Jean-Michel Robert

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samedi 30 juin 2007

QUATRAIN (16)

Dans le regard inconsolable

le bleu d'épuise

tandis qu'au plus gelé de la pâleur

le noir est un cerveau heureux

vendredi 29 juin 2007

évidence

Ce qui m'intimide, face à l'évidence, c'est qu'elle ne se comprend pas: elle s'impose. Ainsi l'on devient un petit fayot des limpidités. Mais, sûr, on va se ressaisir, du bout des paradoxes sans empreintes. Bon, j'y vais.

QUATRAIN (12)

Attention pèlerin !

dans l'enfance des villages

dont le présent t'ignore avec tant d'évidence

une image sans reflet épuise les fenêtres

tapage nocturne

Dis, eh, t'as vu? Dis, t'as vu: les hardis navigateurs pourrissent dans la rouille des vieilles mouettes.

bonne journée

On n'aura pas vécu en vain: l'heure de l'apéritif ruminait un rêve de Pasiphaé. Quant à l'abominable: une importance de cacahuète.

demain se négocie

Demain, on fera semblant de se demander si la maigreur existe. Rassure-toi: la fraternité des miettes tourbillonne. Ainsi j'ai vu le vent partager le pain entre la pesanteur et les oiseaux.

jeudi 28 juin 2007

QUATRAIN (14)

Tu veux savoir ce qu'est

le contre-courant?

C'est la mémoire lumineuse:

le sang remonte aux flancs de son taureau

QUATRAIN (13)

Requise de présenter ses éphélides

à la Haute Cour pâlichonne

la jeune rousseur s'exila

dans un frisson de Bohémienne

mercredi 27 juin 2007

"NOYAU à NU" (Guy Chambelland)

Tous les toxicologues vous le diront:

L'addiction au quatrain se manifeste par la pulsion nucléomaniaque. Quelle que soit l'heure diurne ou nocturne, avec néanmoins une prédilection pour les lumières allusives, le sujet tombe sous la domination de l'infracassable, lequel, sous couvert de langage, impose sa soudaine densité à l'aboulie des salives. Pas le choix: il faut cracher, le plus loin possible. La suite des symptômes s'apparente à la frénésie du joueur. Le quatranomane parie, mise sur la nature de la pulpe à venir: fruité de colère? chair mélancolique? catastrophe juteuse? ironie verte?... Et tandis que le noyau aimante les molécules de temps errant, le sujet mise, les yeux fermés et l'âme close, mise toute sa petite monnaie, ses petites rapines, ses infimes mendicités... Bref: il se ruine et gagne, puisque le paroxysme réside dans la perte. Mais il va se refaire, oui, oui, se REFAIRE. Déjà la nudité du noyau hante le mot nouveau.

QUATRAIN (12)

Courage! Aie l'esprit d'épeire

sache tisser ce regard innocemment

impitoyable où la rosée meurt

dans le même piège que les mouches

QUATRAIN (11)

Oh tu peux bien

te retourner brusquement

tu ne verras jamais l'enfant

au regard brûleur de nuques

mardi 26 juin 2007

esprit positif

Me réconforte fugitivement ce besoin que certains éprouvent encore d'apprécier les distances A VOL D'OISEAU.

QUATRAIN (10)

Dans la gare désaffectée

la nostalgie se meurt

elle agonise des voyages mal respirés

bien au chaud sous les décombres

lundi 25 juin 2007

traversée

En allant à l'épicerie, j'ai bien vu tout ce que je n'ai pas construit. Passant dans la cité, je me traverse et ne sens couler en ce corps que le sang gris, les poumons se gonfler de gaz rauque. Et pourtant je fais mine re respirer. Ce besoin d'air, même malsain, ça fait bien illusion, mais très mal la buée d'haleine.

LIMINAIRE LYRIQUE (au petit faucon)

je ne suis pas ton frère

nos arbres généalogiques se ramifient

au coeur de temps et de lieux où les racines

ne pouvaient se nouer

je ne suis pas ton frère

d'ailleurs les géniteurs sont trop nombreux pour

un frère et sa soeur

vraiment

malgré l'imprévu de quelques marelles

je ne suis pas ton frère

pas de parents proches ou éloignés

ô les éloignés

je leur ai certes adressé quelques signes fraternels

mais ne compte pas en profiter

tu ne vis pas dans le lointain

je ne suis pas ton frère

ni le grand ni le petit

ni ton sang ni ta chair

juste un peu de ton regard où j'ai parfois

senti ce qu'exister veut dire

quand il le voulait bien

quand il le fallait bien

dieu ce que l'impersonnel est volubile

dieu ce que dieu est utile

pour trouver la colère

l'état d'urgence

c'est-à-dire un éphémère soi-même

lequel n'est pas ton frère

tu le sais nous ne nous rappelons pas les anniversaires

ni les sapins aux cadeaux clignotants

ni simplement la tiédeur de ces dimanches

dans le réveil indulgent des parents

et l'odeur d'un café sans rancune

tu vois

je ne suis pas ton frère

-

tu ne peux te rappeler

je volais tes poupées

les cachais dans les cavernes

dans les ombres humides

écoulements lointains

souterrains

tu pleurais rageais me dénonçais

tu éparpillais avec tes copines

des rires aux longs dards

nos disputes tiquaient des billes sans gagnant

je te défendais contre les tireurs de nattes

les souffleurs de jupes

tu me défendais contre mes chagrins

quand je n'avais plus de munitions

je me moquais de tes fiancés

tu me taquinais les amoureuses

tu me giflais je te consolais

tu pleurais je te giflais

nous comparions sur nos cuisses

la rancune rose des ronces

tu étais de naissance

exclue de ma bande

j'étais banni de tes grâces dans les miroirs

partager les secrets

c'était les déchirer

ô conspirations contre les GRANDS

la complicité

la paix furtive non

tu ne peux te rappeler tout ça

car je ne suis pas ton frère

-

ensemble dans la pluie

de notre rendez-vous comme d'habitude

nous parlons d'autre chose

nous sourions autre part

j'ignore quelle sorte d'amour nous vivons encore

qui impose la fatalité de rester

fils unique

de ce temps lentement

déchiré tout autour

par la durée tremblante

dimanche 24 juin 2007

entourage

Attention, Anna: ils sont si fragiles, nos choqués. Ils s'émiettent si les mots jettent quelques pétales ambigus; ils se brisent de la finesse d'un avant-bras; d'une seconde pubescente, d'un contraste de mèches, d'un vent rêveur de front, d'un léger débraillé entre jean et T.shirt, d'un nombril ricochant sur d'invisibles paumes; ils s'ébrèchent sous un regard où le Mal sourit une innocence catastrophique... Ah, cet entourage qui ne s'ose même pas périmètre de l'éternelle place de Grève - "un lit bien commode pour les infâmes..." Oui, décidément, Claude Le Petit a mal à ses cendres.

Comme pour vous, quelques choqués ont récemment invoqué l'entourage pour vouer ma voix aux ramifications de gibet.

Lourde, lente, Lady Long Solo frissonne jusqu'au désert.

samedi 23 juin 2007

5 heures (on peut même s'amuser à détourner La Bruyère)

Ne dormir que peu de temps permet de perdre l'errance des nuits dans celle des petits jours. La lumière d'aube, ses paresses grises griffées de mauve, ses verts becquetés d'or, l'odeur d'âme dans l'herbe humide, la fraternité du chant et du silence dans une silhouette de chat, l'instant félin qui s'emplume dans une frayeur de piaf, entrer, sortir, entrer... sortir de la poitrine par tout ce qu'une fenêtre peut ouvrir... Etre scandaleusement égoïste et libre dans la fugacité - le présent est à elle; elle n'en jouit pas, elle en abuse. Ainsi les forces s'accumulent dans le coeur, le muscle involontaire du massacre.

jeudi 21 juin 2007

JOURNAL DéCOMPOSé

EN PEIGNANT, EN ESQUISSANT

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samedi 16 juin 2007

grosse fatigue

J'en ai assez d'argumenter contre cette majorité pétainisante et raciste. Sache que, jadis, j'ai aimé Souad, adorable brune, et ses parents qui m'offrirent le dîner. Ca ne vous serait pas venu à l'esprit, supposant que vous en ayez un, la majorité. S'avance le temps des Destructeurs, et je serai avec eux, pour peu que je termine la journée.

jeudi 14 juin 2007

je viens de rentrer

Et je te salue, chère Anna, de comprendre ce que la colère veut dire, et toi, Christophe, qui n'as pas oublié que l'élite a besoin de la pluie.

lundi 11 juin 2007

Ah, une belle pluie!

J'aime voir la transparence rayer le vert. Pas toi?

dimanche 10 juin 2007

JOLIS CONTES POUR ENFANTS

Tous ces baisers dans le cou finirent par constituer une girafe broutant l'infiniment lisse sous le regard amusé et rugueux de cent vingt-cinq trous de serrures rassemblés pour l'occasion dans la salle des fêtes de l'oeil droit.


Au fond des cernes gémit le petit peuple du miel. Les sept filles de l'Ogre s'y dégoulinent, s'y répandent tortures dans les coins, laissent fondre l'enfer sous la langue, marellent les distances, goûtent du bout des doigts la lente dissolution des noyés, la sinuosité de la nuit quand le courant de l'insomniaque emporte la rêveuse.


Le plaisir s'incruste dans la fuite du renard. Un périgord aux doigts de troupeau lointain tresse patiemment ses parfums, achève la concrétion des présences.

Je me rassemble. Nous sommes enfin tous moi.

L'Essentiel respire dans un détail ma rasé.


Blanc comme une ombre qui boite, le visage habite un lait très dur, les mains caressent leur silence, les pieds ne sont plus chatouilleux, car le rire s'est installé chez un absurde coincé entre deux borgnes.


IGNORER EST UN PASSEREAU

Je ne sais pas où ma peau des pieds, semelle de feuilles mortes, conduit mon automne permanent. Je ne sais pas si je sème encore des pas, ni si les distances restent cette blague improvisée un soir d'humour sans horizon. Mais, quand même, je creuse avec les ongles, j'ouvre avec les dents, je défonce avec le front, je démolis avec le rire, histoire de croire, donc de parcourir. Jadis, on appelait ça: "perspective". Mais il n'est plus question d'appeler puisque mon regard suffit. Le voilà, cet individu qui déplace la présence à la vitesse d'ignorer. Certes, rien de vraiment efficace, les plaies restent des yeux, mais ça bouge jusqu'à ce que le ciel palpite sa part de sang. Je ne sais pas si je suis réveillé à l'instant où je vois les mots crayeux blanchir les lèvres, alors que le baiser agonise. Qu'est-ce que c'est ? Ah, oui, tu as raison, c'est un jour. Il va encore falloir agiter le visible.

samedi 9 juin 2007

APRèS, J'IRAI CHANTER.


LE CHâTEAU à ROULETTES (7)


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APRèS, J'IRAI CHANTER.


LE CHâTEAU à ROULETTES (6)


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vendredi 8 juin 2007

DéCEPTION, UNE FOIS DE PLUS...

Au fil d'une conversation avec une fille qui, jadis, fignolait de bien baiser sur une peau de chèvre, je me suis avisé qu'elle avait sombré dans la pire liqueur, la versaillaise, le genre dépressif luxueux qui se mobilise contre les sans-abri suceurs de deniers publics. Quand je pense qu'elle me sacrait poète alors qu'à sa demande - important la demande- je la sodomisais, je vomis tous les sacrements. Voilà: comme beaucoup, elle a trahi, bientôt elle dénoncera. J'aurais tant aimé la croire encore belle.

ATTENTION: ILS SE LACHENT.

Un des grands malentendus de notre bafouillage démocratique c'est le mythe de la majorité. L'équation majorité/raison tient le plus coloré pompon à la fête de l'escroquerie. Les Français ont massivement rassemblé leurs suffrages quand la Providence semblait avoir pondu le Guide, encore un avatar du Père. Vous souvenez-vous des Bonapartes? Si Boulanger a tourné sauce, c'est qu'il était trop humainement pauvre mec. La majorité a toujours été profondément servile, votante de tranquillité soumise à cette pesanteur qui l'oblige, croit-elle, à s'agenouiller devant tous les signes du pouvoir, aux premiers rangs duquel la religion rutile avec sa guirlande de zombies qui maudissent le corps et la vie pleine d'elle-même et lustrent les tyrans tamponnés par les anges. Les Français sont majoritairement racistes. Normal, quand la faculté de conceptualiser ne suit pas l'expérience. Un peuple qui pense que l'émission de 20h à la télévision constitue un JOURNAL est en voie de total abrutissement. Attention, ils se lachent ! L'étranger, le sans-papiers, le génétiquement pervers ou suicidaire, le pauvre toujours téteur d'assistanat, voilà le corps à sacrifier, ce sera plus facile que de lutter contre les décomplexés de la barbarie et du cynisme. Bravo pour l'efficacité publicitaire. Ils ont réussi à faire croire aux pauvres que l'ennemi est le plus pauvre qu'eux, "ce pelé, ce galeux"; ça me rappelle mon immense tristesse quand mes élèves arabes manifestaient leur détestation des Gitans.

Bon résumons: la majorité ne lit pas, elle adore les plus minables programmes télévisés, elle croit qu'il existe une identité française (bien qu'étant nulle en histoire-géo), elle a avalé qu'elle gagnerait à renoncer à sa dignité, elle est fière d'être elle-même, elle se veut compétitive, extrêmement compétitive, elle est pour le rétablissement de la peine de mort, elle se dit catholique; bref, la majorité opprime.

Mes amis, mes petites et grandes amours, mes temps de haut fou rire, merci d'exister sur ce parcours où les pas, malgré tout, rêvent des empreintes de piste.

jeudi 7 juin 2007

JOURNAL DéCOMPOSé

JE VOUS LA POSE.

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APRèS, J'IRAI CHANTER.


LE CHâTEAU à ROULETTES (5)


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mercredi 6 juin 2007

APRèS, J'IRAI CHANTER.


LE CHâTEAU à ROULETTES (4)


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lundi 4 juin 2007

QUATRAIN (9)

Chut ! écoute: la pleine Lune

trinque avec les tempes,

avec ses petites soeurs soumises

aux gravitations consternées.

APRèS, J'IRAI CHANTER.


LE CHâTEAU à ROULETTES (3)


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