice de ces institutions parler de "gestion des stocks". Parlait-elle de nourriture, de matériel ?... Non, elle parlait des vieux.

Bonne chance, joli bébé, déjà stock des crèches, des écoles, du chômage et de la servilité du langage, donc de cette époque.

Puisses-tu bénéficier de la prime à la casse.

samedi 15 août 2009

testament (suite)

LV

Quant à la dame de Cholet,

Ne retire ce qui fut dit

Et même écrit : je veux qu'elle ait

Le saint gardien de mon taudis -

De ne pas croire au Paradis,

N'en suis pas pour autant maudit,

Future proie de combustion -

Mon beau hibou, la seule di-

ginité de mes superstitions.

LVI

Oui, damnation n'est qu'ici-bas

Dont nous serons délivrés tous

Sans plus de ruse et de débat

Que jeune rosée sur la mousse;

Ainsi je lègue mon cabas,

Où l'âme baise la salade

Et l'andouillette mes combats,

A l'Avenir, ce grand malade.

(.../...)

vendredi 14 août 2009

testament (suite)

LIV

Item, tous les très hauts sapins

De Noël à dame Suissesse.

Mon père et l'un de ses copains,

Au lieu de glander à la messe,

Allaient les couper sans faiblesse

Dans les forêts périgourdines

Pour parfumer l'immense pièce,

Rotonde, d'espoir de résine.

(.../...)

mardi 11 août 2009

testament (suite)

LII

Après long repos, j'en reviens

A toi, Max, qui lors de nos rapines

Et frasques de petits vauriens

En descente chez les copines,

Tel un pourceau qu'on assassine,

Montrais si peu de discrétion,

Alertant voisins et voisines

Et sergents du guet en faction.

LIII

Pour tout ce temps au pilori

passé et en glacial cachot -

Puisque au total on a bien ri -,

Je te lègue Pardon tout chaud:

A mon âge plus ne m'en chaut

Le souvenir des vieilles hontes

Car le plus grand des sénéchaux

règlera bientôt tous les comptes.

(.../...)

vendredi 7 août 2009

démocratie

J'entends depuis quelques jours que les vapeurs de Sarkozy lui valent quinze points de sympathie de plus dans les sondages. C'est dire toute la maturité politique des Français. Au total: 45% des électeurs ne voteront jamais à gauche, 45% ne voteront jamais à droite; tout dépend donc des 10% indécis, téteurs de télé. Désolé... le suffrage universel me révolte, mais je n'ai pas trouvé mieux.

jeudi 6 août 2009

Après

ces abominables années 80 et 90, à la dévotion de l'Entreprise, la Compétitivité, la Santé... Bernard Tapie comme veau d'or, Yves Montand comme projecteur de foire, nous en sommes, en ce début de siècle miteux, au retour, tapis sous les pauvres cendres de penser, au retour de l'ordre moral, charognard, racial et fier.

Quand, après dix-sept ans de vie commune avec une adorable, certains curieux me demandaient pourquoi nous ne voulions pas d'enfant, je répondais : "J'ai besoin, pour vivre, d'un vaste domaine d'irresponsabilité." Maintenant, je me contente de leur prêter les journaux.

Je me souviens, j'avais quinze ans, avoir dit à Jacquy que le racisme, l'intolérance, le fanatisme et autres sales habitudes immémoriales s'achevaient avec notre génération. Il me croyait, ses yeux brillaient.

Pas de doute : j'étais un adolescent précoce ; et lui un père.

mardi 4 août 2009

un bon sauvage

les deux pieds plongés dans la nuit dont le ruisseau

noir s'écoule devant le fauteuil

il regarde la fumée de gauloise

ronger le plafond tandis que la radio

lui mâche tristement l'oreille gauche

dimanche 2 août 2009

gare de Lyon (Paris)

Et ces deux-là... 18-20 ans... robes légères de chuchoter les chairs incendiaires. Jeunes vacancières, comme je vous hais d'être si belles à mon âge.