1

on peut jouer les traces végétales

le front confiant sa fièvre aux vitres

on peut vagabonder les doigts au fond des oiseaux morts

quelque fable

quelque chair

éparpille ses parfums

si la fille féline en très précieux

récitant ses diables et ses jupons

combien de miroirs a-t-elle vomis

combien de magiciens pourrissent

dans l'étonnement du regard

on pistera son mirage

ses vitrines

ses hanches

font mine de présage

la nuit blanche

lui va comme un bas

2

ses années jouent dans les pinèdes

se frottent aux prairies balançoires

temps

longue paille d'entre-lèvres

que les étés mâchouillent

elle souffrait parfois d'un rien

un froissement d'absence

un soupçon en bataille

sa vengeance errait dans les gosiers marécageux

bredouillant de mémoire ses émouvants pervers

il y avait toujours un maléfice à embrumer

une dernière fenêtre allumée

flottant son mystère à l'infini des murs

on aime que ses lèvres aient parfois pressenti

le goût de ce grand frère

colin-maillard ébouriffé

qui de ses doigts aveugles

accordera tous les filons

3

plus tard

elle glisse de néons en fougères

excitant ce qui vacille

ce qui friable à bout de peurs et de vestiges

il suffit de cet éclat

au tranchant de la jupe

pour que l'ennui pétille de tous ses chenapans

trieurs de braises et de mensonges

grands semeurs de désirs

plaisanteries à courte mèche

qu'acharne-t-on par tout ce lisse

ville fondue au creux des paumes

on l'attend

prêt à offrir les tempes à l'errance vague du geste qui aura

traversé tous les signes

4

toute aïeule dévorée

le loup dégénère dans un espoir velu

l'enfant

on en profite pour la couronner de comptines

elle règne

dévisage

détricote la princesse

ses petits chats se pressent

pour laper la mariée

elle vole

dans les grands magasins ce qu'il lui faut de goût

pour singer la candeur

voyageurs

venez vider vos pas sur ses tapis à vif

elle ira loin

enfreignant les contours

elle s'appellera Sève ou Négligence

ses amants s'ouvriront les veine

pour prouver vaguement quelque chose

chose étrange

inexplicable

et pourtant bien réelle

elle mimera le brillant des querelles

danseuse

elle enchante ses pointes

l'ondulation des gammes emporte ses terreurs

menteuse

elle ne sait plus à quelle démesure se vouer

elle se frotte à toutes les franchises

ses cils chuchotent

sa bouche effeuille

jamais le pain ne sera aussi bon

5

de peu vêtue elle offre un téton attendri

aux lèvres de la petite

qui se rêvait jadis au jeu du mal précieux

les miroirs s'inclinent

laissent glisser son image

vers les lointains éparpillés

parmi les robes

les coffrets

les dessins

les baisers posés comme des devinettes

sait-elle ce qui assiège ses repaires

quelles scènes sous les fronts

se plaisent à moisir

il y a du sournois dans l'air

la conscience engendre des crevettes bizarres

que la douleur déguste en faisant des manières

de marquise dégénérée

6

fée minime

vient-elle déchiffrer la charogne

où nos forbans pétrissaient des trésors

sa douleur joue de toutes les frisettes

son rire agite les héros pétillants

qui se sont pris les pieds dans ses voyages les plus simples

on dit qu'ailleurs les museaux se font braises

dans un fouillis de parfums secs

on parle de lenteur

les doigts s'improvisant long désespoir du givre

on dit la peau délivrée de ses songes

sera le pur cercueil

7

vainement elle a cherché à distancer ce vent

assoiffé qui se penche

pour boire aux chemisettes

aux jupes

aux petites herbes

le voyage s'étourdit

styliste des hiboux

on somnambule en douce de la suivre

de la perdre

la retrouver blottie

les doigts chantés par maintes cueillettes

on en ressasse le murmure

va savoir si l'on s'épuise

si l'on espère

8

elle se souvient

elle picore les instants comme des pistaches

ou bien s'endort dans l'assassin

dont la moindre pensée se gante

pour chercher dans les plaies de ses victimes

une preuve d'amour

il nage dans le souffle des insomniaques

il fignole

précise des regards

aux minutes impitoyables

9

des migrateurs distraits picorent ses timidités

ses détours un rien dévergondés

ses il était une fois les petits seins

d'une amie qu'on bégaie à tâtons

les nudités à brûler les rideaux

les planques bordées de cils

où s'éternisent des kidnappings majestueux

toutes les fièvres sont de mèche

elles n'en finissent pas d'émietter leur butin

les aveux s'enveniment dans un grabuge de transparences

il reste des cerceaux oubliés

dans la raison des guetteurs pointilleux

il reste

cet aveugle dans leurs yeux

ces petits coups de canne blanche

qui martyrisent la lumière

il reste des détails

des vitriers fragiles

il reste l'heure

où le gravier ricane au coeur

d'un ogre un peu gonzesse

10

elle a perdu ses perles ses bagues

elle a perdu ses pierreries et ses musiques

elle cherche entre les cuisses

dans la rivière

elle fouille ses reflets

sa peau la brille

au hasard des yeux larmoyants

battement de cils

il pleut

elle déchire le plus beau chagrin de ses poupées

sa chambre fait des clins d'oeil

aux îles et aux voyeurs

11

parfois elle s'encanaille en quelques margoulins

en matous qui de tout vice

débarbouillent nos légers espoirs

le petit peuple écrasera

le petit peuple en fera des paupières

des nombrils

des éphélides

le petit peuple en raffole

du bout des seins jusqu'aux étoiles

des chevilles jusqu'aux tempêtes

et puis le petit peuple se disperse

s'en va

dans tous les sens de l'histoire