Armen Lubin (3)
Par jean-michel robert, mardi 10 mars 2009 à 08:12 :: COMME çA, JUSTE POUR LE PLAISIR ( Nouveaux visiteurs, avant toute promenande dans ce blog, cliquez la catégorie "avertissement". Merci.) :: #1131 :: rss
CHOIX DE TEXTES
SANS RIEN AUTOUR
à Jean Paulhan.
-
N'ayant plus de maison ni logis,
Plus de chambre où me mettre,
Je me suis fabriqué une fenêtre
Sans rien autour.
-
Fenêtre encadrant la matière
Par le tracé tendre de son contour,
Elle s'ouvre comme la paupière,
Se ferme sans rien autour.
-
Se sont dépouillées les vieilles amours,
Mais la fenêtre dépourvue de glace
Gagne les hauteurs, elle se déplace,
Avec son cadre étonnant
-
Qui n'est ni chair ni bois blanc,
Mais qui conserve la forme exacte
D'un oeil parcourant sans ciller
L'espace soumis, le temps rayé.
-
Et je reste suspendu au cadre qui file,
J'en suis la larme la plus inutile
Dans la nuit fermée, dans le petit jour,
Ils s'ouvrent à moi sans rien autour.
CONCERT PUBLIC
-
Autour du kiosque à musique repeint
La Caisse d' épargne se promène
Et la sécurité s'avance mitre en tête,
Escortée de femmes qui se sont retranchées
Derrière la très belle poitrine,
La poitrine des dimanches de fêtes.
-
Comme la baguette va du premier plan
Jusqu'au ran-tan-plan,
Comme le dimanche s'écoule sans avatar,
Le soleil se couche derrière les platanes
Et la rente monte quelque part.
-
Soudain il neige. Il tombe d'abord des duvets,
Suivis de plumes bariolées
Qui s'unissent pour refaire une voix,
Qui se rassemblent pour reformer
Le plus hardi des coqs gaulois.
-
La trompette tricolore sur ses ergots
Fait marcher au pas la chaisière,
Et le facteur qui assiste au concert
Se sent comblé, il se montre ravi,
Comme s'il avait distribué toute sa vie
La Correspondance de Flaubert.
-
Parlerai-je de la grosse caisse? Non pas!
Là dedans se cache un grand secret.
La nuque d'une belle fille c'est du lait,
Longuement je la bois,
Les gens m'applaudissent devant les arrêts.
-
Oh, chaisière en alerte contre la resquille!
Pour une nuque où quelques fils d'or brillent,
J'ai perdu mon dimanche et perdu toute décence,
Je ne sais ce qu'en dira demain
La Correspondance.
LE PRINTEMPS A MONTPARNASSE
-
Le triangle parfait ce fut toujours le printemps
Et toujours chez nous une fois par an
Il naquit toujours sur une sorte de terre-plein,
Là où se rencontrent les rues Bréa et Vavin.
-
"En sa compagnie ah comme j'aimerais voyager!"
Me disais-je à la vue d'un beau garçon clair.
-
"A comme j'aimerais jouer avec elle sans danger!"
Me disais-je à la vue d'une jeune fille en fleurs.
-
Et les rues Bréa et Vavin se rencontraient
Comme deux cerises accouplées sur une oreille.
-
(A suivre...)
Commentaires
1. Le jeudi 12 mars 2009 à 01:35, par l'insolent
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.