Après, j'irai chanter.
Par jean-michel robert, samedi 5 juillet 2008 à 08:38 :: JEAN-MICHEL ROBERT (poèmes épuisés) ( Nouveaux visiteurs, avant toute promenade dans ce blog, cliquez la catégorie "avertissement". Merci) :: #672 :: rss
J'AI BU LA PROMENADE (Poèmes publiés dans la revue DéCHARGE, N°113, mars 2002.
On connaît la rigueur et la densité du haïku japonais. Jean michel Robert a voulu s'éprouver sur pratiquement la même distance, un peu plus à la française: le quatrain. Tout doit être dit au bout du quatrième, sans forcément de chute. Plutôt une ambiance, une impression, un nuage. Ca ressemble un tantinet à la différence entre le roman, la nouvelle et l'essai... Quand je lis Jean-Michel Robert, en particulier sous cette forme ramassée où il lustre davantage ses qualités habituelles, j'ai toujours dans l'oreille comme un éclat de rire final, même si avant ça racle, ça grince et ça tord. Une manière d'éclaircissement de la voix pour le fumeur, un court moment de lucidité visionnaire pour l'ivrogne. On se retourne et l'on regarde dans le rétro, c'est plutôt du malheur sur toutes les ceintures desserrées des villes, les bretelles mal remontées des autoroutes. Malgré tout, on ne se laisse pas prendre par ces épouvantails de la mémoire et du temps qui passe que forment la mélancolie et l'amertume. On garde encore un souffle au coeur et une flamme à jamais danseuse dans le regard
Jacques Morin
Ni adulte ni enfant
juste un type qui boite les mots
Un pas héroïque
l'autre au secours du bois
***
Sûr on est humilié
mais l'habitude console
On se retrouvera bientôt entre héros
pour dire du mal de tout
***
Elle a passé vingt ans derrière une porte
Je suis enfermé avec un cadavre
qui refuse de comprendre
et qui m'explique à l'infini
***
Courir un rat mort à la fois
tenir la peste par la queue
De mon vivant j'ai essayé
De mon mourant je le raconte
***
Peut-être saisira-t-on l'instant
entre le tic et le tac des yeux bleus
si toutefois le regard leur appartient
si ce n'est pas toujours la lumière qui commande
***
Malgré une mémoire encombrée de cannes blanches
je me souviens sur le bout des doigts
Je n'efface pas les empreintes
je tiens à remonter jusqu'au coupable
***
Drôle de feu qui s'y prend
à trois fois pour me réveiller
Foutu matin qui me surprend et me lève
seulement pour mon charbon
***
Un chapeau me démange
une âme aussi
Je vous tire mon chapeau
pour me gratter la politesse
***
J'eus des lettres et des cadeaux d'amoureuses
Je ne savais pas ma chance
Plus rien aujourd'hui n'est repérable
l'inertie seule m'adore
***
Un temps qui ne pardonne pas
qui te veut en chair et en os
Forcément il triomphe et ta foi
est son malin plaisir
***
J'ai caché de vilains secrets
derrière je ne sais quelle vaisselle
Ainsi nul ne les trouve L'étourderie
protège-t-elle longtemps?
***
Un feu indélicat ressemble à des yeux tristes
Tous les face-à-face tombent à l'eau
Les miroirs ne savent pas nager
J'essaie de repêcher les reflets de retard
***
Saigner du rouge c'est vrai
veine ouverte ne ment pas
Saigner la mémoire c'est vain
ça circule toujours
***
Il vit des vieux et des vieilles il voulut
mourir jeune mais il n'avait
pas le Temps
de massacrer son enfance
***
Une heure mal rasée sort quand même
On appelle ça le petit jour
Ce n'est certes pas moi qui l'appelle
Le jour se lève à cause des autres
***
Il y eut quelques pas en avant
d'autres en arrière
On se retrouva dans le présent
qu'on abandonna nulle part
***
Certaines nuits on sonne à ma porte
Je ne me lève pas
Mais je me rendors dans le mauvais monde
celui où l'on se réveille dehors
***
Je n'arrive plus à tomber amoureux
Sans doute suis-je tombé très bas
Et les mains manquent
pour me relever amoureux
***
J'ouvre la porte sur le noir
Je risque un pas puis les autres
J'accepte dehors
Je suis encore honteusement complice
***
J'eus des enfants morts sans naître
Pourtant l'amour était fou
Mes bébés resteront toujours ailleurs
là où je ne sais pas qui aimer
***
Je fais provision de quelques corneilles
et de peupliers cassés
J'enrichis ma nostalgie
Ô matin généreux
***
Il y avait de l'eau limpide
une longue promenade en transparence
J'ai bu la promenade à longues gorgées
Maintenant je pisse des sentiers
Commentaires
1. Le mercredi 9 juillet 2008 à 18:20, par sissi
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