Michel Merlen, la poésie comme quittance du vivre (7)
Par jean-michel robert, mercredi 28 janvier 2009 à 08:07 :: COMME çA, JUSTE POUR LE PLAISIR ( Nouveaux visiteurs, avant toute promenande dans ce blog, cliquez la catégorie "avertissement". Merci.) :: #1048 :: rss
POèMES INéDITS
C'est une question de vie ou de mort. Il ne suffit pas de respirer pour vivre. Le soleil ne m'éclaire plus vraiment. Je suis assis dans ma chambre comme un vieillard et c'est miracle si je ne me couche pas toujours. Je ne vois rien à travers les vitres. Les arbres ne montent pas la garde pour moi. Ils seront toujours là quand je partirai. Je ne voudrais pas m'en aller sans laisser quelque chose, sans laisser un manuscrit qui contiendrait mes vérités. Pour mes enfants et mes rares amis. Mon curriculum vitae est troué par les balles de la maladie. Mon employeur c'est Dieu. Il ne voudra pas de moi aussi longtemps que je ne lui dirai pas la vérité. Et si je n'y parviens pas, très vite, les ténèbres se refermeront sur moi. Je n'aurai pas vécu. Personne n'en saura rien. La mer balancera toujours entre l'ombre et la lumière pour accueillir Marie la Vierge nue, souriante, le ventre plat et plein de la semence de l'écume. Le corps d'une femme me manque. Ici, vivent les grands blessés de l'âge. Les femmes ont des prothèses à la place de leurs hanches de jadis. Elles attendent la fin, bouche ouverte. De jeunes amazones aux seins mirobolants poussent leurs fauteuils roulants.
***
Le cri d'un enfant
N'est jamais une plainte
Du haut d'une terrasse de Carthage
A-pic de huit mètres
Chute fracture du crâne
Tout près des cyclamens
Près de Circé
Les yeux de pierre
Fixent le large
Dommage que le coeur
Soit à l'intérieur
Il fallut que je réapprenne
A marcher
***
J'étais amoureux d'une hirondelle
Qui nichait sous ma fenêtre
Une hirondelle ne pèse que vingt grammes
Répliquait ma belle-mère
Qui avait la main leste
Quand je lui disais
Tu n'es pas ma maman
***
Je récite
La prière de tes seins
Le Te Deum de ton ventre
Eros et ses chiens cavalent
Les fleurs carnivores rient de plaisir
***
Ce n'est pas de toi dont je parle
Toi qui bois dans la gueule
De ton chien-loup
Toi qui sais défroisser les nuages
Juste avant de t'endormir
Mon sang a beaucoup de patience
Il t'attendra
***
Les mots passent en fraude les frontières du réel / Formidable assaut du ciel vert / L'univers palpite sous les doigts de Dieu / Douilles bleues des étoiles stockées dans les galaxies / 15 milliards d'années avant le big bang.
Alphabet des astres trous noirs / Cosmogonies nébuleuses stridences / Voix psalmodiant l'infini / Naître veuf / Gravitation peinture souffle des planètes / Une inconnue nue cherche le grand secret / Percussions sauvages / Violons écorchés qui saignent / Soleils thermonucléaires / Silence du côté des prairies sidérales / Chat monstueux qui, d'un coup de patte, démolit ce qui était encore une nuit / Une main se tend et extirpe le mal / Oui mon enfant de lait et de fougères / Eve sourit et c'est l'éternité / La mémoire du monde prend son envol / Soudain les univers se peuplent de fleurs belles comme le soufre / Une mer inouïe se déchaîne, explose comme de l'eau lourde dans l'espace sans racines / Le silence entendez-vous le silence surgit tel un fantôme.
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