Jean-Michel Robert

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samedi 20 décembre 2008

limaille de poétique (version complète et définitive)

Pas à tergiverser :

seul regard présent

celui qui croise d’évidence

l’étonnement sauvé du massacre

Bien que voltigeamment énergumène

c’était un brave homme qui en toutes saisons

neigeait silence

pour que les mots y laissent des traces de lynx

Le demi-jour

et le regard chuchotaient leur complicité

dans une boîte crânienne

truffée de micros

Lorsque les yeux s’absentent les couleurs

mènent grand tapage Elles volent pillent troquent

mélangent contours chairs et parfums

Seul le rouge sans fruit a peur d’être libre

Notre héros dormait bouche grande ouverte

en un rêve gobeur de manque

Ainsi la capillarité du grand Poumon pouvait purifier

aisément les prosodies inconsolables

Oh tu peux bien

te retourner brusquement

tu ne verras jamais l’enfant

au regard brûleur de nuques

Tu veux savoir ce qu’est

le contre-courant

C’est la mémoire lumineuse :

le sang remonte au flanc de son taureau

Courage ! Aie l’esprit d’épeire !

Sache tisser ce regard innocemment

impitoyable où la rosée meurt

dans le même piège que les mouches

L’infini nez rouge éternue la révélation

d’un grouillement comédien gavé d’alcestes

mais nuancé d’ophélies pendues à l’étranglement

des didascalies coulantes

Il ne mourait pas trop souvent mais

quand ça lui arrivait il s’enterrait

dans la sage dérision pour conjurer le fou

rire saturé de veuves

J’épuise le jour dans mon élevage d’ombres

rigoureuses sélections croisements abstraits urgence

de créer la belle éternelle nuit blanche

la Vierge des chuchotements

En vertu des chimies du lieu

dans la cour de la Sorbonne

une légèreté sans masse se condense

au front de Victor Hugo

Un cri d’atmosphère

capturée par une géométrie tranchante

C’est à peu près ainsi que le regard résume

la perspective douloureuse

Chut Tais-toi Regarde le cirque

Les fauves rejoignent la part féline du silence

D’un fouet flâneur le dompteur encagoulé

soumet à son âme la cage

D’iridescences en jeunes reflets

tout à sa dévotion fruitée

la lumière mûrit à son image

autour du gris à vif

Ce silence taille directement

dans la masse épuisée qui progresse

colonise en dentelles féroces

les vestiges d’une voix sans défense

La lumière en présence n’était pas

assez fluide pour purifier le Temps

laver la voix affranchir le visible

d’un regard rongé par ses propres archives

Des copeaux de langage se rassemblent se mêlent

mélangent se contractent en présent super-dense

Une petite question naïve fait détonateur

Du haut de l’explosion pleuvent des journalistes

Ce craquement des mots

c’est une douleur cachée sous son bois sec

qu’infiniment piétinent

de trop lourdes transparences

climat montagnard (version complète et définitive)

CLIMAT MONTAGNARD


Aux temps où les alpages t’honoraient

d’être tes draps

tu dormais éminemment respirante

Tes seins commandaient au retour des troupeaux

Idéal repos pour le Temps ce paysage

où les sommets frôlent la tête des vieillards

et où la neige

digère les petites communiantes

Selon le décret émis par

la Béatitude pubertaire

il suffit d’une fiole de génépi pour boire

les hauteurs par la racine

Irréversible fonte

la détresse du froid c’est la reptation

invisible du glacier

dans un veuvage de haute moraine

N’aie crainte d’ahaner

au long du pas de l’âne cérébral :

le crâne a été promu

de pavillon d’octroi à refuge des myrtilles

Ici culmine le sens

vertigineux de tomber amoureux

élévation tremblante des grands cœurs

collectionneurs de précipices

poudre d'oiseaux (version complète et définitive)

POUDRE D’OISEAUX


Sur la branche les voyages

se rassemblent et s’emplument

Enfin palpite un nid

où le ciel couve sa part de sang

Tout va bien

les miettes de fraternité tourbillonnent

Aussi peut-on voir le vent partager

le pain entre la pesanteur et les oiseaux

C’est quoi ce bruit ? Ca cogne ça cogne

Ne t’inquiète pas

ce n’est que la panique pointue

du rouge-gorge piégé par ma paresse

La blancheur fanatique

c’est ce cygne craché par une jeune banquise

cette pureté palmipède qui prêche

dans un désert de pages

L’aigle plane couleur d’orage dédaigneux

l’embrasement bêlant entre les serres

En bas la foule rassemble le chant

pour la célébration des foudres avachies

Autour du rire blessé

se resserre le cercle des busards

impatiemment gourmands de voyager

de l’évidence à la charogne

Impitoyables les rémiges de l’épervier

tranchent le temps naïf

La plaie saigne une intangible pluie

vitrioleuse de nostalgies

Perforant les paupières les martins-pêcheurs

sortent des yeux endormis

Dans chaque bec un rêve convulsif

agite encore l’agonie d’aimer

A un vertige épuisé

un vol sinueux de passereaux

entre les flaques de pesanteur

montrait la voie

Apaisement Repos

La femelle grèbe

menue conscience d’étang

balade sur son dos les remords nouveaux-nés