Michel Merlen, la poésie comme quittance du vivre (3).
Par jean-michel robert, mercredi 8 octobre 2008 à 10:54 :: COMME çA, JUSTE POUR LE PLAISIR ( Nouveaux visiteurs, avant toute promenande dans ce blog, cliquez la catégorie "avertissement". Merci.) :: #807 :: rss
CHOIX DE POèMES
THE DARK SIDE OF THE MOON
à Elise D...
Je respire la fenêtre est ouverte
je respire pour que ma vie s'ouvre
je ne cherche pas mes paroles
elles viendront toutes seules
j'en suis sûr
les mots sont comme des vagues
ils éclairent
l'espace de la mer
les mots les mots
j'ai envie de les découdre
et de respirer
j'aurai la générosité nécessaire
je chercherai la transparence
de chaque lettre
***
ROI DU QUOTIDIEN
à Jacmo
La route devient de plus en plus lumineuse. Oui. Les maisons attendent des oiseaux inconnus. Les enfants ne croient pas au malheur tellement le jour rebondit à chacun de leurs pas. Vers plus de lumière, justement.
Le travail est le plus grand entrepreneur du merveilleux. Bonheur des êtres. Bonheur des heures. Le fond du temps est un cercle qui brille toujours de la même lueur. Nous sommes unis au réel par des liens éternels et le monde n'est jamais assez entier.
Stratégie fertile du silence qui conduit à la conquête de l'esprit des mots, au sens profond des lignes. Solidarité des images qui illuminent à l'intérieur l'homme qui se lève, roi du quotidien.
***
AU PLUS VIF DES VIVANTS
Je veux qu'on le sache
j'ai de l'admiration
pour tout ce qui est vivant
pour le pain chaud de tes cuisses
les fraises de ton sexe
pour les nuits blondes de tes pupilles
je veux qu'on le sache
j'ai des balafres j'ai des plaies
je sors des hôpitaux
pour me soigner
au vent cinglant des villes
à l'iode du sourire des filles
mais le métro mâche mes mots
les voitures m'évitent
je glisse sur les boulevards
comme une boule de billard
je fais la queue dans les jardins
mes pas bâtis à la hâte
deviennent sommaires
je ne sais plus pourquoi je marche
***
Il ne suffit pas de pénétrer l'autre
pour sortir de soi
***
ISTHME
Comme les élancements avec le sang ouvert
vers la mousse des lèvres le biseau blond
l'oblique du premier regard
l'impatience au poignet je respire le bleu des gares
Quel gouffre, la ville, avec ses places qui tanguent
ses rues qui tombent à pic
ses bars où les chômeurs s'étendent
paroles stalactites.
La foule déhanchée
glisse, s'enfuit, disparaît au tournant
vrille des domiciles.
Comme la certitude d'être vivant
en recueillant au creux des mains
la clé de son sourire.
Soulevant sa chevelure
je découvre l'épure illuminée de l'autre
l'été sur le front perle,
les yeux disent les mots perdus au fond du corps.
Comme un chasseur je traverse la vie
perds presque pied en regardant les arbres
le fil à plomb des grues les brèches.
Comme un otage je marche
en échange on réclame ma place.
***
LÖWENBRÄU
Et
une bière blanche
dans ce foutoir interne
qui est mon corps
avec ses yeux qui ne voient pas
le corps des chiennes belles
qui ont du chien
Tiens! c'est la nuit
blafards, les spots des sex-shops
blanchissent les pêcheurs bredouilles
langue morte des lendemains.
***
BEAU TEMPS
Essor voluptueux de l'été ce matin
palpitation des hanches
bourgeonnement des seins
effraction de l'azur.
Le regard regarde l'autre agrandi de clarté
les mots de tous les jours rayonnent
dans le journal.
Il se peut que les rêves reviennent
pulpe mêlé au désir
toucher les doigts ivres.
Il se peut aussi qu'une seule libellule
suffise
pour susciter, splendide,
la crudité des sens.
***
PROFESSION DE FOI
Je ne crois plus en mon langage
version surannée
du retour à l'amphore poreuse.
Au lieu de donner ma langue aux autres
je la tourne sept fois dans ma bouche.
Les mots qui en sortent
passés au crible de la tête
tombent
sept fois stériles.
Amère perversion de celui
qui ne veut pas renaître.
Mes écrits ne sont pas corsaires
mon code de papier
a la couleur minium de l'attente.
Mon mythe, cheval d'attaque
galopant à rebours,
se conjugue au futur.
***
BRèVES
Une main d'enfant dessine l'oreille du silence
les veines caressent le corps à l'intérieur
la vie change de visage tout à coup devant les ruines.
-
Quelques paroles pourraient me sauver
ou peut-être une licorne, le soir.
(Borderline)
***
MATRICE
Neuf mois de prison
aux Baumettes / puis
parachuté au-delà du
barrage électrifié /
régiment disciplinaire
/ tirs de harcèlement
chaque nuit /
interciction de se
boucher les oreilles
105,135 gun / vous
avez fait de
moi un sourd /
pourtant moi aussi je
sortais avec mon arme
mais sans cartouches
/ vous avez fait
de moi un
terroriste du bien-être,
un marginal un non-
inséré /
je vous rmercie / J'
accuse réception /
j'écris des poèmes.
("Terrorismes")
-
(à suivre...)
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