APRèS, J'IRAI CHANTER
Par jean-michel robert, mardi 20 février 2007 à 15:12 :: JEAN-MICHEL ROBERT (poèmes épuisés) ( Nouveaux visiteurs, avant toute promenade dans ce blog, cliquez la catégorie "avertissement". Merci) :: #107 :: rss
UN POIL DANS L'âME (2)
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Des rêves de grandeur
il n'en nourrit
que pour son lit
Pour le reste
il veut bien
vivre en chien de fusil
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Pour la beauté
c'est différent
Il n'a qu'à se laisser
transporter
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De la fenêtre de sa chambre
des heures durant
il admire
l'élévation patiente
l'orgueil
la noblesse des arbres
Les arbres
la seule élite
respectable
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S'il aventure encore
parfois
quelques pas
dans son vieil atelier
c'est simplement
pour contempler
la rouille sur les outils
En ressortant
toujours
il éprouve
ce sentiment ô combien apaisant
que le devoir malgré tout s'accomplit
quoi qu'on fasse
ou qu'on ne fasse pas
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Il est à présent
tout à fait persuadé
que les lendemains
n'ont jamais su chanter
Pas même
des chansons à boire
Il peut donc sans remords
dormir sur ses deux oreilles
musicales
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Il n'ose pas envier franchement
le chien
qui dort sur la moquette
Alors il le réveille
de quelques tapes
amicales
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On devine aisément
son peu de goût pour les extrêmes
sauf pour l'extrême lassitude
le seul fanatisme tiède
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Si l'oisiveté est mère de tous les vices
le fainéant ne se comporte
certes pas en fils indigne
Entre tous les démons
ceux de la chair l'emportent sans problème
Le goût de l'effort
peut alors s'approcher
coller son museau aux fenêtres
et longuement lécher les vitres
pour le simple plaisir
des reflets sous la langue
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C'est vrai
le pauvre adulte
ne se sent guère chez lui
derrière ce front de fainéant
dont il doit sans cesse
essuyer la buée
pour voir dehors jouer le vent
dans les jupettes
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A chacun sa traversée du désert
Le fainéant quant à lui
n'est pas près de voir la fin
du sahara qui le traverse
et qui lui boit toute sa soif
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Le petit âne maigre vient coucher
au pied du lit
sa sainte humilité
Le plafond s'émiette dans la bouche ouverte
d'un vieux singe endormi
Dans la fenêtre
quelques oiseaux s'engluent sans surprise
Etrange maison
où l'espoir
peut rêvasser peinard
en caressant ses loirs
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En tant qu'artiste
le surréel
est son domaine
Mais chut
taisons nous
Il travaille à poings fermés
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La vraie vie est ailleurs
le fainéant n'en doute pas
Mais il sait également
que celle d'ici est désolante
c'est-à-dire bien réelle
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Il n'a pas
la moindre solution
à proposer
Tous les problèmes le dépassent
Mais faut-il s'en inquiéter
Vous êtes si nombreux
qui avez tout compris
qui trouverez bientôt
le feu
où risquer votre main
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Rien ne sert de courir
Nul besoin de fable
pour en persuader le fainéant
qui ajoute volontiers
rien ne sert de partir
rien ne sert d'arriver
ce pâté de lièvre est excellent
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Evidemment
il grossit
rajoute chaque jour
un peu de gras
entre le Monde et lui
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Il somnole
dans le confort
de son feuilleton TV
Autour de lui tout s'effondre
en un grand ralenti silencieux
O moelleux décombres
où l'on peut sentir
les tourments les plus beaux
agoniser
sous une douceur catastrophique
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Défendre la cause des pauvres
des opprimés
le fainéant est plutôt pour
Mais
dormir tranquille
c'est aussi savoir jusqu'où
l'on peut espérer
sans que les pieds dépassent des draps
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Son histoire préférée:
LA BELLE AU BOIS DORMANT
A part la fin:
trop mélo
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A un point précis
de l'oreiller
tout fainéant a entendu
s'écouler les rivières souterraines
où de grandes ambitions
voluptueusement
savourent leur noyade
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La réussite n'est pas son fort
Il machouille ses échecs
les pieds dans la cuvettes
les yeux dans les nuages
ces bons douillets nuages
éboulant doucement leur paresse
avant de la laisser mourir
en pluie limpide
en pluie battante
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Connaissez-vous LE CHANT DES PARTISANS
DU MOINDRE EFFORT?
Moi non plus
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L'idée d'immortalité
le fatigue à l'excès
aussi son poil dans l'âme
le rassure-t-il plutôt:
ça ne pousse pas dans l'éternel
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Il n'est pas pour autant
pressé de mourir
Le sommeil
à de telles profondeurs
ne le tente pas encore
Nul n'est parfait
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Faire son marché
suffit à épuiser
son besoin d'aventure
Dans le cabas
son Odyssée
pèse moins que la laitue
D'ailleurs
sa Pénélope supporte mal
les attentes prolongées
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Si tous les gars du Monde
voulaient se donner la main
les fainéants
pour cette grande occasion
cesseraient de se tourner les pouces
Ca n'engage à rien
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Son chiffre fétiche
c'est bien sûr
le zéro
le bon zéro grassouillet
sur lequel on peut sans crainte
tout miser
quand on n'a rien à perdre
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Sa ligne de conduite
n'exige
qu'une géométrie minimale
Pourquoi perdre son temps
au long des droites
des courbes ou des brisées
Dormir
est le plus court chemin
d'un point au même point
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Il s'affale
dans son fauteuil
gauloise dans une main
verre dans l'autre
Vingt heures
la télé l'informe
de la santé du Monde
Ecoutez
dans le whisky
le bonheur fait craquer
les glaçons
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Le fainéant n'est pas un surhomme
il n'atteindra jamais
la parfaite indifférence
Aussi ne vous étonnez pas
si parfois dans ses yeux
s'agite
ce sentiment fragile
qui change son regard
à le rendre émouvant
beau
désespéré
comme un chausson dans la tempête
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Vous prenez la dernière à gauche
puis tout droit
jusqu'au bout de l'impasse
Vous ne pouvez pas vour tromper
Vous verrez
devant la porte
l'amas ronflant
de héros fatigués
Ne cherchez pas plus loin
tout son courage est là
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Que ce soit le temps
ou autre chose
ça passe
c'est certain
A l'heure du bilan
le fainéant mesure le chemin parcouru
à l'usure du fauteuil
Pas de quoi être fier
Mais les trous aux semelles
est-ce vraiment plus glorieux?
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Le fainéant se couche
Il tète
l'irrémédiable comme un pouce
Dormir imprègne
tout doux la viande
Sur le visage
éclatent
les premières gouttes du déluge
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