"Mot de passe", exige le piquet de grève. Du regard j'interroge mon père. Il me chuchote: "CGT". Plutôt étonné que leur mot de passe soit affiché un peu partout, je le cégète néanmoins au type qui nous ouvre le portail de l'usine. A l'intérieur c'est comme je l'ai déjà dit; je le répète puisque le passé n'a pas changé: L'usine obéissait aux ouvriers / mon père était fier de son temps / la grève rêvait ses mots / A l'époque tous les jours étaient justes . Mais mon mai fut essentiellement sportif et amoureux. Presque tous les jours, javelot, poids, 100 m, ping-pong à la "Maison des Jeunes", maison de Geneviève, qui me souriait des "Jean-Mi" si fruités que mon cousin affirmait: "Sûr, c'est toi qu'elle veut... ou moi." Ce ne fut ni l'un ni l'autre. C'est ainsi que je devins trotskiste.