Il fut un temps où s'embrasser sur la bouche exigeait un alibi: un brin de paille noué en son milieu, défier la fillette aimée, nos lèvres à chaque bout. Le premier, la première qui mâchait jusqu'à moitié du brin était gagnant.

Bien sûr, nous gagnions tous les deux, dans la fraîcheur de la cabane, dans le parfum de cette haleine à ce point féminine que je frissonnais jusqu'aux fougères.

Mais vient toujours le temps où l'on noue des pailles invisibles, l'avenir des chambres où peu à peu toutes les cabanes s'effondrent , où l'on ne trouve plus le jeu à l'haleine rose.

Ne reste qu'à se laver les dents, inspirer sans le moindre frisson, sans aucune fleur de peau; seulement la fatigue, la grande fatigue... qui n'atteint même pas le bouquet de lilas fané.