Michel Merlen, la poésie comme quittance du vivre. (5)
Par jean-michel robert, vendredi 19 décembre 2008 à 10:39 :: COMME çA, JUSTE POUR LE PLAISIR ( Nouveaux visiteurs, avant toute promenande dans ce blog, cliquez la catégorie "avertissement". Merci.) :: #942 :: rss
MALAISES RéPéTés
Douleur persistante sous les côtes flottantes. Est-ce la rate, le pancréas? Tension en fougère au mitan du dos. Est-ce le coeur, les poumons? Mais non, c'est la poésie. La poésie qui cogne, taraude, fait les cent pas dans le corps en jachère. Une immense courbature pose son balancier sur les deux épaules du quotidien. Le jeune homme gris veille. Dans l'alambic du lyrisme ordinaire, les instants-citrouilles se transforment en mots-carosses. Michel Merlen est né poète comme d'autres naissent les yeux pers.
Peser sur le langage, c'est chercher querelle à sa généalogie, c'est faire descendre la chair dans les choses. Le repos avant la souffrance, la grisaille avant la beauté, donnant donnant. Sur papier extra strong , le désir obèse pend dans la vacuité des cuisses. Nourriture d'urgence. Vertige de la lenteur. Crécelle des jours somatiques. Chorus sur le front de l'obscur. Le poulpe du dérisoire qui bat sur l'impériale de l'autobus. Michel Merlen épie, ausculte, fait craquer la solitude dans les chorus de Coltrane ou un refrain de Souchon. Griffonnés, graffiti, sans remords, sans retouche. Pas un jour sans poème.
Et soudain, contre le fourgon des mots gris qui stationnent, le foutre des couleurs. Oasis où il fait bon désespérer, où la vie cingle plus fort. Les gradins des stades, les passantes désirables jusqu'aux phalanges, mais surtout les jours chômés des cimaises. Travail en osmose avec les peintres, Rancillac et Ipoustéguy le monumental, tout particulièrement. Fête des pores et de l'acrylique. La tête sort du bloc de plâtre. L'anxiété quitte ses cantonnements. La rue devient possible. Poitrine ouverte, Michel Merlen tisonne les tiroirs de passé amoureux. Tranquillement. Par inadvertance. Presque par effraction.
Sous le plafonnier aux hallogènes, l'orgasme bleu cobalt se mêle aux fragrances des neuroleptiques. Temesta rime avec Kafka et Tranxène avec ultime prolégomène. Black-out. A la périphérie du coeur, la tendresse fait des heures supplémentaires. S'ouvrir au réel. Réapprendre les gestes les plus simples. Prendre possession de ses contraintes. Lutter contre la satisfaction immédiate du plaisir. Dans l'écume de la nuit, faire le brouillon d'une caresse, habiter sa souffrance, voler aux mots ce qu'ils ont de plus urgent. La poésie aussi, ça sert à ça.
Au long des boulevards béants, Michel Merlen tient tête à ses névroses par des zooms d'instants brefs, d'émotions à gros grumeaux, à la limite du permis de vivre, quand le sang n'en peut plus. Toute amnistie de la chair se révèle impossible, la terrible tristesse des manchettes des journaux campe dans la poche-revolver. Un sourire qui s'affaisse. Une nuit d'amour dans une chambre d'emprunt. Le souvenir du bonheur comme une vieille lettre de créance. Des vers sous perfusion, somnambules, insoutenables, tandis que dans le lointain un klaxon bloqué sur deux notes ânonne le mot folie. Regardez donc par la fenêtre, allumez une blonde américaine, scrutez le visage de votre voisine, voyez, il est juste l'heure de lire la poésie de Michel Merlen.
Patrice Delbourg (Préface à Généalogie de hasard)
(A suivre: poèmes inédits, probablement la semaine prochaine...)


Commentaires
1. Le samedi 17 janvier 2009 à 18:49, par Julie Merlen
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