TEMPS TUéS
elle savait bien pourtant comme on savoure
un rêve à la mamelle du bleu
quand trop de vent ose encore
se réchauffer dans les pendus
mais vinrent ces blancheurs qui brisent
leur vaisselle au fond des chairs

vinrent des saisons très lasses
il y eut beaucoup d'époques
dans un seul geste

CELLE-CI
toutes ne sont pas fraîches
comme un naufrage d'iris
voyez celle-ci avec quel plaisir elle prend
les poses les plus obscènes
dans la grimace
des gros camions accidentés

LE GRAND-PèRE
en sortant du cimetière on sent bouger
un caillot de remords
on va le laisser là
seul avec son sable
dernier état de l'ennui qui d'année en année
l'a rendu plus friable
le néant aura maintenant
tout le fauteuil
et la petite vieille 
toute frêle dans l'absence
va regagner ses pas menus
rentrer dans l'anecdote
en feignant de croire à la vie

DEMI-SOMMEIL
les cils - les petits matelots -
engourdissent leur voyage sous le front
et perlent si blanc le souffle
que le temps s'en régale
comme un ruisseau boit les chevilles
se calme lisse au long des plis
des hasards immobiles
les caves déchirent leurs derniers matous
le plaisir lentement coagule
se fige en doux sommeil de chien
ou de juste

VIVRE
soir pluvieux rue de Rennes
lisse
                    vertige
patinage lumineux
tout se reflète en tout
      la nuit attend
qu'on l'aide à traverser
je n'ai pas que ça à faire
j'ai rendez-vous avec une brune adorable
toutes les questions s'émiettent sous mes pas

l'évidence est là
  - il n'y a pas que la peur qui sache bien jouer
à cloche-pied dans le sang
         vivre
ça vaut le coup
 
ce soir
je pardonne comme je respire

BIEN TARD
bien sûr ça ne pouvait pas durer
on ne peut éternellement funambuler
du tout net au tout naturel
toujours cette sorte de retour finit
par retrouver la viande
en chaussant les mille pantoufles de la nausée
mais c'est ta faute après tout
tu n'avais qu'à être bon et serein
à présent il est trop tard tu ne seras jamais
chalet aux cils fleuris

SIESTE
début d'après midi
on entend la douceur clapoter près du lit
    pourquoi résisterais-je?
j'irai courir ce soir
à l'heure fraîche
en attendant je fais la planche 
sur la tiédeur du temps
grignotant le fruit de mes rapines
je fignole mes montages
recense mes impossibles
tandis que les cils battent
autour d'un bleu de kidnapping
            ensuite
ce sera comme pour les chiens
un sommeil sans nuances dans une viande soumise
déjà le jour a disparu
sous un amas d'îles désertes .../...