APRèS, J'IRAI CHANTER.
Par jean-michel robert, samedi 9 juin 2007 à 20:15 :: JEAN-MICHEL ROBERT (poèmes épuisés) ( Nouveaux visiteurs, avant toute promenade dans ce blog, cliquez la catégorie "avertissement". Merci) :: #195 :: rss
LE CHâTEAU à ROULETTES (7)
La journée a coulé son dernier rafiot.
Sur notre canapé en chaloupe nous avons embarqué caresses, cigarettes, whisky, bref: l'essentiel.
Au loin, la télé en sourdine figure le couchant permanent.
Mon amour, nous sommes sauvés, ces corps sont bien les nôtres. Courants favorables. Plus besoin d'espoir.
Alors laissons nos gestes de détresse nager sans nous, loin de nous, dans ces houles héroïques, pleines d'avenir, où tous les requins sont permis.
A minuit, dans l'école déserte, l'institutrice se déshabille derrière toutes les portes. Commence alors l'errance aérienne des mains d'écoliers sages; elles volent doucement, lentement, à la recherche de leur paume; mais ne la trouvent jamais qu'au matin, à l'heure de la rentrée, clouée sur le pupitre.
Si la vitre ne laisse jamais déborder ses ramures, c'est qu'elle a peur pour les oiseaux. Attention, ne tartine pas trop de matin dans ta chambre, les ailes y saigneraient bien plus que tu ne peux souffrir.
Dirige-toi plutôt vers la cuisine - l'heure y est plus tiède - non sans avoir pris soin de vider tes pantoufles de tous leurs serpents morts. Là, le temps erre déjà dans les chats, le café ronronne; il te suffit de touiller lentement tes lointains pour que passent des voisins parés d'un gris plus légendaire.
Choisis un reflet de carrosserie, un bruit de pas, un rail douloureux, peu importe: tous les perchoirs sont bons.
Attends quelques minutes. Aie confiance. Peu de gorgées resteront vaines.
Si, au fond de ton bol, tu ne trouves pas le cadavre d'un corbeau, c'est que tu es encore vivant. La journée peut commencer.
Tout à l'heure, tu passeras en sifflant sous les fenêtres des autres.
(à suivre)