APRèS, J'IRAI CHANTER.
Par jean-michel robert, samedi 17 février 2007 à 08:21 :: JEAN-MICHEL ROBERT (poèmes épuisés) ( Nouveaux visiteurs, avant toute promenade dans ce blog, cliquez la catégorie "avertissement". Merci) :: #103 :: rss
FAIRE UN TOUR (2)
ART POéTIQUE
Après manger je mets un point d'honneur à essuyer les taches de sauce, de café, il me faut effacer les graisses figées, frotter l'obstination du miel. Sait-on assez que l'âme essuie? L'âme se presse, l'âme s'imprègne, l'âme, au total, éponge. Faculté essentielle. On peut ainsi laisser place nette, continuer avec l'apparence de propreté indispensable à tout face-à-face. A ce propos, il est à noter qu'une âme bien rincée caresse les miroirs avec une telle volupté que n'importe quel visage peut ensuite devenir à soi-même supportable. C'est ce qu'on appelle la dignité. D'autres disent la vanité. En tout cas, ça aide.
LA CHAMBRE
seul c'est aussi cette chambre à choisir un destin parmi les plis de draps quelques bijoux intimidés de toucher les dentelles laines bleues bas légers comme on chuchote des robes toujours parfument le silence ici mourir serait une infinie tiédeur la mémoire enfin de ces temps où les saisons aveuglément dormaient dans une femme
FAIT DIVERS
il était seul dans son salon et ses pantoufles quand l'écrasa un énorme bloc de silence qui se voulait ironique
FRAGILE
le ciel du soir a bien du mal à les traîner tous ses cabas la patience grosse chienne enfermée seule dans un deux-pèces n'en finit plus de gémir l'espace au-dessus des cris de gosses retentit de combien de fusils étouffés? rien encore de dramatique mais un pillage invisible prolifère on s'inquiète déjà dans les caves les cadenas n'ont pas tenu
AUTRICHE
quinze ou seize ans
pâleur
où jubilaient les éphélides
dans sa pudeur
elle n'était pas trop à l'étroit
je la retrouvais à la nuit derrière le bowling sa main goûtait sans problème les métaphores un peu faciles
petits baisers pistache seins menus mais pétillants de vitamines en chuchotant le lisse des fesses ma paume perdait son ironie
au retour nous tentions
dans un petit nuage d'anglais
de dépiauter quelque tendresse
tout autour l'Autriche
était vraiment très belle
paraît-il
après le dernier baiser je rentrais au "camp" retrouvais la lumière racontais aux copains perdais tout mystère
LECTEUR
à Michel Merlen
tant de traces à perdre
dans Paris errer entre mes visages naviguer de librairie en librairie et découvrir parfois l'auteur qui ouvrira ma solitude à la page cornée
INSTITUTRICE
tout près - long parfum de sueur picoté - elle se penche pour corriger la tiédeur en spirale au profond me triture
mon crayon tombe
vite
chaparder
ô cueillette
la jupe chuchote un martyre de framboises
dans le sang les félins s'entredéchirent
il fait la planche
le Mal
à la surface de mes noyades impossibles
dix an
je bande
à quelques souffles de ses cuisses
à quelques siècles de la femme
l'ignorait-elle vraiment?
BON VOISIN
la nuit quand je la vois si lisse de sommeil j'aimerais lui lacérer le visage à coups de rasoir
mais les voisins réveillés par les cris m'accuseraient d'égorger les moutons dans ma baignoire
alors je la caresse doucement doucement du bout des doigts
ça doit bien laisser des traces quelque part
PLACE DE GRèVE
"Foutez tous, mais souffrez aussi,
Si vous foutez dans l'autre monde
Que nous foutions dans celui-ci"
Claude Le Petit
plutôt chiffon la fin de journée
Paris ne croit plus guère en ses mirages
-
pourtant près de l'Hôtel de Ville
on peut voir Claude Le Petit éparpiller
ses lassitudes
-
c'est vrai
il n'y a pas si loin de la place de Grève
aux sex shops
-
sans doute a-t-il déjà flairé
ce qui sent le pourri dans le peep-show
des muses
-
sans doute
il a mal à ses cendres .../...
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