oui c'est ainsi on navigue à l'aveugle

banquise de cannes blanches

reflet parmi d'autres

dans la lenteur des lunettes noires

-

on sait qu'à cette heure des voisins passent

sous la déférence orange des réverbères

ils s'en vont vers la gare grignoteuse de silhouettes

les quais brillent sous la patience

tandis que d'autres instants fondent

sous les gestes de peignoirs tièdes

traversent les espoir after-shave

glissent de savonnette en solitude

de café en reflet de parking

de paupières lourdes en météo

quelque chose s'absente comme un voisin

une chose pluvieuse que l'on ne cherche même pas

à suivre

tant les draps collent à la peau

-

on n'entend plus comme avant cette sorte de folie froide

claquer les portes se coincer

entre les étages

hanter le vide-ordures les extases

les aventures les habitudes et les massacres

des bruits

seulement des bruits de schisme las

-

on fouille aussi les miroirs les paupières

ont gonflé les rides sourient sous les regards

rougis par l'insomnie aux langues de rhum

on se laisse vieillir parce que trop faible pour comprendre

cette chose qui s'en va traversant une multitude

d'alices transparentes et mortes

-

un jour on sait que ça nous quitte

dégoûté de nous on ne savait

ni quoi ni qui mériter alors ça part

on se sent un très vieil orphelin

ça n'apitoie personne sauf soi-même

alors on s'efforce d'être victime après tout ça

tout ça qui part

sans penser à mal

ce qui ne facilite rien

-

on sent le temps pourrir dans le confort cénesthésique

le bonheur ne se distngue plus de la félicité des larves

quelque chose se dégrade à merveille

peut-être l'univers finirait-il par tenir

dans ce demi-sommeil peut-être

deviendrait-on dieu aux paupières lourdes

si l'on pouvait échapper

à la prière des autres...

(à suivre)