L'expression "journal intime" m'a toujours inspiré une sorte de répugnance souriante. Le journal de bord recèle plus de lointains, mais il ne saurait définir l'ensemble de textes que je viens de lire, une forme singulière de poésie en prose qui, pour palpiter au jour le jour, ne renonce pas à la dignité du Temps. Sous le signe des MAROTTES le titre prospère en îles de privilèges. J'ai peu à peu perçu ce qui justifiait cet "îLIEN PRIVILéGIé"; mais, instantanément, les marottes m'ont dansé l'enfance, le peuple, puis, plus loin, la folie et le sacré. Je me rappelle comme le bois sec s'étoffait, s'attifait d'âme; j'oubliais en être l'artisan. C'est ainsi sans doute que la marotte du fou maîtisait la cour, mieux : devenait sa propre cour.

Le premier texte, LES OISEAUX, suggère cette question: Est-il langage assez ailé pour capter l'haleine des oiseaux? On rêve d'un peu de leur buée sur la stupeur, comme les femmes en laissent sur ce petit miroir dont elles ne craignent pas le bec. Pas le temps d'y dessiner du doigt les contours de la beauté, du sens de la beauté. "Nous en sommes donc à rêver d'une haleine à la hauteur de leur élégance naturelle". Les derniers soupirs en seront peut-être respirables. Pour l'heure, la musique et le chant de la Gitane rattrapent les haleines perdues.