Jean-Michel Robert

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mercredi 28 juillet 2010

attente

Gare Montparnasse. 0 h 40. On attend. On a froid, mais pas assez : le frisson ne se propage pas au-delà de la peau. un homme ivre racle un vieux fond de chanson ; il trébuche, sa main s’agite, tente vainement d’enrouler sa ligne de vie dans l’encoche d’un yo-yo invisible. On n’est pas ivre, on ne sait pas quoi racler. La main ne croit pas en ses lignes. La paume sur le front ne palpe que l’étanchéité des mondes.

dimanche 25 juillet 2010

danger ordinaire

Sur le palier, des cartons traînent . On les a vus de loin, grâce au troisième œil, l’œil de la porte, l’espion sans brume. On sort, l’air de rien, en sifflotant : il ne faut pas leur montrer qu’on a peur. Au moindre signe de lâcheté, à la plus petite moiteur trouillarde, ces cartons ne manqueraient pas de mordre les mollets, déchirer les cuisses, mâcher le corps entier jusqu’à le transformer en l’un des leurs. Alors qu’en sortant ainsi, calmement, arborant la mine sereine de l’homme qui sort acheter son pain, on trompe l’instinct des cartons, la proie gagne la sortie sans être repérée. Ensuite on peut toujours aller faire ses emplettes, en attendant que la femme de ménage ait éloigné de nos couloirs ces prédateurs rampants. Car cette dame sait les dompter ; les cartons les plus féroces finissent tous par venir lui manger dans le gant en caoutchouc. Comment fait-elle ? On se le demande, une fois rentré chez soi, tout en caressant dans l’eau tiède la vaisselle apprivoisée.

mercredi 21 juillet 2010

dring

Ne rien faire, ou presque, s’écouter maigrir. J’ai retrouvé mon poids de judoka. Mais je n’ai rien perdu de mon opacité. Sans doute ai-je trahi. Dring. On sonne à ma porte. Une jeune femme essaye en vain de me vendre je ne sais quoi. J’espérais qu’un ami d’enfance viendrait m’expliquer qui je suis. Soixante-treize kilos. Combien pèse l’ennui ? (A Coubertin la pesée eut lieu vers neuf heures, je n’entrai en compétition qu’à midi. J’étais battu d’avance). Aujourd’hui j’ai compris, je ne combats plus. Je me vautre dans la résistance

vendredi 16 juillet 2010

Panne

Pardon pour ce silence. Un caprice de machine en est la cause. Tout est presque réparé, sauf la messagerie et l'univers.

dimanche 20 juin 2010

optimisme

un jour il saura

où commence la bouche alors

il osera son visage

malgré les gestes

rongeant le bout des doigts

malgré les lièvres

éclatant sous ses pas

-

il y aura toujours des ongles dans le vent

des becs dans les miroirs

les murs battront du même sang

-

mais la fille assise

à la terrasse du café

ne pourra pas le reconnaître

-

c’est amusant

dira-t-elle à son amie

regarde :

un désert qui rigole

vendredi 18 juin 2010

journée

Michel Monate avait raison : la journée est allée jusqu'à son achèvement. Une journée sans - pour ce qui ne concerne que moi - sans merveilleux ni horreur, sans amour ni haine, sans rire ni larmes, sans douleur ni plaisir, bref : encore un jour de bonheur, d'abominable bonheur tiède.

jeudi 17 juin 2010

citation

La journée est bien partie pour durer.

Michel Monate

samedi 5 juin 2010

Mon cousin

disait l'autre jour:"Il y a erreur sur la personne." Je ne le contredirai pas, j'ajouterai juste: l'erreur est totale et il n'y a personne.

vendredi 4 juin 2010

guitare sur soi-même

Si j'étais vraiment triste, j'aurais autant de talent que John Lee Hooker... Comme ce n'est pas le cas, je suis sans doute un joyeux mec.

encore une escroquerie

Hier je disais: "demain", mais voilà que demain est aujourd'hui... on nous ment...

jeudi 3 juin 2010

C'est bizarre:

je suis mort et je t'aime encore.

Sans déconner,

je viens de voir et d'entendre une pipistrelle qui disait du Laforgue (Jules). Ne nous dénoncez pas : on aurait des problèmes avec les chacals ("les chacaux," comme disent les flics et autres êtres de culture).

mardi 1 juin 2010

Elle s'appelait Dominique,

nous n'avions pas encore l'âge de baiser, mais nous nous embrassions, nous caressions, elle me fit même envoyer un gâteau pour mon anniversaire.

La vie sentait ses cheveux, ses lèvres, ses cuisses blessées de ronces, d'un regard nous étions autres.

Nous sommes de pauvres autres aujourd'hui : les autres.

La vie me dégoûte

parce que ce n'est plus la vie

ce n'est plus les gens qui espéraient, combattaient et aimaient

ce qui est, était la même puissance de l'âme

terminé

aussi ai-je du mal à conjuguer "être" au présent

vivre quelques années, de mois, d'heures, d'instants de plus ou de moins

rien à foutre

puisque tout est foutu

sauf l'amour

qui nous hanta

au temps des fantômes

lundi 31 mai 2010

Ajoutons

que la haine est une vertu quand elle tue les gens en les pendant à leur plus belle cravate.

ou que je ne suis pas sérieux

comme tous ceux qui m'ont offert leur fou rire. Fou.

dimanche 30 mai 2010

solution (deuxième époque):

armer les salaries élus des comités de grèves -investir par la force tous les médias - arrêter tous flics, militaires, juges médaillés, procureurs, ministres qui auraient la mauvaise inspiration de protester- instaurer par les armes une nouvelle Commune de Paris, comme comme au temps de Danton - la terreur contre qui gagne plus de 10000 euros par mois - la peine capitale contre toute la maffia sportive - et puis la fin du Monde: Dieu se dira enfin: Je suis con.