THE DARK SIDE OF THE MOON

                        à Elise D...

Je respire la fenêtre est ouverte

je respire pour que ma vie s'ouvre

je ne cherche pas mes paroles

elles viendront toutes seules

j'en suis sûr

les mots sont comme des vagues

ils éclairent

l'espace de la mer

les mots les mots

j'ai envie de les découdre

et de respirer

j'aurai la générosité nécessaire

je chercherai la transparence

de chaque lettre


***

ROI DU QUOTIDIEN

                             à Jacmo

La route devient de plus en plus lumineuse. Oui. Les maisons attendent des oiseaux inconnus. Les enfants ne croient pas au malheur tellement le jour rebondit à chacun de leurs pas. Vers plus de lumière, justement.

Le travail est le plus grand entrepreneur du merveilleux. Bonheur des êtres. Bonheur des heures. Le fond du temps est un cercle qui brille toujours de la même lueur. Nous sommes unis au réel par des liens éternels et le monde n'est jamais assez entier.

Stratégie fertile du silence qui conduit à la conquête de l'esprit des mots, au sens profond des lignes. Solidarité des images qui illuminent à l'intérieur l'homme qui se lève, roi du quotidien.


***

AU PLUS VIF DES VIVANTS

Je veux qu'on le sache

j'ai de l'admiration

pour tout ce qui est vivant

pour le pain chaud de tes cuisses

les fraises de ton sexe

pour les nuits blondes de tes pupilles

je veux qu'on le sache

j'ai des balafres j'ai des plaies

je sors des hôpitaux

pour me soigner

au vent cinglant des villes

à l'iode du sourire des filles

mais le métro mâche mes mots

les voitures m'évitent

je glisse sur les boulevards

comme une boule de billard

je fais la queue dans les jardins

mes pas bâtis à la hâte

deviennent sommaires

je ne sais plus pourquoi je marche


***

Il ne suffit pas de pénétrer l'autre

pour sortir de soi


***

ISTHME

Comme les élancements avec le sang ouvert

vers la mousse des lèvres le biseau blond

l'oblique du premier regard

l'impatience au poignet je respire le bleu des gares

Quel gouffre, la ville, avec ses places qui tanguent

ses rues qui tombent à pic

ses bars où les chômeurs s'étendent

paroles stalactites.

La foule déhanchée

glisse, s'enfuit, disparaît au tournant

vrille des domiciles.

Comme la certitude d'être vivant

en recueillant au creux des mains

la clé de son sourire.

Soulevant sa chevelure

je découvre l'épure illuminée de l'autre

l'été sur le front perle,

les yeux disent les mots perdus au fond du corps.

Comme un chasseur je traverse la vie

perds presque pied en regardant les arbres

le fil à plomb des grues les brèches.

Comme un otage je marche

en échange on réclame ma place.


***

LÖWENBRÄU

Et

une bière blanche

dans ce foutoir interne

qui est mon corps

avec ses yeux qui ne voient pas

le corps des chiennes belles

qui ont du chien

Tiens! c'est la nuit

blafards, les spots des sex-shops

blanchissent les pêcheurs bredouilles

langue morte des lendemains.


***

BEAU TEMPS

Essor voluptueux de l'été ce matin

palpitation des hanches

bourgeonnement des seins

effraction de l'azur.

Le regard regarde l'autre agrandi de clarté

les mots de tous les jours rayonnent

dans le journal.

Il se peut que les rêves reviennent

pulpe mêlé au désir

toucher les doigts ivres.

Il se peut aussi qu'une seule libellule

suffise

pour susciter, splendide,

la crudité des sens.


***

PROFESSION DE FOI

Je ne crois plus en mon langage

version surannée

du retour à l'amphore poreuse.

Au lieu de donner ma langue aux autres

je la tourne sept fois dans ma bouche.

Les mots qui en sortent

passés au crible de la tête

tombent

sept fois stériles.

Amère perversion de celui

qui ne veut pas renaître.

Mes écrits ne sont pas corsaires

mon code de papier

a la couleur minium de l'attente.

Mon mythe, cheval d'attaque

galopant à rebours,

se conjugue au futur.


***

BRèVES

Une main d'enfant dessine l'oreille du silence

les veines caressent le corps à l'intérieur

la vie change de visage tout à coup devant les ruines.

                        -

Quelques paroles pourraient me sauver

ou peut-être une licorne, le soir.

(Borderline)


***

MATRICE

Neuf mois de prison

aux Baumettes / puis

parachuté au-delà du

barrage électrifié /

régiment disciplinaire

/ tirs de harcèlement

chaque nuit /

interciction de se

boucher les oreilles

105,135 gun / vous

avez fait de

moi un sourd /

pourtant moi aussi je

sortais avec mon arme

mais sans cartouches

/ vous avez fait

de moi un

terroriste du bien-être,

un marginal un non-

inséré /

je vous rmercie / J'

accuse réception /

j'écris des poèmes.

("Terrorismes")

-

(à suivre...)