Michel Merlen, la poésie comme quittance du vivre. (4)
Par jean-michel robert, jeudi 9 octobre 2008 à 15:48 :: COMME çA, JUSTE POUR LE PLAISIR ( Nouveaux visiteurs, avant toute promenande dans ce blog, cliquez la catégorie "avertissement". Merci.) :: #811 :: rss
CHOIX DE POèMES.
PLEXUS
plexus picoté d'étoiles
la ville halète
poumons des parcs
où bleuit la lumière
-
le souffle des poitrines
force les portes
elles crépitent
vibrent
-
shoot interne du ventre
-
les fontaines mouillent au large
-
/ entends-tu dans les coulisses
grincer l'iris des banlieues? /
-
ne laisse pas ta peau
sécher comme un edelweiss
sous l'édredon des bureaux
ça suffit
de marcher pour rien
dans l'incendie du quotidien
***
PLACE DE LA BASTILLE
je n'accepte pas de mourir
je n'accepte pas que le sexe de la poésie
ne fleurisse plus dans la galaxie du vivre
faisant monter ainsi le foutre des couleurs
-
je n'accepte plus les chèques de la tendresse
les câlins castrateurs à odeur de linceul
les économies qui vous rasent le poil de l'imaginaire
-
vivent les cuisses lisses du libre
la mise en scène du réel par le hasard
vive le le ventre du soleil
vive vive le con bleu des étoiles
-
vive la grossièreté pure du vivant
les arbres qui branlent la ville
vivent les enfants qui cassent les images
vivent les cicatrices du feu
-
mon père viendra ce soir frapper à ma porte
il porte sur son front le coma
des poèmes qui n'ont pu jaillir
je ne suivrai pas son exemple
je pars à New York à Pâques 86
ma femme a de beaux yeux
***
MARGUERITES DES NOMBRILS
clef de voûte des reins comblés d'azur
il y a des femmes qui sont belles
jusqu'aux orteils
foin des pulls qui brûlent sur leurs seins
queue lisse du billard
qui glisse sur le hasard
ballerines du soleil qui dansent
mèches du ciel qui poussent les nuages
le beau temps tient
grâce au sourire des passantes
***
TRANSFUSION
Sous les feux de la rampe du matin
certains portent tout leur être
sur leur visage
comme si à l'intérieur
ils avaient à peine de quoi vivre
***
23 heures arrêt en gare de Toulon
un réverbère haut perché diffuse
une horrible lueur orange
que recroquevillent les feuillages
-
dans le couloir caoutchouté du wagon-couchettes
femmes pieds nus aux longues jambes bronzées
presque sans short
vont bien plus loin que leurs pensées
leurs cigarettes rougeoient comme
les pointes de leurs seins sous la braise des doigts
-
les rails glissent sur l'été qui s'estompe
-
les coudes sur la barre d'appui
en plein vent
quelqu'un lit un livre de poche
***
LIGNE DE MIRE
les yeux à peine ouverts
en 1/10ème de seconde
la vie la mort l'Eros
cognent
tu respires l'été sur le balcon
tu chancelles
de peur et d'espérance
***
DEBOUT
non je dis non
je ne suis pas mort
pas plus que la charpie de l'eau
quand elle se lève et se regarde
se retourne
non les femmes ne sont pas belles
non elles éclatent avec toutes leurs vis
et l'arc-en-ciel les trousse
et je suffoque en cherchant en elles
un homme inconnu
non les oiseaux ne volent pas
non l'herbe n'est pas tendre
non les violons n'existent pas
non mon bureau n'est pas un cercueil
je n'ai pas d'autre bureau que celui de l'air du jour
***
Ce soir les épaules ont de beaux regards
les cous se penchent les cigarettes montent
le désir est dur
les chaises supportent tout mon espoir
***
TOPIQUE
ils n'ont pas voulu
ni te tuer ni que tu vives
ils ont fait l'amour mal
le hasard d'une naissance
s'est levé
-
ouvre ta gorge
crie
sois bien portant
-
debout
on voit mieux les autres
***
TRANSFERT
le feu gonfle les pages
du manuscrit de la mer morte
à jacksonville in florida
-
les images soudain
ont la chair de poule
-
une main dessine
le glas
une autre augmente
le plaisir
-
tu te cramponnes
au soleil
comme si tu allais tomber
-
(généalogie du hasard)
-
MATRICE
Neuf mois de prison
aux baumettes / puis
parachuté au-delà du
barrage électrifié /
régiment disciplinaire
/ tirs de harcèlement
chaque nuit /
interdiction de se
boucher les oreilles
près des pièces
105,155 gun / vous
avez fait de moi
un sourd /
pourtant moi aussi je
sortais avec mon arme
mais sans cartouches
/ vous avez fait de
moi un
terroriste du bien-être,
un marginal un non-
inséré /
je vous remercie / j'
accuse réception /
J'écris des poèmes.
-
(Terrorismes)
-
(à suivre...)
Commentaires
1. Le vendredi 10 octobre 2008 à 06:53, par Anna
2. Le mercredi 15 octobre 2008 à 19:10, par Claude Vougeot
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