Jean-Michel Robert

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jeudi 4 septembre 2008

ennui absolu (1)

"non, je ne peux pas, ma mère m'attend à quatre heures et demie" - trouve-moi la clef de douze et n'importe quel marteau - la phénoménologie de l'esprit - vous devrez être à jeun pour la prise de sang - huis clos - le cinéma de duras - les champs-élysées - attendre que l'eau monte à ébullition - attendre que la nuit visite la rosée - les bouquins de robbe-grillet - une robe-grillon qui ne chante pas sa chute - on n'en sait rien - les femmes en retard (pléonasme) - les hommes rigolargement racistes (plus inquiétants) - les yeux des fauves encagés - ta photo qui n'est pas toi puisqu'il est interdit de sourire à son image pétrifiée - attention attention le train annoncé au quai 2 bis arrivera au quai 1 sous réserve que la Terre tourne encore - la "musique" perforatrice de tempes au restaurant où on allait sans doute comprendre les mots de l'autre - "vous êtes allergique aux boutons d'or" - rédaction de l'ordre du jour - mutisme des désordres de la nuit - émission médicale: caprices du duodénum - retraités pourrissant devant les séries TV - arbres pourrissant d'être ignorés - hommes politiques citant léon dierx - bulletin météo - santé de la bourse - histoire "drôle" rabâchée - la tronche des mannequins - ma tronche dans mon oeil morne - l'insupportable présence de certains - l'absence de l'Autre - les coups contenus qui rongent les poings - les tentatives de séduction des salsifis - les tentatives de séduction des avocates d'affaires - le rien, ma seule affaire promise à l'avenir - le vrai qui se tient pour tel - la maîtresse du lieutenant français - la bavasse de "poètes" - les chansons et la voix de Vincent Delerm - la mouche sur le nez de l'Amour.

pour une nouvelle axiomatique (17)

Un ensemble vide regroupe des éternités d'ennui impatientes de faire rien et de ne rien faire.

Corollaire: toutes les bulles de savon vous diront -si vous les interrogez - que je suis un mignon petit garçon.

pour une nouvelle axiomatique (16)

Dans un regard qui voit, le temps est toujours à l'orage.

Corollaire: toute ligne brisée foudroie son propre espoir.

Plus le temps

Lisant et relisant, je me rends à l'idée que le pollen de grèves, de luttes, de justice ne fécondera que par actions minoritaires, spectaculaires et violentes.

Vous pouvez toujours entasser vos manifestations traîne-savates... les pouvoirs, pour l'instant, s'en chatouillent..

Quémander quelques biscuits à l'heure du thé?... à quelques dentiers souriant leurs blancs frais ?...

Quel savoir vivre accorde une pitié de rouge à lèvre à l'absence de bouche de tête de mort?

Les derniers mots de Lucie Aubrac appelaient à la grèves générale européenne. Si vous n'en êtes pas, préparez vos genoux, et un avenir qui ne soit pas vos enfants.

mémoires de non-guerre

Cette bande, mélange d'idiots, de brutes et de chiens méchants, de fayots, de soumis aux gradés de l'avenir galonné me font encore dégueuler, à mon âge, ce qui prouve qu'ils furent experts en transmission, celle de la nausée: Oui c'est le matin, mes respects sergent-chef Soleil, à vos ordres, adjudant de la Brume... Ces abrutis qui plaisantaient, finement, ricanant à l'accueil des conscrits, tout en les entassant dans leurs camions pourris: "Ah, les bleus, vous en avez pour un an de branlettte", comme si on abolissait à l'intant le coeur en vertu de putrides exhalaisons... abrutis, dis-je, dont je fus maintes fois l'assassin... Cependant, étant mauvais tueur, je les retrouvais tous les matins; ils nous obligeaient à reproduire tout un tas de gestes ridicules devant un chiffon qu'ils arboraient, bleu blanc rouge, si j'ai bonne mémoire. Et encore, j'ai pu m'échapper au bout de deux mois. Je pense à toi, Poilu, qui écrivit à ma tante de l'Indre, à la dignité de ton encre -pleine, bleue et déliée - pour quelque mots, au-delà des tranchées qu'ils creusèrent en toi.