Je suis ambitieux, jusqu'à devenir buveur de feuillages dans les flaques et de feux lisses dans les rues, goûter l'ivresse à l'envers de la lumière et prolonger cette soif qui depuis toujours revient de loin. J'ai renoncé à quelques distances parce qu'une rêverie de mes vieilles amies m'avait soufflé: "La croyance en sa propre lucidité est une contradiction insoluble (aporie)." J'en fus soulagé: c'est épuisant de durer fainéant. Je couve tant d'ambition que je ne sais plus où j'en suis de ma fortune de temps perdu, mais je ne doute pas qu'elle prospère, mon peu de sommeil le prouve. Et quand je dis "temps", la dimension est peuplée, voire surpeuplée; une voix, un regard, un geste, un sourire... génère à soi seul des multitudes. C'est dire l'immense perte en puissance dans chaque particule de vivre... Mais, on se calme, ça tourne à la leçon d'instant. Attendons la pluie: les feuillages sont magnifiques et l'ivresse s'impatiente.