Jean-Michel Robert

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vendredi 31 octobre 2008

casse

fin de matinée ses feuilles brillent une fortune appel au casse tendre et or le froid renaît lumineux d'être visages regards sourires croisés éternité epsilon bonheur rapide comme une extase de piaf coeur de l'infime où de toute évidence la vie sera belle toute la vie

mercredi 29 octobre 2008

Travailler plus pour gagner plus? Négocier entreprise par entreprise?

Puisque, ces derniers temps, on l'a déringardisé, nous avons interrogé Karl Marx. Voici sa réponse:

"Le maximum de profit n'est limité que par le minimum physiologique de salaire et le maximum physiologique de la journée de travail.

Il est clair qu'entre ses deux limites du taux maximum de profit, il y a place pour une échelle immense de variations possibles. Son degré n'est déterminé que par la lutte incessante entre le capital et le travail; le capitaliste essayant continuellement d'abaisser les salaires à leur minimum physiologique et de prolonger la journée de travail à son maximum physiologique, tandis que l'ouvrier exerce constamment une pression dans le sens opposé.

La chose se réduit à la question du rapport des forces des combattants.

En ce qui concerne la limitation de la journée de travail en Angleterre ainsi que dans tous les autres pays, elle n'a jamais été réglée autrement que par l'intervention législative. Sans la pression constante des ouvriers, agissant en dehors, jamais cette intervention ne se serait produite. En tout cas, le résultat n'aurait jamais été obtenu par des accords privés entre les ouvriers et les capitalistes. Cette nécessité même d'une action politique générale est la preuve que dans la lutte purement économique, le capital est le plus fort..."

Salaires, prix et profit. (Ed. Sociales)

certificat

J apostrophe, soussigné Evanescence Morne, atteste que, à la date et à l'heure susmentionnées, les distances, le temps et la stupeur, en leur communion métallique, grincent vachement.

En foi de quoi, le présent certificat fait pour servir et valoir ce que de droit.

E.M.

mardi 28 octobre 2008

Quatre heures,l'heure du réveil idéal.

les balcons porteurs de femmes nues

se perchent dans les arbres du parc

les morts halètent les parfums du pubis inondé de paupières

le vertige pilote ses fenêtres

tandis que cheminant lentement au long de nos gouttières

les somnambules sourient leur équilibre

lundi 27 octobre 2008

pieux mensonge

son nez s'élève et se fixe

au milieu du front

sa bouche s'est nichée

entre ses yeux clos

ses oreilles toussent

et maintenant ce sont les cheveux

de sa grande soeur

qui lui poussent au menton

certes tout ça lui fait horriblement mal

mais il ne s'inquiète pas :

ses parents lui ont dit : c'est normal

c'est la puberté qui commence

dimanche 26 octobre 2008

ça passe

Passer à l'heure d'hiver est assez dérisoire quand, toutes les nuits, le temps passe hors saison.

samedi 25 octobre 2008

sens

Sûrement, ça voulait dire... mais pas dire ça. Aussi ai-je rejoint mes frères, lapsus de la nature.

vendredi 24 octobre 2008

diagnostic

Ces caprices douloureux de la nuit... Appelons ça "spasmes métaphysiques."

lundi 20 octobre 2008

courtoisie de la fatigue (déférence gardée envers Guy)

Malgré les quatre heures et demie de train, j'ai connu aujourd'hui une belle classe de troisième (classée ZEP), et des grands yeux qui reflètent à la fois l'étonnement de voir et celui de trouver les mots de voir.

vendredi 17 octobre 2008

Proverbes chinois (1)

"Quand le sage montre la Lune, le plus sage s'en fout."

-

" Quand la Lune montre le sage, elle manque de doigts."

-

" Quand le sage est reconnu tel, la sagesse prospère au boxon."

-

"Quand le sage a compris l'accumulation primitive du capital, il consulte les dingues."

-

" Quand "quand" te demande "où?", sois ailleurs."

Pour en finir avec une discussion, entre autres temps perdus:

Je n'ai peur de rien, pour moi: mon assemblage de molécules se dispersera à un moment ou l'autre. "Rien de nouveau", comme disait Essenine.

La seule chose qui me fait peur c'est la souffrance et l'absence des personnes que j'aime.

Quant aux autres, ils ne savent même pas que j'existe, tant ils n'existent pas.

projet lumineux.

Tiens, c'est le matin. Mais sans jour, comme d'habitude.

Soyons soleil: ça sera moins fatigant qu'espérer.

didactique

Certaines nuits, on est apte à comprendre ce que l'on sait depuis toujours.

Remarque: on n'éclate pas de joie pour autant et si peu.

jeudi 16 octobre 2008

conspirationnisme (à la mémoire de Robin)

Je veux bien: ne tombons pas dans la parano. Mais affirmer qu'il n'existe aucun complot, c'est de la naïveté assez proche de la modeste connerie. Voyons: Hitler au pouvoir fut un complot ourdi par tout ce que l'Allemagne, mais aussi toute l'Europe, comptaient de gros industriels et de fanatiques, l'arrivée au pouvoir de de Gaulle en 58 fut un coup d'état tripoté de longue main, la journée des dupes, le massacre de la St-Barthélemy, le coup d'état de Pinochet, la protection de Franco par tous les états "démocratiques", l'OMC, l'AGCM, le FMI... Bon, j'ai la flemme de continuer. Juste dire qu'il n'y a pas de complot total, général, mondial... mais une somme de microcomplots qui finissent tous par un plein accord et la même conséquence: crever les plus pauvres pour faire rire les plus riches (dans leur yacht (ils disent "ïôtt", alors que la prononciation est fausse) ), et leurs putes. Robin des Bois l'a dit avant moi. Marx aussi (plus argumenté). Mais les flèches, nom de Dieu!... les flèches, nom de rien du tout!

géographie

La tristesse et l'ennui ne sont plus un état d'âme, mais l'état des lieux. Nulle part est l'arrivée de toute distance. Bon voyage.

diablog (déférence gardée envers Roland Dubillard)

- Mets ta robe noire, et dis-moi "Non! Non!' quand je te sauterai dessus, mais avec des poses d'acquiescement, comme l'autre jour.

- Impossible, la robe est dans la machine à laver.

- Les "Non! Non!" aussi ?

- Non.

- Très bien: l'amour existe encore.

sciences naturelles

les ronds dans l'eau de l'étang se prenaient pour de la philo

les bernaches du Canada jouaient les bernaches nonnettes

les grèbes avaient vendu leur huppe

les chômeurs leur femme

les femmes leur reflet

on chantait dans le désert qu'on appelait "rues"

les chiens aboyaient les caniveaux

les caniveaux miaulaient la chute des corps

humains

c'était le moment ou jamais

et jamais était le plus musclé

bref

c'était le bon temps

le pire vint après

précédé de et par ses pectoraux (pas de pitié pour les prépositions)

gonflés d'avenir

mercredi 15 octobre 2008

Gros et édifiant débat entre journalistes (toujours les mêmes depuis un siècle):

Pourquoi siffle-t-on "La Marseillaise" lors des matches de foot?

Parce que la France est majoritairement raciste, parce que les stades de foot sont les espaces de communion des financiers et des cons - ô guirlandes d'abrutis en tribunes - parce que faire du pied à la baballe n'eût dû rester qu'un jeu, parce que l'hymne national a perdu tout son sens révolutionnaire, (il suffit de voir les sous-officiers s'élever au long de leur dignité mal repeinte à la pauvre hauteur de ce chiffon promu drapeau) parce que le sang impur n'abreuve rien que la misère, que le sang pur n'existe pas plus que les sillons de l'Eden, parce que le cynisme des riches et de leur valetaille (tiens, encore les journalistes) osent leur viande, parce que tant que les comités des coquelicots insurrectionnels n'imposeront pas la dictature des fragiles, ce sera pire, camarades, pire de matin en matin, de lâcheté en lâcheté. Ensuite ce sera enfin la nuit, la vraie.

BONNE NOUVELLE !

Développons:

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Soyons sérieux:

UN PEU DE LITTéRATURE (CLASSiQUE):

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Quand ce qui reste de dignité

aura enfin envoyé dieu se faire "adorer" par ses archanges, Gabriel étant le plus pointu, qu'Adam agonisera dans les sables mouvants du loto ou les gouffres du golf, Eve s'avisera enfin que sa pudeur ne fut jamais protégée par une feuille de vigne, mais de figuier, et que le fruit défendu ne fut jamais une pomme, fruit à la con... Alors peut-être saura-t-elle qu'elle est une femme, qu'il lui suffit de sourire pour que tous les fruits poussent et inventent la saison de ses caprices.

Tuer? Rien de plus facile.

AU PETIT FAUCON, UN TRUC DE "CHAMPION" D'HAÏKIDO.

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mardi 14 octobre 2008

Question:

Qu'est-ce qu'une belle carrière?

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une chanson de Souchon que je ne connaissais pas:

Si vous voyez dans ma poitrine le chantier / il se peut que comme moi vous chantiez...

-

Pour la musique, à vous la poitrine.

blues

Cette fois c'est la voix de Victoria qui me parvient du fond des âges. Je serai donc un gentil garçon, aujourd'hui, béni par la musique du Temps noir.

En plus, elle était belle.

lundi 13 octobre 2008

bricolage inspiré

J'avais envie d'énoncer plein de trucs violents, provocateurs, injustes, émeutiers, terroristes, enragés... mais une dame, au téléphone, avait une voix féminine... Aussi vais-je rebricoler ma colère.

saine autocensure

Si j'essaie d'être honnête, de considérer toute les données, toutes les volées, je n'ai pas le droit de dire: "Je suis malheureux". Aussi ne le dis-je.

beauté de la jeunese

à l'époque ils étaient plusieurs

plus moi

pour avoir le droit d'être "on"

mais comme ils comptaient mal

ils étaient plus ou moins

mais peu importent les chiffres

on se marrait bien

les éclats de rire éclaboussaient toutes les curieuses du quartier

ça ne manquait pas

toutes les sales gueules avaient un nez en forme de fenêtre

mais incapables d'éternuer la transparence

Loulou chantait comme toujours "Les anges se ramassent à la pelle".

Kikou les roulaient

Didoc buvait le grand soir (la soif n'a pas suffit)

Bidou tuait à mort tous les rois mal vêtus

Isidorrrrr dormait des ronflements à faire trembler le Palais de Justice

Kéloët dégueulait son passé

on n'a pas pensé à recopier

ça aurait fait "Les mémoires d'un Fran, d'un Fran, d'un Fran, d'un Fran... après je ne me rappelle plus"

Il en va ainsi de certaines syllabes qui croient savoir

Junégon saoûlait les accordéons

Christignoff vomissait des ruelles

Ploutrige braillait des billets de banque

Loustignac les ramassait

C'est ainsi qu'on devint raisonnables

à celles et ceux qui suivent le feuilleton.

Cette fois, l'épeire - je fais mine de croire que c'est la même - a tissé sa toile de sorte que ni les volets ni la fenêtre ne détruisent sa destinée. Je l'ai donc admirée. Ensuite je suis allé apprendre à l'épicier que les araignées ne sont pas, n'ont jamais été des insectes. Je suis utile.

industrie de la conserve.

C'est marrant: quand j'aime une personne, je ne cesse pas de l'aimer du jour au lendemain. Il va falloir que j'accumule dans mes caves des conserves de jours et de lendemains, l'indifférence comme ouvre-boîtes. Je serai enfin humain.

vanité, comme de coutume, et comme si de moi n'était.

J'essayais de faire comprendre, dtaleur, que le Bonheur n'était que le petit frangin morveux de la fugacité, que notre âme se devait alors d'occuper la présence d'un mouchoir. Mais je n'ai pas convaincu. Bon, je ne suis pas bon tribun. Je retourne aux reniflements de se souvenir.

précis de mythologie

Une des plus belles chansons du monde, du système solaire, des galaxies et du big bang - quand il n'était pas "big" et tétait sa maman - qu'on appelait Absence au caboulot du village -, c'est Pénélope, de Brassens.

"Les petits ponts de bois" peuvent toujours s'aligner au courant de leurs bouillies lessivâtres, Ulysse, malgré ses détours, ne méritera jamais l'insomniaque Pénélope.

Ainsi, sans le moindre scrupule, j'ai le droit de tenter ma chance, à la guitare et à Oh35.

dimanche 12 octobre 2008

Voir

J'essayais ce soir de trouver les mots pour traduire mon amour de l'esquisse, la main qui fait de quelque traits la survie de l'instant, la voix qui au dernier moment ne trouve que l'urgence de dire; elle se détaillera plus tard, trop tard. Le carnet, confesseur choisi par la naïveté de voir, tout simplement, sans autre regard que celui de la stupeur.

actualités

Je viens d'apprendre qu'en ces temps où nos ennemis de classes aggravent leur casse systématique de l'école, de la médecine, des tribunaux de proximité, du droit du travail, des libertés individuelles, du revenu des handicapés, du droit d'asile... Nos bons "socialistes" envisagent de continuer à boire la morve où ils pataugent (sens de l'adaptation). Ils appellent ça "congrès". Au secours !... Debouts les morts !... et, poussez-vous, laissez passer Jaurés, Lucie Aubrac, Germaine Tillon et Maïakovski...

Une amie m'a dit:

"Décidément, tu as le coeur à gauche..." Mais comme j'avais égaré cet organe - muscle involontaire -, il a fallu chercher. On l'a retrouvé dehors.

Mort aux tièdes!

Aux temps où l'on maîtrisait le vacabulaire, on ne disait pas "créateurs d'entreprises", "investisseurs", "DRH", et autres euphémismes, maquillages... On disait: "ennemis de classes". Le signifiant faisait encore peur au référent. Soyons méchants, le sens suivra.

samedi 11 octobre 2008

Précis d'Histoire (complément à Hésiode)

L'hirondelle n'était pas très sympa avec son récurrent chantage aux bourgeons, le blaireau résigné suivait la voie de sa disparition, le lapin suivait une formation d'aviateur rongeur de latitudes, le cerf pleurait des bois, le chevreuil était bourré - comme d'habitude -, le chien récitait La Fontaine, la cigale rotait le soleil, les fourmis se déguisaient en mots, les chats miaulaient des caves, les rats grignotaient leur nostalgie, les chevaux trébuchaient sur leur beauté, les cacahuètes blaguaient des papillons, les ailes quémandaient des oiseaux, les plumes faisaient la queue d'écrire, les blattes se faisaient blues, les hiboux écarquillaient l'absence, les cigarettes toussaient le cancer de rire, les crapauds charmaient le chant, les kangourous ricochaient sur les flots à sec, le loup s'exilait dans son pelage, l'ours devenait abeille, l'abeille devenait ponctuation des fruits, les pommes écrivaient les mémoires du cidre... Bref: la nature se faisait mousser, et la mousse jouait l'écume. Ainsi naquit Aphrodite.

anatomie des saisons

au petit faucon

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vendredi 10 octobre 2008

l'ironie des cratères.

Tiens, au bord de ma béance, j'ai trouvé une sandale... Empédocle?... Bon signe?...

poésie murale

Sur un mur de la gare, des doigts voyageurs et inspirés ont inscrit à la peinture noire: "NIQUE LA MEUF !" Fini le temps de "KILROY WAS HERE". Bon, je m'absente avec mes déceptions pour seule compagnie, admirable fidélité du petit personnel.

Comme je le disais cette nuit même à une très très vieille amie:

la plus belle ponctuation d'être furent les deux points: ils ouvraient l'avenir. Après leur office, un coquelicot a poussé dans le sablier immobile.

(furent, ou fut: "les deux se disent, ou se dit." Vaugelas)

jeudi 9 octobre 2008

Michel Merlen, la poésie comme quittance du vivre. (4)

CHOIX DE POèMES.

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calmement, sereinement politique.

Démocratie?! Laissez-moi rire, et dégueuler, ricaner ou vomir -"ou" inclusif... Si j'ai bonne mémoire, les derniers "socialistes" exerçant quelque pouvoir en France ont signé dans l'enthousiasme dégoulinant toutes les déréglementations de la finance, le grand pet dans les narines du travail, "On n'y peut rien", se grattait Jospin, signataire des manigances de Lisbonne et de Barcelone qui livrent ton facteur, mémé de l'Indre, au vortex du capital. Les Français votèrent NON, en 2005, les grands prêtres ont fini par lever les divinités contournantes. Ô, la magie de Ségolène: "fraternité, fraternité!", vertigineux crétinisme qui broute sa "boum"; on en pleurerait si on était sûr de nos yeux. Seul espoir: la grève générale européenne, sinon préparez votre âme au martyre de l'anus.

mercredi 8 octobre 2008

pour une nouvelle axiomatique (29)

Dans l'infinie nuit blanche du naïf, tous les possibles roupillent.

Corollaire: l'impossible est le pyjama des lendemains.

Michel Merlen, la poésie comme quittance du vivre (3).

CHOIX DE POèMES

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exaltation incomplète

Vivent les ploucs, les hors tendance, vivent les paumés dans leur paumes gribouillées d'illisible , les laboureurs, les blessés de leurs sillons, le gris hurleur de ciels, le soleil flemmard bavant vaguement un Est vaseux, les balançoires du vertige, la chute des eaux suicidaires, la sueur au front des prolos de la nostalgie, la pipistrelle qui du front fait un grenier, le grenier qui d'une poupée fait une enfance, vivent la pluie sur le crâne de la sagesse, la calvitie de l'espoir, l'hymne coquelicot, le rat qui ronge le jour, les mots qui digèrent le silence, le silence qui défèque la fable, les voix égrées dans la toux, l'équilibre qui doute, vivent les drapeaux troués qui éternuent leurs couleurs, les rencontres déchirées bégayant leur transparence, le culot des insectes et des amours d'être visibles, la sève qui pactise avec les yeux fermés, les rires dans le miroir inerte, vivent les chiens qui laissent leurs puces aboyer, vivent les clowns au trapèze avec les feuilles hors saison, le cafouillage de trop voir, le vent dans l'émotion jupe-culotte (déception garantie), l'amour fou en son asile, la brillance des lèvres, les fruits improvisés à chaque caprice du rouge, le rouge opportuniste de la timidité, de la révolte, de la honte, de la colère, des joues giflées et des fuchsias, le temps qui pleurniche ses lilas, le sommeil des loups dans la rage fauve, les fées qui pétaradent dans mes chaussons, vivent les chats félinement eux-mêmes, vivent les passereaux dont ils font un petit jeu agonisant, les vieilles dames dont la vie se distribue déjà en bijoux sans mémoire, les routes pluvieuses frissonnant les lumières, vivent les héros incompris, ils ont sauvé le Monde mondain de l'évasif, vivent les pâquerettes qui rappellent au désordre le vert des gazons pleutres, l'immensité assoiffée de grands yeux, vivent les maladresses d'éprouver, de risquer ce qui reste de soi, les chatouilles par surprise sous les doigts sans empreintes, les soeurs des copines de la miséricorde, le courant d'air entre le naître et le mourir, le rhume qui s'ensuit, bref: vivent les détails.

mardi 7 octobre 2008

Michel Merlen, la poésie comme quittance du vivre (2)

BIBLIOGRAPHIE

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lundi 6 octobre 2008

Michel Merlen, la poésie comme quittance du vivre.(1)

Dès que l'ennui tourne le dos, je rejoins quelques êtres et lieux de ma micromythologie, certains parcours tirent toutes les courtes pailles du rituel, les rues infatigables. Le regard picote les lumières et les rapines à venir.

Années 80. Presque chaque semaine, avant le rendez-vous au Pont de l'Epée, j'inspecte mes librairies. Chez Oterello, surréalisme, livres précieux, espèce protégée. Emiettant mille minuties, le propriétaire m'accorde le privilège de feuilleter l'édition originale de La sauterelle arthritique. Mine de masque au mur, André Breton, les yeux fermés, protège les bonds, les souffrances ironiques de la petite Gisèle. Au Partage des eaux Alex a sauvé de la noyade deux exemplaires de Poètes d'aujourd'hui: Roger Gilbert-Lecomte et Saint-Pol-Roux patientent au sous-sol. Se sont-ils compris? Dans la vitrine de Tshann le reflet d'Yves Martin ricane à l'infini. Aucun doute, le petit jour a fait bouillir son vin. Quelques restos, quelques cafés plus loin, L'oeil écoute. Sous surveillance du cyclope claudelien, je maraude dans les oeuvres complètes de Marcel Aymé -cuir bleu- illustrées par Topor, lequel , tombé amoureux de la Vouivre, laisse l'inspiration se balader pieds nus dans la sinuosité des vipères.

Mais l'inspection la plus longue, celle qui exige la patience méticuleuse de démineur, m'attend rue du Cherche-Midi, à la librairie des éditions du même nom, qui abrite également les publications des éditions Saint-Germain-des-Prés. Dans les rayons, des milliers de recueils se blottissent comme des orphelins; mais l'expérience instruit la méthode: je n'effectue mes prélèvements que dans la contexture des collections Poètes contemporains, Haut langage, Poésie pour vivre, Blanche. Les autres étiquettes constituent l'immense quantité négligeable des victimes de la flibuste. J'ai ainsi lié connaissance avec Alain Morin, hallucination errante; Jocelyne Curtil au point de non retour; Daniel Biga, le volatile Mohican; André Shmitz, dompteur d'éclairs rapaces; tant d'autres...Cette fois, c'est La peau des étoiles qui attire mes doigts. Auteur: Michel Merlen. Je lis: "Les femmes sont des puits où je n'ose descendre / pourtant d'elles montent des enfants"... Ecriture autodéfense, vers atémis; le titre ne ment pas: trouver les mots pour soulager l'épiderme à vif des lueurs trop lointaines.

Michel Merlen incarne par excellence le poète tel que l'envisageaient Jean Breton et Serge Brindeau, en 1964, dans Poésie pour vivre (Manifeste de l'homme ordinaire): "La vie ordinaire devient trop enlaçante pour qu'on la néglige, c'est elle que nous inscrivons." Mais aussi: "Le langage à son tour irrigue le monde qui l'a fait naître, il exprime comme il peut le "réel", mais il le transforme, et cette métamorphose paraît plus vraie que l'expérience primitive... Que votre écriture soit aussi insolite et contradictoire que la magie ordinaire..." Il ne s'agit donc pas d'énoncer banalement la banalité; pour ça, nul besoin de poètes. Il se trouve pourtant des escouades d'auteurs qui, semble-t-il, ne retiennent que la première phrase de l'extrait cité plus haut. Aussi une multitude de textes indigents, sous couvert de "lyrisme ordinaire", ont-ils été promus poèmes, quand bien même ils se satisfont de traînasser au ras - pas même des pâquerettes.

Le quotidien, l'ordinaire, certes, mais en perpétuel mouvement avec l'imaginaire, la colère, l'émerveillement, la violence, l'amour... et surtout, surtout: le style. Celui de Michel ne saisit la banalité, le "jour le jour", que pour en révéler le chant, "l'absence absolue de frontières", blues , souvent, du temps rauque, déréliction nomade qu'éclairent fugitivement la beauté féminine ("Je veux qu'on le sache / j'ai de l'admiration pour tout ce qui est vivant / pour le pain chaud de tes cuisses / les fraises de ton sexe..."), la mer en marées-marelles d'enfance, le génie de certains lieux: Hyères, la Tunisie, quelques dédales parisiens (" Je n'étais pas encore blessé à mort quand j'étais à Tunis, à Hyères, à Port Cros"). La blessure originelle: l'abandon. Fils de l'absence, mère "made in America", Michel sait que la plaie ne cicatrise pas, elle saigne ailleurs, et l'âme se heurte au front du père - qui aurait voulu écrire - ("ils n'ont pas voulu / ni te tuer ni que tu vives / ils ont fait l'amour mal / le hasard d'une naissance s'est levé.").

L'Algérie, la guerre, douleur, cette fois, de toute une génération (Venaille, Laude...) au coeur des trente - pas si "glorieuses" qu'on l'affirme. Désertion, prison des Baumettes, régiment disciplinaire. Michel, refusant de tuer, sortait avec son arme, mais sans cartouches. Déserteur de l'odieux, il le reste, il faut échapper aux constrictions du temps, respirer enfin à pleins regards, capter le hasard au lisse d'une épaule, les coïncidences fondantes, l'instant va-nu-pieds; sûr, au bas du boulevard, s'ouvre le passage vers les rues de la mer. Poète marcheur, il ne débusque pas le pittoresque comme le piéton de Paris; s'il y a connivence avec Fargue, c'est la haute solitude. Celle-ci ne s'élève pas sans risques ("je sors des hôpitaux / pour me soigner / au vent cinglant des villes...je ne sais pas pourquoi je marche"), l'identité menace dissolution, les particules de soi sont hautement instables, l'abattoir du silence attend froidement l'aboiement muet de qui l'homme en blouse blanche prend la main, sans lui dire bonjour. Michel ne camoufle pas, ne maquille pas les paupières tremblantes; sa poésie, comme celle de Chambelland, n'hésite pas à dénuder le noyau, comme celle de Delbourg où xanax peut rimer sans remords avec Astyanax. Alors la violence s'impose, vitale. Mais peu de rapports avec les incantations somptueuses d'Artaud, l'humour désarticulé d'un Michaux désespérément jubilant. Michel, dans la tiédasserie qui en ces temps s'impose, s'accorde le luxe d'être une violence modeste.

"Il te faut créer pour te faire entendre". Le verbe entendre occupe tout son sens, l'auditif comme simple médium de comprendre, puis d'aimer, non d'amour mesquin et possessif, retranché, mais celui de faire corps avec tout ce qui palpite: les galets mouillés par le large attestent l'été des corps, les trottoirs pluvieux des villes reflètent l'urgence des rencontres, ça clignote le vertigineux, pendant que, plus tôt, plus tard, ou simultanément, "le beau temps tient / grâce au sourire des passantes." Le jeune homme - non sans anxieuse pudeur - déboutonne son gris, parce que les mots l'ont retrouvé. Alors, vite, écrire, le langage prouve la présence, comme les traces de lynx dans la neige.

Si j'étais sérieux, rationnel, exégète, j'établirais le corpus des poèmes de Merlen où, de toute évidence, l'altérité fusionne avec le mystère d'être soi, unique (sans propriété, contrairement à Stirner). Mais je ne suis pas très méthodique. Je me laisse aller à repérer une généalogie du hasard, et je ne vois -si je m'en tiens à la poésie contemporaine - qu'un seul cousin par alliance de Michel Merlen: Gérald Neveu, qui, tout simplement, espérait: " dans la nuit de la nuit / faire pousser une autre nuit / à grands coups de tête."

Jean-Michel Robert

(à suivre: choix de poèmes de Michel Merlen)

pour une nouvelle axiomatique (28)

Les diagonales des cauchemars sans dormeurs violent les jeunes lumières émerveillées.

Corollaire: que fait la police?

dimanche 5 octobre 2008

octobre

PUTAIN, QUEL ZEF !

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samedi 4 octobre 2008

soyons précis

Comme Ulysse trompa Polyphème en se nommant Personne, la saison errante m'affirme s'appeler Poésie. Mais connaissant la ruse, je ne me laisse pas mystifier. Ainsi quand elle s'amuse à crever les yeux de mes instants écarquillés, et qu'on me demande ensuite quel monstre m'a infligé de si cruelles blessures, afin d'éviter toute équivoque, j'opte pour la plus rigoureuse précision de la réponse: "C'est Elle", dis-je.

vendredi 3 octobre 2008

pour une nouvelle axiomatique (27)

Tout angle aigu deviendra bec de raison furieuse perforateur de ballons invisibles.

Corollaire: tout ballon invisible est un sentiment égaré.

jeudi 2 octobre 2008

propos sur le bonheur (déférence gardée envers Emile Chartier)

Etant loti d'une implacable lucidité, d'un sens aigu du possible, je n'espère pas plus loin que le giron d'une ourse où je poserai ma tête de corbeau. Fermer les paupières sur la fermentation de l'absence de rêves et voir le noir remonter lentement à sa source. Dans ce confort primitif, prévoir en toute rationalité les contre-courants, les contre-couleurs, tel est le secret du bonheur froid.

mercredi 1 octobre 2008

pour une nouvelle axiomatique (26)

Cette multitude d'étoiles dans la nuit sans sommeil prouve que Dieu postillonne.

Corollaire: les anges de l'aube sont pourvus d'ailes de kleenex.