L'"Homme" dans sa formulation générique m'inspire toujours une sorte de colère délayée. "L'Homme est naturellement bon, l'Homme est naturellement égoïste et violent, l'Homme est un jouisseur, l'Homme possède le libre arbitre..." Quand mon interlocuteur use de ce vocable, je lui demande: "Quel homme? quelle femme? Jean Moulin ou Maurice Papon? celui qui collectionne les revolvers ou celui qui apprend le chant des oiseaux? L'occidentale clignotante de bijouterie ou la mère africaine à des heures de marche du premier puits? celui qui naquit serf au dixième siècle ou celui qui naît marchand d'armes aujourd'hui? Louise Michel ou Margaret Thatcher? Nixon ou Allende? Christine de Pizan ou ma concierge? Darnand ou Manouchian? Déroulède ou Artaud?..." Inutile de m'objecter les déclarations des Droits de l'Homme: elles ne constituent ni définition ni prédicat, il y est question de la dignité de CHAQUE être humain... Enfin, bon, comme la colère était délayée, l'interlocuteur reste un pote.