Je présente l'ordonnance au pharmacien.

- Je suis désolé, j'ai oublié ma carte Vitale. Je vous l'apporterai demain.

- Pas de problème, dit-il, se dirigeant vers la réserve.

Il revient avec les boîtes, tape je ne sais quoi sur le clavier, s'arrête un instant, comme pour vérifier.

- Vous avez une dette de trente-neuf centimes, le mois dernier: des médicaments partiellement déremboursés.

- Ah, j'avais oublié.

Je dépose un euro dont il prélève son dû, et, comme signe d'indulgence, juge bon de remarquer que trente-neuf centimes, ce n'est pas grand-chose, qu'on les oublie facilement.

Je rectifie:

- C'est le prix de la demi-baguette... Je considère donc que les kleptocrates qui nous gouvernent m'ont volé mon petit déjeuner de vendredi.

- (...)

- Au revoir, merci. Je vous apporterai ma carte Vitale demain matin, le ventre vide...

Je ne jurerais pas que mon visage émacié, mon extrême pâleur, aient saupoudré sa conscience de compassion... ni du ferment de la révolte.