APRèS, J'IRAI CHANTER
Par jean-michel robert, mercredi 21 février 2007 à 07:51 :: JEAN-MICHEL ROBERT (poèmes épuisés) ( Nouveaux visiteurs, avant toute promenade dans ce blog, cliquez la catégorie "avertissement". Merci) :: #108 :: rss
FAIRE UN TOUR (3)
COEUR LéGER
de tant les ressasser ses pisseuses déesses
il finira sans doute par y croire
déjà quelques sectes pétillent
au pointu de la langue
à la moindre occasion
ce rien tremblant de duvet blond
le délicat d'une cheville
il se récite les blancheurs
chaparde les tout petits
sourires de fruits confits
n'hésitant pas à essuyer de l'âme
ce que le Mal n'a pas pu digérer
il accomplit son devoir d'humilité
en attendant le jour
où des murmures qu'il a semés
il récoltera la tempête
un vent phénoménal à décorner tous les démons
à voltiger toutes les raisons
de vivre et de mourir alors
peut-être apprendra-t-on
ce que légèreté veut dire
VILLE NOUVELLE
Le dimanche après-midi tourne autour d'un impossible centre. Ville nouvelle où les pas, faute d'origine, cherchent la fraternité de l'écho. L'anonymat désertifie. Il faudra marcher jusqu'à ce que la solitude opère d'étranges substitutions. Ainsi, à la devanture de certains magasins, les miroirs pourront ouvrir les rues, celles où l'on croise des foules transparentes.
CHEZ NOUS
la gare notre voisine a jeté l'ancre
les trains s'aggravent
leurs voyages peuvent bien rayer nos vitres
nous resterons chez nous
nous n'habitons certes pas un château
mais l'Espagne
tu sais parfaitement l'émietter sur mon front
même quand tu dors
emmitouflée de calme
quand mon canapé chavire
je nage où le jour n'oserait pas une trempette
ma brasse ouvre un temps aux
tiédeurs plus épaisses
le corps pressent le fond où les regards
se décomposent
je cherche une noyade
lumineuse
là où tard dans la nuit se pose
la dernière fenêtre éclairée
CATASTROPHE
La nuit certaines fois les bâtiments s'effondre tous mais doucement sans réveiller personne en grand silence
Au matin nul n'a rien remarqué sauf les veilleurs qu'on reconnaît à l'air qu'ils ont de chercher dans les décombres
FLâNEUR
on débarque assez tôt à Montparnasse
l'entrelacs des destins est encore démêlable
on laissera cependant ce travail aux bons soins
des divinités concernées
on trouve un petit bistrot où le café savoure
avec humilité des parfums que l'on suppose
initiatiques
l'odeur des âmes fraternise avec celle
des croissants
l'addition réglée on envoie dans la journée
quelques regards en éclaireurs
il y a toujours des rêveries à pister
des beautés à chaparder
des lumières en friche
on marchera sans but précis
on se hasardera entre tous nos visages
l'éventualité a des yeux merveilleux
et l'on espère aller très loin
jusqu'à la confusion des rôles
jusqu'à sentir que l'on devient
la longue balade
d'une ville infatigable
VENT MINIME
Le rêve se contente assez facilement de ces cuisses plus ou moins enjupées d'irréel. Connaissez-vous le petit vent de la lumière? Il sait si bien vous picoter les yeux au fond d'un bleu plus que sournois.
Il suffit d'un peu d'été mouillant ses millions de verres en terrasse, les femmes n'ont plus le coeur de surveiller la pose, le tissu distrait, chafouin, vous sourit des bronzages aux beaux frissons d'étourderie.
Il lui suffit de lui vouloir du mal, ou bien quelque magie, à la petite patineuse, ses roulettes combinent des chahuts, des plis épanouis dont la gracilité vous grille les nostalgies les plus candides.
Un regard bien disposé peut très vite nouer une ou deux complicités sportives: jupettes de tennis, shorts de satin... de longues jambes douées de vigueur délicate bichent infiniment leur jogging entre les tempes.
Il suffit donc d'un vent minime ironisant sa fleur de peau: femmes, jeunes filles, nymphettes perdent le choix de leurs proximités: quelle que soit la distance, elles vous frôlent toujours.
Finalement, le rêve, on s'en contente plutôt mal.
OPTIMISTE
un jour il saura où commence la bouche alors il osera son visage malgré les gestes rongeant le bout des doigts malgré les lièvres éclatant sous ses pas
il y aura toujours des ongles dans le vent des becs dans les miroirs les murs battront du même sang
mais la fille assise à la terrasse du café ne pourra pas le reconnaître
c'est amusant
dira-t-elle à son amie
regarde:
un désert qui rigole
6H30
parfum de café chaud tartine au miel assez flatté je l'avoue que septembre sur la table de la cuisine vienne picorer mes miettes
un train écorche le peu de nuit bougeant encore la plaie se prolonge picote son voyage aux distances jamais élucidées peut-être simplement pour le plaisir de contempler l'immobile en perspective
l'Arabe sort les poubelles pousse le chariot plaintif dans les bouquets de ma fenêtre
au loin les parapluies tirent leur petite dame vers la journée obligatoire
les voisins descendent leur chien
j'allume la première gauloise
la meilleure
celle qui a tout son temps pour demander avant le journal de la radio:
vas-tu fuir? mentir? contourner? .../...